Durant sept semaines, focus sur un parti francophone en lice pour le scrutin du 26 mai prochain. Cette semaine: le PP.
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Le matin, dans le bureau du président du PP, dont le siège a été aménagé dans le grenier du manoir de 1 100 m2 avec six chambres, quatre salles de bains, un studio séparé et une piscine (" ideal for a main residence or an embassy ", est-il écrit sur le site de Sotheby's où il est mis en vente) du président du PP, sous les combles, il y a des cadres, dont un qui montre le président du PP avec Winston Churchill, et il y a un buste de Winston Churchill. Un étage plus bas, où se trouvent les bureaux des employés du PP et de la secrétaire générale du PP, qui est l'épouse du propriétaire du manoir, il y a des toiles peintes par le président du PP, d'origine carolo, dont une de Winston Churchill, et des mugs du PP avec dessus une célèbre citation de Winston Churchill. " Il faut savoir rester modeste, vous savez ", dit le président du PP en parlant de ses négociations, échouées, avec Alain Destexhe, à cause de l'ego d'Alain, qui n'est pas un idiot mais qui a copié-collé le programme du PP et en a appelé tous les cadres ou presque, et de ses proches. " Si vous n'avez pas une distance par rapport à vous-même vous devenez dingue", ajoute le président du PP pendant qu'il énumère les sales coups des médias mainstream et d'Aldo-Michel Mungo, président de la Droite citoyenne et ancien du PP qui a déposé plein de plaintes contre le PP ces dernières années et plein de recours contre les listes PP cette année, et aussi pendant qu'il énumère les recours déposés par le PP contre les listes d'Aldo Mungo et contre les médias mainstream cette année. Arrive la secrétaire générale du PP, à qui le président dit d'entrer chérie, et qui demande si on va la faire, cette réunion, et alors quelques autres employés du PP arrivent aussi pour entendre un point rapide sur les recours déposés par Aldo Mungo, les recours déposés contre Aldo Mungo et contre les médias mainstream, les vidéos à diffuser ou pas sur les réseaux sociaux, les articles à mettre en ligne sur lepeuple.be, les influenceuses catholiques à contacter, les journalistes du monde entier qui rencontrent le président du PP cette semaine, et les affiches, les bâches et les flyers à imprimer et à distribuer. Déjà comme avocat d'affaires, il le faisait : il faut impliquer les gens, même les secrétaires, tout le monde, il le sait parce qu'il vient d'un milieu modeste, vous savez, dit le président du PP quand la réunion est terminée. Le midi, dans la cuisine du propriétaire du manoir dans le grenier duquel se trouve le siège du PP, qui paie bien sûr un loyer au propriétaire du manoir, il y a une grande table avec les employés du PP, la secrétaire générale du PP et le président du PP, et une très gentille dame avec un accent slave qui sert de très bonnes pâtes au ragoût. Il ne vit pas comme un nabab lui ici, dit le président du PP pendant qu'il débouche un saint-émilion grand cru. La très gentille dame avec un accent slave confirme que c'est tous les jours comme ça en souriant, et le mercredi souvent on a des boulettes polonaises, dit la secrétaire générale du PP en souriant aussi. Il y a aussi trois chiennes à gros poils qui passent, dont une avec de gros poils noirs qui s'appelle Thatcher et une autre à gros poils bruns qui s'appelle Molly, qui est un peu vieille et qui gémit, et qui deux ou trois fois par an fait des espèces de grossesses nerveuses qui l'énervent, et un jour qu'elle en faisait une elle a un peu mordu Luc Rivet et c'est pour ça que Luc Rivet a quitté le PP, dit le président du PP en demandant à Molly, qui est sourde et presque aveugle, d'arrêter de gémir. Au début de l'après-midi, dans le hall d'entrée du manoir du président du PP, il y a un grand portrait de Winston Churchill peint par le génial Carolo Charles Szymkowicz, un beau bureau de bois verni sur lequel se trouvent une Remington luisante et une pile de flyers du PP encore attachés. A côté, il y a un bureau avec dedans un journaliste québécois, de gros fauteuils en cuir et un feu ouvert dans lequel le président du PP jette les cendres de son cigare, un dominicain bon marché parce que les cubains chers sont trop forts. Au journaliste québécois, pendant une heure, il dit qu'il n'y a qu'en Wallonie que les journalistes ne l'interrogent pas, et puis il explique que s'il est si proche de Steve Bannon, c'est grâce à Nigel Farage, pas un ami mais quand l'épouse du président du PP est à Londres, elle dort chez lui quand même, et Steve et lui ça a été un match, Steve aurait pu finir ses phrases et il aurait pu finir les phrases de Steve la première fois qu'ils se sont rencontrés, et que Steve est très occupé alors qu'il ne répond jamais qu'en trois ou quatre mots à ses mails. A la fin de l'après-midi, dans la salle à manger du manoir du président du PP, il y a plusieurs peintures de l'époux de la secrétaire générale du PP et deux dessins de Vadot représentant le propriétaire du manoir et datant de quand le président du PP était avocat d'affaires, quand il gagnait un fric monstre, plus que ce que pouvaient gagner la plupart des patrons des sociétés cotées, et il y a une très grande table sur laquelle se trouve un cendrier, dans lequel le président jette les cendres de son dominicain bon marché et un journaliste flamand celles de ses Richmond orange. Au journaliste flamand, pendant une heure, il dit qu'il n'y a qu'en Wallonie que les journalistes ne l'interrogent pas, puis il explique qu'il a donné 110 interviews ces derniers mois mais rien en Wallonie, et puis après avoir répondu à un journaliste du Soir puis à un journaliste du Vif/L'Express qui l'appelaient pendant qu'il fumait avec le journaliste flamand, il vérifie ses mails et il a reçu des demandes d'interviews de La Croix, du JDD et d'un journal viennois mais en Wallonie rien, rien, rien, c'est unique en Europe, il répète. Le soir dans la salle à manger du manoir du président du PP, il y a du riz sauté commandé par la secrétaire générale du PP et un bureau politique du PP présidé par le propriétaire du manoir, et quand le président du PP lève la séance, le propriétaire du manoir propose aux membres du bureau politique du PP qui le veulent de rester boire un whisky et discuter un peu. " Je suis à la fois un chef d'orchestre et un homme-orchestre, dans ce parti, et c'est bien pour mon équilibre que tout puisse se faire à la maison ", dit Mischaël Modrikamen, qui, de toute la journée, n'est pas sorti du manoir dans le grenier duquel se trouve le siège du Parti populaire.