Samedi soir, Julie Van Espen, une jeune fille originaire de Schilde, devait se rendre à vélo à Anvers où elle avait rendez-vous avec des amies. Elle n'est jamais arrivée à destination, et lundi, la police a retrouvé ses affaires et puis son corps dans le canal Albert.

Le 30 juin 2017, S. B., le suspect, a été condamné à quatre ans de prison pour viol. Pourtant, l'homme était en liberté. Le parquet avait demandé son arrestation immédiate, mais le tribunal a décidé de le laisser en liberté en attendant le procès en appel. Ce mardi, le suspect doit comparaître devant le juge d'Instruction d'Anvers pour le meurtre de Julie Van Espen.

Lundi soir, le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) a expliqué à la VRT pourquoi l'homme avait été remis en liberté après sa condamnation pour viol. "Très vite après la détention provisoire - qui fut courte, car l'homme a été remis en liberté conditionnelle -, le tribunal correctionnel l'a condamné. Le parquet a alors requis son arrestation immédiate, mais cette mesure a été rejetée par le tribunal correctionnel. Le dossier en appel traîne depuis un certain temps, et cela m'inquiète", a-t-il déclaré. Geens dit aussi éprouver des difficultés à comprendre pourquoi le suspect était en liberté, mais "ce n'est pas parce que je ne comprends pas que je ne dois pas l'accepter, en tant que ministre de la Justice dans un Etat de droit".

Viol avec violence

Selon le quotidien De Standaard, S.B. a été condamné en 2017 pour le viol avec violence de son ex-petite amie commis le 31 octobre 2016. La victime a porté plainte, et S.B. s'est livré à la police. Il a avoué les faits et a été placé en détention préventive en attendant le procès. D'après la Cour d'appel d'Anvers, il a été libéré le 27 janvier 2017.

Interrogée par De Standaard, une de ses tantes explique que c'est grâce à elle qu'il a été libéré sous conditions. "Son psychiatre est venu me parler. Il ne voyait pas de criminel en lui. Ce garçon a simplement besoin d'aide, estimait-il. Il nous a demandé de l'aider, et c'est ce que nous avons fait."

Sa tante et son oncle se sont chargés de lui louer un appartement et de le meubler. Ils lui ont également trouvé un travail, dans un restaurant à Keerbergen où il faisait des scènes devant les clients. Ensuite, il a été engagé au service de jardinage de la ville d'Anvers. "Mais il n'avait plus envie, et il a arrêté. Et puis, il est retourné vivre dans la rue", explique le témoin qui souhaite rester anonyme. Selon la Cour d'appel, S.B. était suivi par une assistante de Justice.

Interrogé par De Standaard, Jo Daenen, porte-parole de la Cour d'appel d'Anvers, explique pourquoi le procès en appel pour le viol de son ex-petite amie n'a toujours pas eu lieu. "Dans tous les tribunaux, y compris notre cour d'appel, la priorité va aux dossiers où les personnes ont été arrêtées. Comme ce n'est pas le cas dans cette affaire, elle n'a pas été traitée avant les autres. Il n'y avait pas d'indications qu'il fallait lui donner la priorité".

Pénurie de personnel

Daenen point également une pénurie de magistrats à la Cour d'appel d'Anvers. "Il manque six conseillers sur 64, et on a fermé une Chambre correctionnelle, ce qui diminue le nombre de dossiers traités, même si on ne peut pas préciser les conséquences pour le timing de cette affaire", conclut-il.

Selon les informations du cabinet du ministre de la Justice, S.B. n'en était pas à sa première condamnation, loin de là. "Celui-ci a purgé quatre ans et demi de prison entre 2004 et 2008 notamment pour des vols, des infractions routières, du recel et le viol d'une adulte", indique le cabinet.