Il cumule les talents : celui du romancier, du twitto et du porte-parole. Hugo Poliart publie des romans. Il diffuse sur les réseaux sociaux de petites phrases écrites sur des cahiers à spirale. Il travaillait jusqu'à récemment à la communication de Sophie Wilmès, désormais Première ministre. Ce triple titre en fait un des plus élégants propagateurs de la ligne de com du MR, que, scrupuleusement, il ne tord jamais. Le 2 janvier, commentant la volonté de la commune d'Ixelles, dirigée par un écologiste, Christos Doulkeridis, de ne plus emmener les écoliers de son enseignement public dans des zoos, il faisait mine de poser ce constat : " Je l'avais signalé à propos d'autres décisions : Ixelles est désormais dirigée par des intégristes préfascisants. " Qu'un réformateur sensé compare l'exercice constitutionnel de la liberté d'enseignement par une municipalité à un entraînement paramilitaire à la marche sur Rome pourrait inquiéter autant qu'amuser.
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Il cumule les talents : celui du romancier, du twitto et du porte-parole. Hugo Poliart publie des romans. Il diffuse sur les réseaux sociaux de petites phrases écrites sur des cahiers à spirale. Il travaillait jusqu'à récemment à la communication de Sophie Wilmès, désormais Première ministre. Ce triple titre en fait un des plus élégants propagateurs de la ligne de com du MR, que, scrupuleusement, il ne tord jamais. Le 2 janvier, commentant la volonté de la commune d'Ixelles, dirigée par un écologiste, Christos Doulkeridis, de ne plus emmener les écoliers de son enseignement public dans des zoos, il faisait mine de poser ce constat : " Je l'avais signalé à propos d'autres décisions : Ixelles est désormais dirigée par des intégristes préfascisants. " Qu'un réformateur sensé compare l'exercice constitutionnel de la liberté d'enseignement par une municipalité à un entraînement paramilitaire à la marche sur Rome pourrait inquiéter autant qu'amuser. L'incident, surtout, témoigne avec l'implacabilité du polygraphe. Il illustre une violence verbale qui, entre verts et bleus, ne s'est atténuée que superficiellement depuis les élections du 26 mai 2019, et que les bases militantes des deux partis continuent d'entretenir, s'échangeant notamment l'infamie d'allégations délirantes de fascisme, d'islamisme ou de totalitarisme. Au sommet des partis c'est, nous dit-on, autre chose. Notamment depuis les départs de Charles Michel et de Zakia Khattabi, dont l'hostilité en atteignait des sacrés, de sommets. Notamment depuis qu'Ecolo et le MR sont, avec le PS, entrés dans le gouvernement wallon pour s'atteler à " une triple ambition sociale, économique et écologique ", comme dit le ministre- président Elio Di Rupo, veillant chaque fois à ordonner ces trois priorités suivant la performance électorale des trois partis. Notamment depuis que le MR s'est résolu à discuter davantage avec les verts plutôt qu'avec la N-VA pour la constitution d'un éventuel gouvernement fédéral. Mais nous, nous disons que c'est autre chose que ce qu'on nous dit. D'abord parce que Charles Michel et Zakia Khattabi ne sont pas encore tout à fait vraiment partis, et qu'ils continuent à ne pas pouvoir se piffer. Leur dernier échange date de juillet 2019, alors que le gouvernement régional bruxellois PS-Ecolo-DéFI était presque déjà constitué mais que le MR était incontournable en Wallonie. Président du MR, Charles Michel avait, sans que le PS ne s'y oppose formellement, voulu lier Namur à Bruxelles, et faire revenir le MR dans la majorité de la région-capitale. Coprésidente bruxelloise d'Ecolo, Zakia Khattabi avait refusé, et Charles Michel s'en était énervé. Si fort que quelques jours encore avant de quitter son bureau de président du MR pour s'installer dans celui du Conseil européen, le Wavrien fanfaronnait : son parti s'opposerait à la désignation de Zakia Khattabi comme juge à la Cour constitutionnelle, disait-il à gauche et à droite. Le vote par le Sénat, à la majorité des deux tiers, fut deux fois reporté, et N-VA et Vlaams Belang s'engagèrent dans une de ces campagnes virulentes dont ils ont le secret. Sabine Laruelle, présidente MR du Sénat et pas vraiment proche de Charles Michel, décidait, le 13 décembre, de reporter le vote, " pour que chacun reprenne ses esprits ", dit-elle. Depuis, les esprits, pourtant fort occupés par la mission d'information coconfiée à Georges-Louis Bouchez, se sont aussi consacrés à convaincre le nouveau président réformateur de ne pas se tenir au serment de son prédécesseur : Jean-Luc Crucke et même Paul Magnette, pas vraiment proches de Charles Michel non plus, y ont, nous dit-on, pas mal participé. Le Sénat a mis le vote de la nomination de Zakia Khattabi à la Cour constitutionnelle à l'ordre du jour de sa séance du 17 janvier. Les pronostics sont désormais un peu moins défavorables à l'Ixelloise, qui pourrait alors quitter la vie politique nationale. Comme Charles Michel, donc, mais pour plus longtemps : juge à la Cour constitutionnelle, c'est jusqu'à 70 ans ; président du Conseil européen, c'est pour deux ans et demi, renouvelable une fois. Ensuite parce que les triples ambitions " sociale, économique et écologique " de la tripartite wallonne vont nécessairement se chevaucher, et que les ambitieux vont inévitablement trébucher. Le plus puissant ministre du gouvernement Di Rupo, le débonnaire