Durant sept semaines, focus sur un parti francophone en lice pour le scrutin du 26 mai prochain. Cette semaine: le MR.
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"Je suis flingueur, mais c'est ma personnalité ", il a dit en se dandinant dans la vidéo de Vews, l'émission pour millenials de la RTBF. Le flingueur, la veille de ce mardi-là, il avait explosé un des pneus de sa Mercedes, et, sa personnalité, elle déplorait l'inconfort de sa voiture de remplacement, une Renault peu adaptée, disait-il, à la conduite sportive de cet acharné de Formule 1 et de formules hardies. " Non mais sérieux, tu me vois en Renault ? " il demande, d'ailleurs, en sortant de la Renault garée serrée contre la sombre Jaguar de Jean-Paul Wahl, chef de groupe au parlement de Wallonie, devant le siège du MR, avenue de la Toison d'Or, à Bruxelles. Il y avait un conseil du parti, ce mardi-là, mais il n'y avait pas grand-monde dans la salle du conseil, à 9 h 15, pour écouter Charles Michel lancer une discussion sur l'enseignement. Les candidats réformateurs hennuyers visitaient des entreprises dans l'arrondissement du Centre, on y reviendra, et beaucoup de députés régionaux MR étaient au parlement de la Communauté française, où on devait notamment voter ce matin-là l'allongement du tronc commun. Bien sûr, Georges-Louis Bouchez le flingueur était là, c'est sa personnalité, et puis les visites d'entreprise, dans une campagne, ça ne sert pas à grand-chose, surtout quand on y est en groupe, on y reviendra également. Le président du parti, Charles Michel, était donc là aussi. Et son prédécesseur, Olivier Chastel. Et Jean-Paul Wahl. Et Valérie De Bue. Et Jean-Jacques Flahaux. Et c'était tout, et même si Willy Borsus et Damien Thiéry allaient arriver après et qu'il y avait quelques collaborateurs, c'était beaucoup moins de monde que d'habitude. Pourtant, les intervenants, que Charles Michel avait invités pour alimenter la réflexion du parti juste avant une conférence de presse de présentation du programme du MR sur l'enseignement qui suivrait immédiatement ce conseil de parti, avaient été sélectionnés avec choix. Il y avait Etienne Denoël, un ancien de McKinsey qui a piloté la confection du Pacte pour un enseignement d'excellence, et qui disait que 85 % du Pacte étaient compatibles avec le programme du MR ; et le dirigeant d'une asbl de parents, qui siégeait auparavant au conseil de l'enseignement catholique, qui trouvait que le Pacte d'excellence suivait la même logique que le décret brol, celui sur les inscriptions, et qu'il voyait bien que l'immigration c'était aussi une richesse car dans la classe d'un de ses enfants, en 4e primaire au collège Saint-Michel, à Bruxelles, il y avait 24 écoliers pour 40 nationalités, et que ça se passait très bien ; et le directeur d'une école catholique de Waterloo, qui en avait marre de la rage décrétale ; et le représentant de la fédération des employeurs de l'intérim, un ancien militaire, qui faisait remarquer que les pays qui avaient les meilleurs résultats aux tests Pisa étaient ceux qui étaient soumis à de graves menaces d'un grand voisin hyperpuissant, comme la Finlande avec la Russie ou la Corée avec la Chine. Et puis, Charles Michel a pris la parole pour dire que tout ça alimentait fort bien notre réflexion, et pour prévenir qu'un journaliste suivait toute la journée notre porte-parole adoré, et puis il a donné la parole à la salle. Alors le porte-parole adoré a pris la parole pour demander si une revalorisation salariale des enseignants ça ne pouvait pas passer par l'augmentation des heures prestées par les enseignants. Puis Jean-Paul Wahl a pris le micro pour poser une question, puis Willy Borsus, puis Alexia Bertrand, cheffe de cabinet de Didier Reynders et future députée régionale, et puis c'est Olivier Chastel qui a pris le micro, mais lui c'était pour le rendre à la dame qui le faisait passer dans la salle. Le conseil n'était pas tout à fait fini, et les journalistes attendaient déjà Charles Michel dans la salle de presse de l'étage en dessous, mais le porte-parole adoré devait partir, alors il est sorti retrouver sa Renault, l'a dégagée de l'étau de la sombre Jaguar de Jean-Paul Wahl et s'est mis à rouler très vite vers le Hainaut tout en appelant un journaliste qui le vouvoie. " Tu me vois, moi, me faire vouvoyer par un journaliste ? " qu'il disait juste avant de l'appeler. A Péronnes, dans le Hainaut, les autres candidats MR visitaient Wanty, une toute grosse entreprise de la construction, après être passés à Soignies, aux Carrières du Hainaut, et Georges-Louis Bouchez était en retard, mais quand il est arrivé, on a quand même pu voir l'atelier de réparation des camions, car Wanty fait aussi du transport routier. " Alors je suppose que la redevance kilométrique vous a mis en colère ", a demandé Georges-Louis Bouchez au patron. " Non, moi je suis très content, parce que ça a donné à la Région des moyens pour rénover les routes, et qu'on rénove les routes ", a répondu le patron. " Ah ça, c'est le beurre, l'argent du beurre, et le sourire de la crémière wallonne ", a dit Fabienne Devilers, sixième