"Vous voulez savoir quelle est mon opinion sur Molenbeek ?", interroge Nicolas Jacquard, journaliste au Parisien, attablé dans un kebab de la commune bruxelloise, "plutôt bonne. C'est un lieu que je trouve paisible par rapport à certaines banlieues françaises". Le journaliste français venu passer quelques jours à Molenbeek au lendemain des attentats de Paris, connaît bien les conditions de travail dans les banlieues françaises. Il a passé 8 ans à couvrir les faits divers dans le département de l'Essonne, situé au sud de la capitale française. " Pour travailler dans de bonnes conditions, je me rendais dans ces quartiers dits d...

"Vous voulez savoir quelle est mon opinion sur Molenbeek ?", interroge Nicolas Jacquard, journaliste au Parisien, attablé dans un kebab de la commune bruxelloise, "plutôt bonne. C'est un lieu que je trouve paisible par rapport à certaines banlieues françaises". Le journaliste français venu passer quelques jours à Molenbeek au lendemain des attentats de Paris, connaît bien les conditions de travail dans les banlieues françaises. Il a passé 8 ans à couvrir les faits divers dans le département de l'Essonne, situé au sud de la capitale française. " Pour travailler dans de bonnes conditions, je me rendais dans ces quartiers dits difficiles avant 10h30/11h, heure à laquelle les personnes qui peuvent vous prendre à partie se réveillent. Dans ces quartiers, il y a une défiance qui se manifeste immédiatement à l'encontre des journalistes, comme de toute personne dont certains jugent qu'elle n'a rien à faire dans ce qu'ils considèrent comme leur territoire ". Rien de tel n'a été observé par Nicolas Jacquard à Molenbeek. Tout le contraire même. "Quand je me suis approché de la maison de Salah Abdeslam sur la place communale, j'ai demandé s'il y avait moyen de parler à la famille et quelqu'un m'a répondu poliment que la famille s'exprimerait par le biais de son avocat le lendemain ". Après plusieurs jours de présence sur la place communale, où les caméras du monde entier ont interrogé les Molenbeekois, vieux et jeunes, enfants et femmes voilées, même surprise pour le journaliste du Parisien. "Ils ont continué à se prêter de bonne grâce aux interviews, alors qu'en France, une telle présence de caméras aurait immanquablement engendré une tension".Mais le constat positivement surpris par l'attitude pacifique des habitants de Molenbeek ne s'arrête pas aux rapports avec les médias. "J'ai suivi les opérations policières dans la rue Delaunoy et ailleurs. Je n'ai pas constaté d'agressivité particulière de la part des habitants vis à vis de la police". Sans vouloir tirer de conclusions générales, le journaliste français raconte comment une femme voilée habitant une maison voisine est venue apporter un siège à un journaliste qui couvrait les opérations policières. Dans l'Essonne, l'expérience là aussi est tout autre. "En France, il y a des dizaines de quartiers dans lesquels la police ne peut se rendre sans prendre des précautions importantes : il leur faut un équipement qui les protège des projectiles, des flashballs, et, très important, être en nombre suffisant pour assurer les arrières. Une simple voiture de police avec trois hommes à bord ne se hasarde plus à intervenir dans certains quartiers, sans avoir un renfort prévu ". Pour le journaliste qui tient à se cantonner aux observations, il y a en France une hostilité immédiate vis à vis de ceux qui sont considérés comme les représentants de l'Etat, -police, pompiers...-, qu'il n'a pas retrouvée dans les rues de Molenbeek, où il a déambulé de jour comme de nuit sans être inquiété. Et si la 'nation sans état' décriée par un journaliste du Monde pour qualifier notre pays, ne se trouvait pas aussi...dans ces dizaines de quartiers "difficiles" qui parsèment le territoire français ?