Difficile aussi de décider lequel de ses avatars devrait le plus inquiéter.

Devenue quasi quotidienne à l'échelle de la planète, la violence aveugle des attentats perpétrés au nom de prétendues religions ou de soi-disant idéologies arrive en tête des signes alarmistes. Maintenant que le bouche-à-oreille a été remplacé par le verbiage des réseaux (anti)sociaux, il semble de plus en plus commode d'injecter dans des esprits anémiés à la fois des croyances abracadabrantes et la haine assassine de tous ceux qui n'y souscriraient pas. La société elle-même prépare le terrain quand elle ne propose plus assez de raisons d'espérer ni d'élan vers des causes qui motivent.

L'opinion de la majorité condamne sans réserves ces criminels fanatiques. Mais la haine, subtile, s'est inventé dans le cadre politique d'autres modes d'expression, apparemment plus recevables. L'initiative vient-elle d'en haut ou d'en bas ? Des offres politiques ou des attentes de la "base" ?

Le spécimen Trump ferait pencher vers la première hypothèse. Candidat aux élections américaines en 2015, il adopte un ton et un langage haineux - "clivant", dirait-on pour édulcorer. Le "projet" consiste à diviser et à faire détester tout adversaire. En particulier la candidate démocrate. En 2019, le riche Donald vient de lancer sa campagne de réélection. Piégé par l'engrenage du dénigrement, son discours a ressassé, en dépit du bon sens, des invectives contre Hillary Clinton, qui, à l'évidence, ne sera plus sa rivale. Son premier mandat l'a fait flirter avec les discriminations en tous genres et multiplier les agressions politiques et économiques. Et du point de vue électoral, ça marche ! Il garde de nombreux supporters dont il encourage les petites haines ordinaires en leur conférant une indigne légitimité présidentielle.

À l'opposé, l'hypothèse d'une haine surgissant de la base serait accréditée par la dérive du mouvement des gilets jaunes. À peine née, la protestation a servi de prétexte à un nombre impressionnant de casseurs dont la rage furieuse a pris pour cibles tant les forces de l'ordre que les commerçants, les biens de la collectivité et les symboles de l'État. On a peine à croire que ces débordements sauvages avaient un autre but que la destruction : les essais de réponses apportées à ces "revendications" n'ont en rien désamorcé la violence bestiale.

Comme s'il existait au coeur de tous - ou de beaucoup, ou de certains ? - une haine virtuelle qui sommeille jusqu'à ce qu'une occasion provoque le passage à l'acte. Or l'acte de haine est toujours un dérapage humain.

Un homme politique dérape s'il cultive l'exclusion, en paroles ou en actes, s'il fignole la petite phrase pour faire mal à quelqu'un, à quelques-uns ou à beaucoup, s'il embrigade des citoyens dans un peloton d'extrémistes obtus, s'il cherche des boucs émissaires à accabler de toutes les fautes du monde.

Un quidam féru d'internet dérape quand il injurie à qui mieux mieux tout qui passe à portée, qu'il éructe des invectives racistes, antisémites, homophobes ou misogynes, quand il rassemble des énergumènes qui, sans autre moteur que la haine, vont hurler, saccager, molester, dégradant par là leur propre humanité.

Un citoyen électeur dérape lorsqu'il se choisit comme représentant un semeur de discorde et de ségrégation, ou qu'il donne, même indirectement, du crédit à des ultras dont la stigmatisation et le rejet de l'autre constituent le fond de commerce.

Un monde sans la haine n'est guère imaginable. Une dose amoindrie le rendrait plus vivable. Même si l'effet de groupe exacerbe la haine, celle-ci relève in fine de la responsabilité personnelle de chaque individu. Chacun dans sa sphère reste le maître de son choix et de son acte. À chacun de décider s'il réveille la bête ou s'il mettra la haine en vacances.

Difficile aussi de décider lequel de ses avatars devrait le plus inquiéter.Devenue quasi quotidienne à l'échelle de la planète, la violence aveugle des attentats perpétrés au nom de prétendues religions ou de soi-disant idéologies arrive en tête des signes alarmistes. Maintenant que le bouche-à-oreille a été remplacé par le verbiage des réseaux (anti)sociaux, il semble de plus en plus commode d'injecter dans des esprits anémiés à la fois des croyances abracadabrantes et la haine assassine de tous ceux qui n'y souscriraient pas. La société elle-même prépare le terrain quand elle ne propose plus assez de raisons d'espérer ni d'élan vers des causes qui motivent.L'opinion de la majorité condamne sans réserves ces criminels fanatiques. Mais la haine, subtile, s'est inventé dans le cadre politique d'autres modes d'expression, apparemment plus recevables. L'initiative vient-elle d'en haut ou d'en bas ? Des offres politiques ou des attentes de la "base" ?Le spécimen Trump ferait pencher vers la première hypothèse. Candidat aux élections américaines en 2015, il adopte un ton et un langage haineux - "clivant", dirait-on pour édulcorer. Le "projet" consiste à diviser et à faire détester tout adversaire. En particulier la candidate démocrate. En 2019, le riche Donald vient de lancer sa campagne de réélection. Piégé par l'engrenage du dénigrement, son discours a ressassé, en dépit du bon sens, des invectives contre Hillary Clinton, qui, à l'évidence, ne sera plus sa rivale. Son premier mandat l'a fait flirter avec les discriminations en tous genres et multiplier les agressions politiques et économiques. Et du point de vue électoral, ça marche ! Il garde de nombreux supporters dont il encourage les petites haines ordinaires en leur conférant une indigne légitimité présidentielle.À l'opposé, l'hypothèse d'une haine surgissant de la base serait accréditée par la dérive du mouvement des gilets jaunes. À peine née, la protestation a servi de prétexte à un nombre impressionnant de casseurs dont la rage furieuse a pris pour cibles tant les forces de l'ordre que les commerçants, les biens de la collectivité et les symboles de l'État. On a peine à croire que ces débordements sauvages avaient un autre but que la destruction : les essais de réponses apportées à ces "revendications" n'ont en rien désamorcé la violence bestiale.Comme s'il existait au coeur de tous - ou de beaucoup, ou de certains ? - une haine virtuelle qui sommeille jusqu'à ce qu'une occasion provoque le passage à l'acte. Or l'acte de haine est toujours un dérapage humain.Un homme politique dérape s'il cultive l'exclusion, en paroles ou en actes, s'il fignole la petite phrase pour faire mal à quelqu'un, à quelques-uns ou à beaucoup, s'il embrigade des citoyens dans un peloton d'extrémistes obtus, s'il cherche des boucs émissaires à accabler de toutes les fautes du monde.Un quidam féru d'internet dérape quand il injurie à qui mieux mieux tout qui passe à portée, qu'il éructe des invectives racistes, antisémites, homophobes ou misogynes, quand il rassemble des énergumènes qui, sans autre moteur que la haine, vont hurler, saccager, molester, dégradant par là leur propre humanité.Un citoyen électeur dérape lorsqu'il se choisit comme représentant un semeur de discorde et de ségrégation, ou qu'il donne, même indirectement, du crédit à des ultras dont la stigmatisation et le rejet de l'autre constituent le fond de commerce.Un monde sans la haine n'est guère imaginable. Une dose amoindrie le rendrait plus vivable. Même si l'effet de groupe exacerbe la haine, celle-ci relève in fine de la responsabilité personnelle de chaque individu. Chacun dans sa sphère reste le maître de son choix et de son acte. À chacun de décider s'il réveille la bête ou s'il mettra la haine en vacances.