"Ignorer les gens en péril, ce n'est pas l'Europe" a déclaré le président de la Commission Jean-Claude Juncker dans son État de l'Union face au parlement européen. On n'ignore plus les réfugiés, mais on en paie désormais le prix d'un immobilisme, durant plusieurs années, dans le dossier des réfugiés.
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"Ignorer les gens en péril, ce n'est pas l'Europe" a déclaré le président de la Commission Jean-Claude Juncker dans son État de l'Union face au parlement européen. On n'ignore plus les réfugiés, mais on en paie désormais le prix d'un immobilisme, durant plusieurs années, dans le dossier des réfugiés. L'année passée, 1 million de réfugiés ont rejoint l'Union européenne et d'après la Commission européenne, ce nombre atteindra les 55 millions d'ici 2060. C'est cinq fois la population belge. L'année passée, le Commissariat général belge aux réfugiés et aux apatrides a décidé dans 61% des dossiers que les demandeurs d'asile avaient effectivement besoin de protection. Il s'agit de 10 783 personnes et des enfants mineurs qui les accompagnent. La majorité des demandeurs d'asile venait de zones de conflit telles que l'Irak (22%), la Syrie (21%) et l'Afghanistan (20%). Rien n'indique que ce nombre baissera, au contraire. Les employeurs ont réagi de façon étonnamment enthousiaste à l'afflux de réfugiés. Cet été, Unizo a installé une tente sur la place Maximilien à Bruxelles pour informer les demandeurs d'asile à propos de la création d'une entreprise ou de la recherche d'un emploi. La FBE et VOKA n'ont pas hésité à souhaiter la bienvenue aux réfugiés. En revanche, par leur silence, les syndicats ont manqué l'opportunité de se montrer solidaires à l'égard de personnes qui fuient la guerre et les violences. Jan Smets, gouverneur à la Banque Nationale, a déclaré que les entreprises auraient "fort besoin" des réfugiés en réponse au vieillissement des Belges autochtones. La réaction du président de la N-VA Bart De Wever ne s'est pas fait attendre : "C'est un mensonge de dire qu'on a besoin des réfugiés." Un tel petit jeu entre des personnes chargées de responsabilités importantes ne fait que semer la confusion. On n'a pas besoin de cris, mais d'arguments. Plusieurs études sur l'intégration de réfugiés sur le marché du travail, notamment celles de Johan Wets (KULeuven) et d'Andrea Rea (ULB) révèlent que les réfugiés trouvent plus facilement un emploi si on leur propose des cours de langue. C'est également ce qu'a martelé le président de la Voka lors de son discours de Nouvel An : "la Flandre doit miser sur la formation de ces gens, de sorte que les entreprises puissent les engager. Mais c'est aux entreprises à monter des projets pour leur donner un maximum d'opportunités, afin qu'ils puissent s'épanouir." C'est le défi auquel nous devons faire face. On ne peut plus y échapper. Entre-temps, l'opposition grandit contre ce qu'on appelle "l'islamisation de l'Occident". On ne sait pas encore très bien qui a commis les agressions massives à Cologne, mais cela n'a pas empêché le mouvement anti-islam Pegida d'accuser les réfugiés. Il faut punir les auteurs, quels qu'ils soient. Les principes de notre état de droit s'appliquent à tout le monde. Mais la généralisation de certains politiques populistes d'aujourd'hui alimente l'intolérance et l'extrémisme. La pensée manichéenne complique une situation déjà difficile.Le bourgmestre de Rotterdam Ahmed Aboutaleb a expliqué récemment ce qu'il entendait par intégration : participer à la culture, au travail et à l'enseignement, et accepter les libertés collectives et la Constitution. C'est pourquoi il est judicieux qu'en plus des cours de langue, on organise des cours sur nos moeurs, nos habitudes, nos normes et nos valeurs. Et ne soyons pas naïfs : l'intégration culturelle et économique des réfugiés prendra plus d'une génération et coûtera beaucoup d'argent. Il faudra que chacun, Belges et demandeurs d'asile, fournisse un effort soutenu. Et fasse preuve de courage et de sang-froid, deux qualités qui semblent manquer à certains.