Durant sept semaines, focus sur un parti francophone en lice pour le scrutin du 26 mai. Cette semaine : DéFI.
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Agressif, Olivier Maingain arrive à 10 h 13, place Cathédrale, à Liège. Il pleut, il fait froid, il est en retard et il a un jeans et une caisse de 300 tracts sous le bras. Sur la place, il y a une longue tonnelle, des drapeaux de DéFI, et dans la tonnelle une très longue table, des chaises alignées et des petites plaquettes au nom d'une vingtaine de candidats de son parti de toutes les circonscriptions. C'est un speed-dating électoral, un concept développé par une agence de com dans lequel les gens viennent rencontrer les candidats de leur choix, chacun selon leur spécialité - Olivier Maingain, lui, c'est " Justice et fiscalité ", est-il écrit sur un des deux grands tableaux à l'entrée de la tonnelle - et leur parler un peu. Il y a même des petits chronomètres et tout. C'est très bien organisé. Mais des gens, il n'y en a pas, ce samedi matin, comme il fait froid et comme il pleut. Il n'y a que des candidats un peu perdus quand Olivier Maingain arrive. Il dit " Bonjour tout le monde, ça va ? ", il regarde la tonnelle, les tables, la chaise devant laquelle se trouve son nom et son chronomètre, puis le tableau où il est écrit que ses spécialités sont la justice et la fiscalité. Il regarde les candidats un peu perdus, il ne pleut plus et il dit " Bon, qu'est-ce que vous faites, là, les amis ? Il faut prendre ses tracts et aller à la rencontre des gens, enfin ! ", et il part avec ses tracts au coin, vers Vinâve d'Île. Amical, il a été à peine reconnu par deux personnes, dont une lui demande un autographe, qu'il s'arrête. " Vous n'avez pas faim, vous ? Je n'ai pas déjeuné, on ne se trouverait pas quelque chose à manger ? ", demande-t-il, comme il avise une vendeuse de gaufres au coin de la place Cathédrale. Alors on mange des gaufres à la cannelle. Descriptif, il a terminé sa gaufre et signé son autographe, et quand il demande " Bonjour ! Vous connaissez DéFI ? " à une dame qui passe en tirant son petit chien, la dame dit " Oh non ! ", les yeux baissés vers son chien, puis elle lève les yeux vers Olivier Maingain, dit " Oh oui je connais ! ", puis elle prend un tract, s'éloigne, et Olivier Maingain lui dit " Faites-nous confiance ! " Curieux, il s'adresse à un petit monsieur en gris qui veut savoir si DéFI présente des listes en Wallonie. " Mais oui, vous connaissez Renaud Duquesne ? " " Ah oui ! " lui répond le monsieur. Alors il appelle Renaud Duquesne, tête de liste fédérale à Liège, crie " Viens ici, monsieur connaît ton papa ! " Renaud Duquesne arrive et dit " Vous connaissez mon papa ? " et le monsieur en gris dit " Ah non ! " et il est un peu perdu. Gracieux, Olivier Maingain s'arrête avec une dame dont la laisse du chien s'emmêle dans son sac du Lidl. La dame lui dit qu'elle ne s'en sort pas avec sa petite pension, qu'elle en a marre des politiques, qu'il est temps qu'ils laissent la place aux jeunes, tous ces vieux beaux propres. " Ah ben justement, moi, j'arrête ", dit un vieux beau propre qui aurait pu se sentir visé, " mais je ne parlais pas de vous ", conteste la dame. Truculent, il répond à une interview sur sa vie sexuelle pour une journaliste qui passait par là, et derrière lui un monsieur au training gris et au visage tout rouge qui passait par là aussi crie " Pourri ! Pouuurri ! POUHOURRRRI ! ". Tendre, il croise Philippe Monfils, qui lui dit qu'il fait bien ça, que le MR c'est plus comme de son temps du tout, et puis Renaud Duquesne arrive et explique que sa maman demande souvent des nouvelles de Monfils. Prévenant, il croise Christine Defraigne, qui lui dit qu'il fait bien ça, que le MR c'est plus trop comme de son temps, et qui voit François De Smet, candidat à Bruxelles, qui s'ennuie avec Cécile Jodogne, candidate à Bruxelles, sous une tonnelle à Liège un samedi de campagne, et Christine Defraigne dit à François De Smet et Olivier Maingain que la candidature de François De Smet chez DéFI est une grosse perte pour le MR, et Olivier Maingain et François De Smet la regardent gentiment et lui répondent qu'on ne peut pas dire que le MR ait fait beaucoup pour retenir François De Smet. Pédant, il croise Philippe Goffin qui fait ses courses avec sa fille et Gilles Foret qui va à une réunion, et il leur dit que le MR c'est plus du tout comme de son temps, et eux ils sourient mais ils sont un peu embêtés parce qu'on voit bien qu'ils pensent aussi aux derniers sondages qui ne sont pas bons. Cavalier, il mange vite son vol-au-vent et boit vite sa Curtius, à l'étage de la Danish Tavern, entouré de sa quinzaine de candidats, sa tête de liste liégeoise à la Chambre à sa droite, sa tête de liste liégeoise à la Région à sa gauche. Il leur parle des incohérences d'Ecolo, du désarroi du