Durant sept semaines, focus sur un parti francophone en lice pour le scrutin du 26 mai prochain. Cette semaine: le PS.
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Thuin, c'est la ville de Paul Furlan. Il sort de sa Fiat 500 blanche, moins blanche que sa chemise mais tout de même très blanche, garée dans le zoning de Thuin, devant une entreprise, Full Services, dont le patron, Jean Fadel, est un vieux copain à lui. Il passe devant une camionnette blanche mais tout de même moins blanche que sa chemise et que sa Fiat 500, sur laquelle sont collées des affiches de Paul Furlan et de Paul Magnette, mais aussi d'Elio Di Rupo et de quelques autres candidats, et puis il entre dans l'usine où l'attend son vieux copain. Dans le petit hall d'entrée où tout le monde attend Elio Di Rupo, il y a le porte-parole d'Elio Di Rupo qui est aussi premier suppléant de Paul Furlan à la Région et qui deviendra député si Elio Di Rupo désigne Paul Furlan ministre. Il y a aussi, sur les murs, une plaque " bâtiment inauguré par Paul Furlan " et une photo encadrée du patron avec Paul Furlan, et il y a désormais Paul Furlan, qui remet le col de la chemise du patron, qui dépassait, sous sa veste. Il y a encore une dame avec des cheveux courts et des boucles d'oreilles PS, et un photographe et un caméraman qui suivent Paul Furlan, et comme le photographe explique que comme ils savaient que le président venait ils ont placé quelques affiches du président dans le zoning, voilà qu'une berline noire se gare devant Full Services et que le président en sort. Il a des baskets bleues, un jeans, un noeud papillon mauve, il est en retard parce qu'il était coincé par une réunion urgente sur les universités, et il dit " Bonjour comment va ? ", puis " Bonjour ça va bien ? ", puis " Bonjour vous allez bien ? " aux personnes qu'il croise. Puis on entre dans un grand hall où est dressé un chapiteau et où le patron de cette entreprise de transport, spécialisée dans la livraison de carburant, le transport de pellets et les convois alimentaires réfrigérés raconte qu'on le reçoit à la bonne franquette, président. Il dit aussi qu'il a étudié à Mons et qu'il a croisé le président il y a très longtemps, chez Bobonne, et que ses parents sont originaires du nord de l'Italie et qu'il est un vrai polentone. Le président répond que peut-être qu'ils se sont vus chez Bobonne mais qu'à l'époque lui il ne buvait pas une goutte d'alcool, il dit que les polentoni en Italie c'est plus bas, dans le Sud, parce que c'est dans le sud qu'on mange de la polenta, et il demande si le pellet ce sont comme des espèces de pastilles et si le moteur des camions frigorifiques doit continuer à tourner quand ils sont stationnés parce que franchement ça fait un boucan d'enfer. En marchant vers la machine qui remplit les camions de pellets, le patron explique que son vrai problème c'est de trouver des gens bien formés, et le président lui répond qu'au cas où, lui, il a son permis D de chauffeur poids lourd, qu'il a passé quand il était étudiant et qu'il faisait des livraisons pour la Brasserie des Alliés. Quand on revient sous le chapiteau, où il y a un tout petit buffet avec de la tarte mais où Elio Di Rupo ne prend qu'une petite bouteille de Spa Reine parce que, lui, c'est sans gluten, le président de l'USC de Thuin demande à Elio Di Rupo s'il a vu qu'il était déjà affiché à Thuin et s'il le reconnaît, et Elio Di Rupo lui dit que oui, il a vu qu'il était affiché à Thuin et que bien sûr qu'il le reconnaît, si tous les présidents d'USC étaient comme lui ça irait autrement dans le parti. Et le patron, qui trouve que le président est en forme, lui raconte que ça, président, je peux vous dire que Paul l'a préparée, cette visite : il m'a appelé la semaine passée, il m'a appelé hier, et il m'a encore appelé ce matin, et Paul Furlan écoute moins que quand le président dit que le prochain gouvernement wallon doit être encore plus en connexion avec les entreprises et qu'il leur faut vraiment du cousu main. Après ça, il remonte dans sa 500 blanche, le président remonte dans sa berline noire, le porte-parole du second et premier suppléant du premier remonte dans sa compact bleu foncé, les autres socialistes remontent dans leur camionnette et tout le monde se donne rendez-vous pas loin, dans un café de la Ville-Basse de Thuin, au bord de la Sambre. C'est un café qui s'appelle L'Escale, où s'arrêtaient jadis les bateliers, et dont le patron, Johnny, a longtemps travaillé à Mons. " Ouskilest le patron ? " jette d'ailleurs Paul Furlan aux trois clients qui sont au bar de L'Escale. Pendant ce temps, juste devant, Elio Di Rupo se fait arrêter par une dame en pantoufles qui promène son chien, et qui lui demande s'il ne sait pas la soulager parce qu'elle a des douleurs au genou et dans le bas du dos, et Elio Di Rupo lui répond