Pour certains politiciens et chercheurs flamands, pas de doute, le nationalisme québécois ressemble au nationalisme flamand : les deux mouvements reposent sur des bases linguistiques, ils ont redressé les inégalités du passé - les classes dominantes étaient francophones en Belgique, anglophones au Québec - et ils ont obtenu une redistribution du pouvoir politique, avec la construction d'une alternative à l'Etat central. Pour répliquer aux Belges francophones indignés par certaines mesures prises par la Flandre en vertu du sacro-saint principe de territorialité, les indépendantistes flamands citent volontiers en exemple le cas de la Belle Province, qui a su protéger, elle aussi, sa langue et sa culture.
...

Pour certains politiciens et chercheurs flamands, pas de doute, le nationalisme québécois ressemble au nationalisme flamand : les deux mouvements reposent sur des bases linguistiques, ils ont redressé les inégalités du passé - les classes dominantes étaient francophones en Belgique, anglophones au Québec - et ils ont obtenu une redistribution du pouvoir politique, avec la construction d'une alternative à l'Etat central. Pour répliquer aux Belges francophones indignés par certaines mesures prises par la Flandre en vertu du sacro-saint principe de territorialité, les indépendantistes flamands citent volontiers en exemple le cas de la Belle Province, qui a su protéger, elle aussi, sa langue et sa culture. Pourtant, le Québec est un îlot francophone dans un océan anglophone, alors que les Flamands sont majoritaires en Belgique. La minorité anglophone au Québec est très protégée, alors que la Flandre a chassé ou assimilé sa minorité francophone. Le gouvernement québécois voit la diversité linguistique de la province comme une richesse, alors que la langue française n'est plus, depuis des lustres, la bienvenue en Flandre. La prestigieuse université anglophone McGill est une institution phare de Montréal, ville francophone, alors que les Belges francophones ont été chassés de l'université catholique de Louvain, bilingue jusqu'en 1968. Des recensements linguistiques sont organisés au Québec, alors qu'ils ont été supprimés depuis 1961 en Belgique sous la pression du mouvement flamand. Les indépendantistes québécois n'ont plus le vent en poupe alors qu'un parti nationaliste flamand, première force politique en Belgique, participe au pouvoir. Le Québec peine à faire entendre sa voix au niveau fédéral canadien et connaît un statu quo institutionnel, alors que la " flamandisation " de la Belgique (postes clés entre des mains flamandes...) se poursuit et que les pressions flamandes pour affaiblir plus encore l'Etat belge restent fortes. Les autorités québécoises prônent l'ouverture et la tolérance, alors que le discours des élus nationalistes flamands nourrit le repli sur soi. Reste que, par-delà leurs différences, la Belgique et le Canada ont des points communs. Les deux pays sont bilingues, ont une longue tradition de tensions entre groupes linguistiques et sont marqués par de multiples clivages. Malgré des périodes de crise, le contentieux communautaire a été géré par des arrangements institutionnels, qui ont permis la mise en place de systèmes fédéraux. Peut-on tirer des leçons de ces expériences, alors que la question de la diversité ethnique et culturelle de la société s'impose à l'agenda politique des deux pays ? Le 22 septembre, à Bruxelles, des chercheurs canadiens et belges (historiens, juristes, sociologues, politologues...) compareront, le plus souvent en duo (belgo-canadien), les solutions adoptées dans leur pays respectif. Le colloque Des sociétés inclusives ? Le Canada et la Belgique au xxie siècle, organisé par l'ULB, la KU Leuven et l'ambassade du Canada, se tiendra au palais des Académies (entrée libre, enregistrement obligatoire).