MR et de Ronsard, qu'il avait récité l'an passé, dit " Ecoute bûcheron, arrête un peu le bras ", et s'en va en n'écoutant même pas ses candidats le féliciter parce qu'il est déjà en retard pour Chevetogne et que le vieux GPS de sa Peugeot n'est plus très fiable. Emphatique, quand, arrivé au milieu du Domaine provincial de Chevetogne, un peu en retard, il pose son Anthologie de la poésie française sur un banc humide, et que trois dames arrivent devant lui avec deux petites filles, qu'elles lui disent qu'aux bancs précédents elles ont entendu déclamer du Jacques Brel et du Victor Hugo, et qu'il fait si bien ça que pendant les quatre minutes quarante-cinq les deux petites-filles sursautent plusieurs fois. Dramatique, Olivier Maingain termine le sixième de ses quinze monologues de quatre minutes quarante-cinq quand la dame qui l'écoutait après lui avoir fait recommencer tout le monologue parce qu'elle avait pris le précédent en cours lui dit " Je vous connais mais je ne sais pas d'où " avant de partir vers le banc humide suivant. Admiratif, il s'est réfugié sous le petit pont de la Charmille, tout près de son banc humide du Domaine de Chevetogne, et se rappelle, faraud, son Ronsard de l'an passé, " Ecoute bûcheron, arrête un peu le bras ". Il dit qu'il a toujours aimé ça, la poésie, et qu'il connaît bien le Domaine de Chevetogne, parce qu'il venait chaque été de Bruxelles à vélo, pour voir une vieille tante qui habitait tout près, et " je vais bientôt pouvoir m'y remettre ", il dit, fier de lui, avant de redescendre vers son banc public parce qu'il ne pleut plus et que des gens arrivent pour l'écouter. Lyrique, Olivier Maingain quitte le Domaine de Chevetogne après avoir salué les organisateurs de ce rallye littéraire auquel il participe depuis deux ans, remonte dans sa Peugeot, et se rappelle les visites à Thuin chez Daniel Ducarme pour organiser l'arrivée au PRL de Paul-Henry Gendebien, les engueulades de Louis Michel pour empêcher l'arrivée au PRL de Paul-Henry Gendebien et les méprisantes considérations d'Hervé Hasquin sur Daniel Ducarme, Louis Michel et Paul-Henry Gendebien. Naïf, il arrive sur la place Verte, à Charleroi, à 17 h 30. Le speed dating électoral des candidats de DéFI devait s'y tenir jusqu'à 17 heures. Mais il y avait tellement de vent et de pluie qu'ils n'ont jamais pu installer leur tonnelle et leurs chronomètres, et de toute façon Olivier Maingain n'y était pas, alors ils ont seulement tracté un peu, se sont réfugiés au Prosper, en face de la chapelle Saint-Fiacre, et on voit bien qu'ils sont fort déçus de leur après-midi qui n'aura servi à rien. Mais quand Olivier Maingain passe la porte du Prosper, et qu'il demande un chocolat chaud et comment ça s'est passé, sa tête de liste carolorégienne à la Région lui répond, poliment mais tristement et un peu rancunièrement, " mitigé ". Campagnard, au Prosper, Olivier Maingain présente " Amadeo, comment vas-tu ? ", un candidat dont il semble très fier et qui est directeur de la politique migratoire à la Commission européenne et premier suppléant sur la liste européenne de DéFI, mais Amadeo ce n'est pas son prénom, son prénom c'est Michele. Amadeo, c'est son nom. Militaire, il a fait ressortir ses candidats pour tracter un peu sur la place Verte. Le centre commercial Rive Gauche est en train de fermer et il n'y a plus personne mais il parle quand même avec un monsieur en sandales qui porte une très grosse bague, qui lui dit qu'il est le dernier noble de Charleroi et qu'il milite pour une république néoplatonicienne car il n'y a plus d'antiquaires à Charleroi et qu'il veut se faire engager par tous les partis wallons comme conseiller culturel, et Olivier Maingain se replie très stratégiquement vers la petite rue du Pont-Neuf. Pratique, en passant devant Le Piéton, rue de Dampremy, il s'arrête à la table d'une dame qui boit un thé à la menthe avec une amie et qui l'a reconnu. " Regardez nos candidats carolos, comme ils sont beaux et gentils ", leur dit-il en leur montrant sa tête de liste carolorégienne à la Région. " Ah oui, lui, j'en ferais bien mon quatre heures ", lui répond la dame en regardant la tête de liste carolorégienne à la Région, et Olivier Maingain rit et dit que maintenant il va repartir. Il se fait encore rire en disant, avant d'aller rechercher sa voiture dans le parking de Rive Gauche, que " ça a été une journée de campagne très fructueuse ". Ses folles plaisanteries, il se les sert lui-même, avec assez de verve, mais il ne permet pas qu'un autre lui les serve. C'est pour ça qu'il s'est permis de s'absenter quatre heures sans demander l'avis de personne, au milieu d'un samedi d'une campagne cruciale pour son parti, pour aider le Fonds Victor, une association qui veut donner aux jeunes le goût de la littérature. En récitant quinze fois la tirade du nez de Cyrano de Bergerac.