suppléante sur la liste MR, et puis tout le monde est allé visiter un chantier de voirie à cinq millions d'euros tout près du siège, sauf Denis Ducarme qui devait rentrer sur Bruxelles. Après ça, vite vite il fallait rentrer sur Mons. Mais dans sa Renault, Georges-Louis, qui appelle avec son kit mains libres le directeur du Pass, dont il est président du conseil d'administration, reçoit des sms qui parlent d'un sondage qui est mauvais pour le MR. Si mauvais que quand il a raccroché et qu'il a reçu tous les résultats, il se demande. " Avec 18 % en Wallonie, jamais on ne fera quatre sièges dans le Hainaut. Tu me vois, moi, franchement ? ", et il se gare devant son cabinet d'avocat, une très belle maison de maître dans la rue Terre du Prince. Là-bas l'attend un monsieur avec un prénom, Selena, tatoué en grand sur l'avant-bras. Il est membre d'une association qui participe à des reconstitutions militaires. Il tutoie Georges-Louis Bouchez, et il voudrait savoir s'il ne peut pas l'aider à recevoir une dépanneuse à chars de type Berg (même à prêter) et ce que veut la Ville avec ce cahier des charges pour organiser les 75 ans de la libération de Mons, en septembre prochain. Georges-Louis-Bouchez dit qu'il va demander à Didier qui est ministre de la Défense pour la dépanneuse de type Berg et poser une question au conseil communal sur cette histoire de cahier des charges, et le monsieur qui le tutoie s'en va content. Pendant que la Renault sort de la cour de la belle maison de maître dans la rue Terre du Prince, son conducteur à la conduite sportive appelle son concessionnaire pour savoir quand il pourra récupérer sa Mercedes, ce n'est qu'un pneu tout de même, et quelques minutes plus tard, quand il entre par un sens interdit dans la rue mal répertoriée dans son gps du zoning Initialis de Mons, il se gare à l'envers devant le siège d'I-Care, " Tu nous vois ne faire que trois sièges dans le Hainaut, non mais franchement ? ", et il entre chez I-Care où l'attend un cadre, mais pas le patron, Fabrice, qui a eu un problème avec le DRH, mais pour qui il faudra tout de même, en fin de visite, sortir deux affiches du coffre de la Renault. " Non mais tu me voyais avec une Renault, franchement ? " demande Georges-Louis au cadre, qu'il tutoie, avant de monter se remettre dans sa Renault et d'en sortir tout de suite parce que Charles Michel l'appelle et qu'on ne peut pas entendre. Quand il a raccroché, il s'interroge, tout haut, pour savoir si trois députés seulement, dans le Hainaut, c'est possible, franchement. Il se le demande aussi devant son menu Formidable du Quick d'à côté du parc Initialis, et encore, une fois revenu dans la belle maison de maître dans la rue Terre du Prince, quand il attend le camarade avec qui il gère la distribution, le plantage et le collage de ses affiches, de ses bâches et de ses prospectus, et quand il repart il pose la question pour voir, " Non mais tu crois que c'est possible, trois députés seulement dans le Hainaut, franchement ? ", mais le temps qu'on lui dise que non, on n'y croit pas trop, à peine une petite douzaine de fois, la Renault débarque sur la grand-place de Frameries, où l'hôtel de ville est bondé. Il y a une réunion de riverains en colère, parce qu'une grosse entreprise flamande veut implanter la plus grande usine à frites du monde, pleine de nuisances et d'odeurs, dans la cité boraine. Au premier rang, il y a le bourgmestre socialiste de Frameries, Jean-Marc Dupont, qui s'y oppose, Catherine Fonck (CDH), qui s'y oppose, Manu Di Sabato (Ecolo), qui s'y oppose, leurs partis aussi, et cette usine à frites n'a aucune chance d'un jour pouvoir s'implanter à Frameries. Mais il est 18 h 58, et on donne la parole au porte-parole adoré juste après le bourgmestre socialiste, alors Georges-Louis Bouchez dit qu'il ne faut pas raconter n'importe quoi, et qu'il faut dire non tout de suite à l'usine à frites, et pas attendre que les permis ne soient pas délivrés, et tout le monde le regarde, et les gens applaudissent, et quand il sort pour remonter dans sa Renault on entend trois Italiens du Borinage qui étaient restés dehors, et qui se disent " Il est avec nous depuis le début, celui-là, et il a de la gueule " et " Ehi et minga ti, tu l'as vu à Mons là, tout le temps s'engueuler avec les socialistes ? Il se laisse pas faire hein ! " Il est déjà tard, il arrive en courant rue de Nimy, où, au coin, deux adolescentes chuchotantes l'ont reconnu et où, au Mundaneum, une conférence sur l'accès à la justice a commencé depuis trente minutes. Il y demande à une candidate écologiste de faire preuve d'un peu de modestie, et, dans la maigre assistance, une jeune dame dit à son jeune voisin que ce type est toujours dans l'agression. Et comme à la fin il téléphone au Kot citoyen de Louvain-la-Neuve en disant à un jeune homme et à sa jeune voisine qu'il aime bien débattre avec l'extrême gauche, il nous demande si on l'accompagne pour le souper-débat louvaniste où il sera un peu en retard. Mais à minuit à Louvain-la-Neuve pour un souper-débat, même avec le 4e candidat sur la liste MR du Hainaut, non, on ne se voit pas, franchement.