Ces excuses portent sur les enfants nés dans les années 40 et 50 au Congo, au Rwanda ou au Burundi. Ils sont issus d'une relation entre un colon belge et une femme autochtone. Dès 1958, à la veille de l'indépendance du Congo, l'Etat belge a organisé l'envoi de près de 300 enfants métis en Belgique. Les uns ont été adoptés par des familles blanches chrétiennes, d'autres placés dans des institutions, et cela, bien souvent contre la volonté de leur mère biologique. Une affaire longtemps étouffée en Belgique.
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Ces excuses portent sur les enfants nés dans les années 40 et 50 au Congo, au Rwanda ou au Burundi. Ils sont issus d'une relation entre un colon belge et une femme autochtone. Dès 1958, à la veille de l'indépendance du Congo, l'Etat belge a organisé l'envoi de près de 300 enfants métis en Belgique. Les uns ont été adoptés par des familles blanches chrétiennes, d'autres placés dans des institutions, et cela, bien souvent contre la volonté de leur mère biologique. Une affaire longtemps étouffée en Belgique. Ces enfants métis étaient considérés comme des "erreurs" ou des "accidents". Leur existence étant envisagée comme un grave "problème" dans un système colonial basé sur les binômes colon-colonisé, Blanc-Noir et Européen-indigène. Dans la logique coloniale, cette descendance métisse représentait surtout une menace. L'Etat belge craignait de voir naître une véritable classe de révoltés, hostiles aux Blancs et qui mettent en danger le pouvoir colonial. Charles François Gérardin a été placé à 5 ans à l'Institut de Save, un internat pour enfants métis près de l'actuelle ville de Butare, au Rwanda, où Martha, sa soeur, 7 ans, était déjà placée. Il s'agissait d'un pensionnat dirigé par des Soeurs Blanches d'Afrique et dont les finances fonctionnaient en grande partie sur les subsides de l'Etat belge. Il y est resté jusqu'à ses 12 ans, ne voyant sa mère que de rares fois, durant les vacances. En 1959, Charles, son frère et ses deux soeurs ont été envoyés à Bruxelles. En 2016, il s'était confié au Vif L'Express pour dénoncer ces "enlèvements". "Nous avons été oubliés, déracinés, kidnappés. La douleur se transmet aux générations suivantes. Faire connaître l'histoire des métis de Save est un devoir de mémoire", déclare ce fils d'un fonctionnaire blanc en poste à l'époque au Congo belge et au Ruanda-Urundi.François d'Adesky a, lui aussi, été placé à l'institut de Save. Ce haut diplômé, ancien directeur au sein des Nations Unies aujourd'hui âgé de 73 ans a co-fondé l'Association des Métis de Belgique (AMB). Il se bat depuis des années pour que la Belgique s'excuse auprès de ces enfants de la colonisation. Pour lui, les excuses de Charles Michel ce jeudi sur cette affaire du passé colonial belge sont historiques. "La dernière fois que la Belgique a fait une déclaration officielle de ce type, c'était au sujet du génocide du Rwanda, et avant cela, de l'assassinat de Lumumba. C'est surtout le premier geste par lequel la Belgique va regarder sa mémoire coloniale en face. Ce qu'elle avait toujours refusé de faire. Psychologiquement, c'est très important pour nous, métis. Quand vous n'avez pas d'identité durant toute votre vie, c'est compliqué de vous construire. Cela vaut la peine de savoir qui l'on est avant de mourir. C'est aussi la première résolution de l'histoire de la Belgique qui comprendra des mesures concrètes", déclare-t-il dans une interview au Soir. Parmi ces mesures, déjà concrétisées ou en cours de concrétisation, il cite, entre autres, la reconnaissance de leur nationalité belge, la possibilité d'avoir accès à leur dossier privé archivé au Musée de Tervuren ainsi que réparation pour leur mère, car selon lui, "ce sont certainement elles qui en ont le plus souffert".