Il en prend pour son grade. Ses statues ont dégusté d'Ekeren à Hasselt, de Halle à Tervuren, de Gand à Ostende. Sa présence à l'air libre paraît compromise aux quatre coins d'une Flandre où la Belgique et sa monarchie ne comptent pas que des amis en politique.
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Il en prend pour son grade. Ses statues ont dégusté d'Ekeren à Hasselt, de Halle à Tervuren, de Gand à Ostende. Sa présence à l'air libre paraît compromise aux quatre coins d'une Flandre où la Belgique et sa monarchie ne comptent pas que des amis en politique. Avec 58 républicains antibelges déclarés sur 124 élus, Léopold II ne pouvait guère espérer la clémence du parlement flamand. Mais la force de frappe nationaliste flamande sait se faire violence. N-VA et Vlaams Belang ne rallient pas le parti des plus acharnés à réclamer la tête figée dans la pierre du fondateur du Congo belge. A quoi bon cette fureur iconoclaste, le patrimoine historique flamand ne pourra qu'en souffrir et son ministre de tutelle, fût-il N-VA, en serait le premier désolé. Nulle once de compassion dans l'élan protecteur de Matthias Diependaele : " En tant que républicain nationaliste flamand, je serais bien le dernier à défendre Léopold II. " Mais bannir le roi colonisateur de l'espace public, reléguer ses statues au musée, serait choisir la facilité. Mieux vaut contextualiser au grand jour les méfaits de sa politique, maintenir l'oppresseur sur ses piédestaux en le confrontant à ses victimes. Longue vie à Léopold II et à ses traces. En entendant le Vlaams Belang faire chorus, Tom De Meester, député régional PVDA (PTB), a feint de tomber de sa chaise : un monarque, un roi des Belges, responsable présumé de trois millions de morts, la proie est pourtant rêvée, la cible si facile. " Très bizarre. " Pas tant que ça, explique le politologue Bart Maddens ( KULeuven) : " Le mouvement nationaliste flamand affiche une forte conscience historique et un souci de conserver dans le patrimoine les traces de l'histoire. La Flandre compte encore de nombreux monuments de guerre et bâtiments qui portent des mentions bilingues. Personne ne songe à réclamer leur effacement. Elles rappellent utilement que l'espace public en Flandre s'affichait jadis en français. " Il est de ces blessures mal cicatrisées qu'il est bon de maintenir visibles pour rappeler ce que l'on a subi. " Les statues livrent toujours un récit, pointe Matthias Diependaele, nous ne pouvons pas effacer notre histoire d'un coup de gomme. " Qu'elle soit plus ou moins reluisante, là n'est pas trop la question. Très juste, rebondit la gauche socialiste flamande. Il faut oser jeter un regard critique sur le passé, ne pas occulter ses pages les plus sombres, examiner la manière de les inscrire judicieusement dans le patrimoine. Et donc élargir la réflexion à cette autre pénible période que fut la collaboration avec le régime nazi. Le ministre aurait-il vent d'un inventaire du patrimoine lié à la colonisation mais aussi à la collaboration ? s'est enquis malicieusement Maxim Veys, député régional SP.A. Négatif, le " dark heritage " n'a pas de liste et Matthias Diependaele doute de son utilité car enfin, " où la clôturer ? ". C'est bien vrai, abonde le Vlaams Belang : on commence par défenestrer un roi et on ne sait pas où peut mener une chasse aux sorcières. Peut-être bien à débaptiser les dernières rues de Flandre dédiées à l'un ou l'autre collabo. Ceux-là " avaient leurs raisons ", déclarait en 2014 le N-VA Jan Jambon. Léopold II devait aussi avoir les siennes.