C'était une petite fête mange-debout verrines coupettes, au printemps 2016. A l'époque, le Standard de Liège, se la jouant business club, avait invité François Fornieri à témoigner de son parcours entrepreneurial. L'humoriste Manon Lepomme, censée dérider l'assistance entre la conférence et l'apéro, s'était lancée dans quelques vannes sur le caractère subsidié de Mithra. Genre "facile d'avoir du pognon, quand c'est la Région qui paie". En plus drôle. Mais l'ancien CEO, lui, ne riait pas. Ou alors jaune. Et dès la fin du sketch, il avait pris le micro pour expliquer que les pouvoirs publics ne l'avaient pas subsidié. Ou si peu.
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C'était une petite fête mange-debout verrines coupettes, au printemps 2016. A l'époque, le Standard de Liège, se la jouant business club, avait invité François Fornieri à témoigner de son parcours entrepreneurial. L'humoriste Manon Lepomme, censée dérider l'assistance entre la conférence et l'apéro, s'était lancée dans quelques vannes sur le caractère subsidié de Mithra. Genre "facile d'avoir du pognon, quand c'est la Région qui paie". En plus drôle. Mais l'ancien CEO, lui, ne riait pas. Ou alors jaune. Et dès la fin du sketch, il avait pris le micro pour expliquer que les pouvoirs publics ne l'avaient pas subsidié. Ou si peu. Mais combien? La question n'a pas traversé que l'artiste liégeoise. Plusieurs parlementaires se la sont posée, obtenant au parlement de Wallonie des réponses diverses et peu claires. Au moment de la première inculpation du dirigeant, en janvier dernier, le PTB avait estimé qu'il avait "empoché 56 millions d'argent public" et que "tous les partis traditionnels [étaient] mouillés". Le calcul semblait toutefois lacunaire. Mithra elle-même, dans son prospectus d'entrée en Bourse en 2015, indiquait avoir reçu des aides publiques "significatives", de quelque 23 millions. Ce qui ne correspondait toutefois pas aux réponses parlementaires susmentionnées. En réalité, depuis sa création et selon les données confirmées par les instances concernées, la firme pharmaceutique a reçu 85 905 604 euros de fonds publics, sous différentes formes. De la part de la Région wallonne, de la SRIW (Société régionale d'investissement) et de Noshaq (anciennement Meusinvest, dont François Fornieri est par ailleurs actionnaire). Mais ce montant fut, en réalité, assez peu donné et bien davantage prêté. Les subsides régionaux purs ne représentent "que" 5,1 millions (accordés à Mithra ou à l'une de ses filiales, en particulier à la sprl Estetra, qui travaille sur l'Estetrol, hormone censée révolutionner le marché de la contraception). La Région a également octroyé deux aides à l'investissement en 2007 et 2017, pour 6,2 millions. Puis plus de 30 millions d'avances récupérables. Ce mécanisme vise à aider à la recherche et au développement, et l'entreprise qui en bénéficie doit rembourser par tranches une fois son produit commercialisé. La firme liégeoise a jusqu'à présent rétrocédé (au 31 décembre dernier) 3,5 millions. Mais un seul de ses produits soutenus est pour l'instant sur le marché, le rythme devrait donc prochainement s'accélérer. Parallèlement, la SRIW a prêté 13,8 millions pour la construction de l'unité de production à Flémalle. Elle a également injecté quasi 10 millions comme prise de participation au capital, et détient 1,58% des actions du groupe. Enfin, Noshaq a soutenu l'ex-spin-off dès sa création en 1999. Cette structure publique d'aide au financement a investi au total 16,7 millions d'euros, toutes opérations confondues. Elle a aussi consenti un prêt classique de 3,5 millions pour l'usine flémalloise (en cours de remboursement, le solde restant dû s'élevant aujourd'hui à 2,1 millions). Mais ces investissements ont rapporté davantage qu'ils n'ont coûté, précise la structure. Qui a récolté 1,5 million de dividendes au début des activités de revente de génériques, puis 20,2 millions en dividendes et plus-values sur cessions d'actions. Elle en possède encore 12%. Mithra n'a donc pas "empoché" tout l'argent public que lui attribuait le PTB, puisqu'elle doit en rembourser une bonne partie, avec intérêts. Tous les partis l'ont en revanche soutenue, historiquement le PS via le ministre de l'Economie Jean-Claude Marcourt, mais aussi ses deux successeurs libéraux, Pierre-Yves Jeholet puis Willy Borsus. Séduits, sans doute, par les perspectives de création d'emplois. Sur son site de Flémalle, la firme en promettait 500. Selon les derniers comptes annuels de cette filiale (Mithra CDMO), 85 équivalents temps plein ont été créés.