réformateur Willy Borsus, exerce des compétences, l'économie et l'agriculture, sur lesquelles il porte un regard solidement différent de celui de ses partenaires écologistes, tandis que la vision de l'Ecolo le plus doté, Philippe Henry, ne diffère pas moins de ses partenaires réformateurs sur l'énergie et la mobilité. Verts et bleus, sur ces sujets notamment, commencent déjà à se regarder de travers en espérant que ça ne se voie pas trop. Enfin parce que les successeurs de Charles Michel et Zakia Khattabi ne rendent rien à leurs prédécesseurs en matière d'hostilité mutuelle. Georges-Louis Bouchez et Jean-Marc Nollet, désormais coprésident d'Ecolo avec la Molenbeekoise Rajae Maouane, se haïssent dans de telles dimensions que c'en est visible. Comme lorsqu'en débat, Jean-Marc Nollet appelle son adversaire Bou-chaise. Ou qu'il s'amuse d'entendre, au cours d'une séance de discussion pluripartite fédérale, le jeune président du SP.A Conner Rousseau, changer Georges-Louis en " Charles-Louis ", et qu'il s'amuse encore plus, avec un Paul Magnette tout aussi rigolard, à continuer à ainsi écorcher le prénom de son homologue. Rien n'oppose tant le Montois et le Carolo que le fait qu'ils sont les mêmes, des lutteurs qui travaillent en permanence l'adversaire au rapport de force. Cette hostilité presque physique entre le volleyeur dégingandé et le tatoué dingue de sports moteurs a naguère poussé le second à dire du premier que " dans une démocratie normale, il n'aurait même plus voix au chapitre ", lui attribuant la responsabilité de la bulle du photovoltaïque wallon. C'était le 22 mars 2019, dans une interview à La DH, et de sévères échanges de sms s'en étaient suivis. C'était le coeur d'une campagne dans la campagne, celle que le MR de Charles Michel, poussé par Georges-Louis Bouchez, alors porte-parole, avait décidé de consacrer à l'agression systématique des écologistes. Ils l'avaient pensent-ils bien cherché, à s'opposer aussi violemment à Charles Michel, Premier ministre sortant. En particulier le chef de groupe écologiste à la Chambre, un certain Nollet Jean-Marc. C'est donc Georges-Louis Bouchez, celui qui avait conçu cette stratégie brutale, ciblée sur les écologistes, que Charles Michel a porté à sa succession. Le Montois s'appuyait doublement sur l'expérience des communales pour légitimer ce ciblage. Primo parce qu'Ecolo s'était, dans le chef-lieu du Hainaut, allié au PS plutôt qu'à la liste tirée par Bouchez, et qu'il passait depuis lors son temps à décliner l'allégorie de la " pastèque " rouge-verte sur tous les tons de la dépréciation. Et surtout, secundo, parce qu'il est apparu, en octobre 2018 comme du reste en mai 2019, que MR et Ecolo étaient désormais concurrents sur certains segments de l'électorat francophone, et que la confrontation était largement profitable à Ecolo. Pas tant à Mons, du reste, que dans le sud de Bruxelles (aux européennes de mai, Ecolo dépassait même le MR à Uccle) et dans le Brabant wallon, auprès d'une population plutôt éduquée et plutôt aisée. Les attaques réformatrices, cette triple allégation de gauchisme, d'inclinations taxatrices et de pulsions prohibitrices dont souffriraient les écologistes, portaient sur des valeurs libérales auxquelles seraient hostiles les verts. Ces attaques ont, pense-t-on au siège du MR, permis de limiter les dégâts électoraux. Tout récent directeur politique d'Ecolo, le Saint-Gillois Mohssin El Ghabri ne conteste rien, ni l'agressivité, ni la concurrence, mutuelles, y compris sur le terrain des valeurs libérales. " Sur plusieurs aspects, nous sommes plus libéraux que le MR. Je pense aux questions éthiques, mais aussi aux libertés publiques et individuelles, ou aux thématiques migratoires : le dossier des visites domiciliaires, que voulait permettre le gouvernement Michel, était emblématique à ce niveau. " Les Ecolos, alors, se régalaient de demander " où sont les vrais libéraux ? ". Comme dans les plus irréductibles disputes, ceux-ci répondent non seulement que les vrais libéraux sont bien les libéraux, mais aussi que les vrais écolos, en fait, sont... les libéraux. " Le projet sur les visites domiciliaires a été retiré, et ce gouvernement est justement tombé parce que le MR n'a pas voulu transiger avec ses valeurs sur la question migratoire et le pacte de l'ONU ", explique d'abord Corentin de Salle, philosophe et directeur du Centre Jean Gol. " L'écologie politique est l'enfant naturel mais turbulent du libéralisme : c'est dans les sociétés libérales les plus développées qu'ont pu émerger les préoccupations environnementales, et Marx observait lui-même déjà combien les capitalistes étaient obsédés par la chasse au gaspillage. Nous, libéraux, avons les mêmes préoccupations que les écologistes. Mais, sur la méthode, l'écologie bleue mise sur l'innovation et le progrès technologique, tandis que l'écologie verte mise beaucoup sur les interdictions... ", ajoute le libéral qui se veut écolo. " Ils parlent d'économie punitive et d'interdictions. Nous, on ne fait qu'appliquer le principe de responsabilité individuelle. C'est la base de la philosophie libérale ", conteste Mohssin El Ghabri, l'écolo qui se veut libéral. C'est que les positions politiques ne sont jamais loin enfouies sous les arguments philosophiques, et que les hommes se confondent souvent avec la pensée. C'est toujours mieux que de se traiter de fasciste.