que nous sommes solidaires, se baisse pour caresser le chien, se redresse et passe la porte de L'Escale, où l'attendent le patron Johnny, les trois clients, et une dizaine, puis une douzaine, puis une quinzaine de socialistes locaux. Il s'assied au milieu de douze socialistes assis à une table de huit, commande un déca, discute un peu, attend longtemps mais Johnny dit qu'ici il ne faut pas être pressé car on se hâte lentement, il le boit, se lève pour faire la bise à deux dames qui entrent en criant Han mais je vais quand même lui faire la bise, et puis il sort de L'Escale parce qu'on voit bien que ce qu'il veut, lui, c'est voir des gens. Justement, en face de L'Escale, il y a une boucherie-traiteur et pendant que les socialistes restent serrés à douze à leur table de huit, lui il se commande quatre tranches de jambon braisé et cent grammes de boudin blanc aux fines herbes au boucher-traiteur qui lui dit que ça tombe bien président chez nous on ne sert que de la viande bien rouge. Puis le président sort, et va demander aux socialistes de L'Escale si on n'a pas un autre rendez-vous, alors le cortège se reforme et monte vers la Ville-Haute visiter la Taverne du Beffroi. Là-bas, Elio Di Rupo demande une eau plate pendant que les autres socialistes choisissent un verre strié ou un lisse pour leur Jupiler ou leur Stella. Il reconnaît le jeune tenancier qui allait souvent au Nautilus à Charleroi, avant. Il veut savoir de quand date le beffroi, sur lequel il est écrit 1638, Paul Furlan ne sait pas et appelle son attaché, et le président raconte que pour leur beffroi à Mons ils avaient gardé des échafaudages autour pendant trente ans mais qu'heureusement on a pu faire la rénovation quand tu étais ministre du tourisme, Paul, et puis il dit qu'il doit s'en aller parce qu'il doit préparer la conférence de ce soir, et les autres socialistes boivent encore un lisse ou un strié, ou alors peut-être une ADA, " allez oui encore une dernière ", dit Paul Furlan et puis il s'en va aussi. Sa conférence, c'est le soir, enfin, à 19 heures, dans la salle du Foyer de la Haute Sambre, la société locale de logements sociaux. A chaque carrefour pour y arriver des panneaux avec des affiches de candidats socialistes ont été installés, on a mis des drapeaux du PS et plein de photos à l'entrée de la salle, et dedans plein de gens dont beaucoup sont petites, et des militants et des cadres, avec au premier rang des dames qui regardent le président avec des yeux qui brillent. Il est 19 h 01, le président entre, il dit " Bonjour comment va ? ", puis " Bonjour ça va bien ? ", puis " Bonjour vous allez bien ? " aux personnes qu'il croise, et dit à Paul Furlan qu'il propose qu'on commence à l'heure, c'est-à-dire dans trois minutes, Paul Furlan essaie de dire que oui mais qu'il y a encore des voitures qui arrivent, et le président répond qu'il ne faut jamais attendre les retardataires, alors Paul Furlan demande aux gens s'il peut se permettre de leur demander de bien vouloir s'asseoir et à 19 h 04 il donne la parole à son président. Le président diffuse un clip vidéo où on le voit avec Kate Middleton, Matteo Renzi, Barack Obama, François Hollande et Angela Merkel, mais la vidéo bloque brutalement, alors il remercie Paul Furlan et les autres candidats présents, et il donne la parole aux gens qui sont là et qui se serrent. " Vous allez me poser les questions qui vous passent par la tête. " Vingt personnes vont lui en poser, du premier qui lui dit qu'il est né la même année que lui et qu'il est socialiste jusqu'à la moelle de l'os et qu'il est attristé de la manière dont il s'est mis tête de liste sans consulter la base, mais ce n'est pas une question mais une remarque, voilà président, à la dernière qui explique qu'elle était déjà venue le voir à Chimay et qui veut savoir s'il est pour ou contre l'immunité parlementaire. Pendant cinquante minutes après ça, il va répondre à tout le monde, le président, même si parfois il fatigue et si parfois il répond à côté. Au premier il répond que sa candidature en tête de liste a été validée à 97 ou 98 % par le congrès provincial, à la dernière il répond que s'il était populiste et démagogue il dirait qu'il est contre l'immunité parlementaire, mais comme il ne l'est pas il lui rappelle que dans les années 1990 il a eu à subir les accusations d'un mythomane. Et à 20 h 36 il dit que c'est bon, merci beaucoup, et il part vite en longeant le mur. Il doit s'arrêter pour faire quelques selfies, il dit " Bonsoir comment va ? ", puis " Bonsoir ça va bien ? ", puis " Bonsoir vous allez bien ? " aux personnes qu'il croise, il monte dans sa berline et Paul Furlan qui l'avait accompagné jusque là fait une espèce de " ouf " avec ses épaules quand la portière se referme, avant de repartir vers la salle du Foyer de la Haute Sambre où le bar a été ouvert.