Le comité de concertation de ce mercredi a décidé que tous les métiers de contact à savoir les salons de coiffure, les salons d'esthétique, les barbiers, les pédicures non médicales, les salons de manucure, les salons de massage, les salons de tatouage/piercing devront refermer leurs portes dès ce samedi 27 mars, et cela pour une durée de 4 semaines. Leur réouverture est prévue pour le 26 avril. Si les coiffeurs avaient pu rouvrir le 13 février dernier, les autres métiers de contact n'avaient pu rouvrir à la clientèle que le 1er mars dernier et les saunas le 8 mars après une fermeture de quatre mois.

L'avenir des métiers de contact

"L'incohérence totale est de voir qu'on peut aller s'acheter une paire des chaussures sur réservation, mais qu'on ne peut pas aller se faire une pédicure sur rendez-vous", manifeste la présidente de l'Union Nationale de l'esthétique et du bien-être de Belgique (UNEB), Laurence Wuylens. Le protocole sanitaire prévoyait de prendre rendez-vous, accueillir un client à la fois sans aucune salle d'attente. "On nous avait dit que si l'on rouvrait le 1er mars, c'était sûr qu'on n'allait plus refermer. Finalement, ils nous referment après trois semaines. Je ne crois plus à leurs promesses".

"Ce que je constate, c'est que dans un rapport reçu de l'Inspection économique, sur 494 contrôles, il n'y avait que 8 cas où les mesures sanitaires n'étaient pas respectées. Dès lors, je ne comprends pas pourquoi le gouvernement fait volte-face alors que nous respectons toutes les mesures qu'on nous a imposées", rapporte l'administrateur de la fédération des coiffeurs, Charles-Antoine Huybrechts.

Les stages des jeunes restent inachevés. "Les étudiants en dernière année qui devront faire leur stage n'auront pas acquis l'expérience pour pouvoir être engagés après."

Cette crise sanitaire provoque également des dégâts psychologiques : "j'espère que les gens auront toujours à coeur de se faire des soins. Dans le bien-être, ils voient des contacts sociaux, ils se sentent rassurés. Et nous, on joue notre rôle en fournissant une bulle d'oxygène ", indique la présidente de l'UNEB.

Perte économique

Quant à la crise économique, "le ressenti est catastrophique pour les métiers de contact. Ils ont appliqué toutes les mesures depuis la reprise : ils ont investi dans des détecteurs de CO2, dans des appareils de purification de l'air, dans des stocks qui vont être périmés", précise madame Wuylens. "Nous avons acheté beaucoup de matériel, tel que l'encre de tatouage, qu'on risque de devoir jeter dans trois semaines", explique Gwenaëlle Reaume, de l'ASBL Tatouage Belgique.

"Au mois de janvier, les salons de beauté avaient déjà perdu plus de 50 % de leur chiffre d'affaires. On a raté des périodes d'affluence comme la Saint Valentin, les fêtes de fin d'années et celles qui suivent en avril, synonyme de beau temps", justifie la présidente de l'UNEB. L'agenda de nombreux centres bien-être s'affichait déjà complet pour le congé de Pâques : " comme les clients ne savaient pas partir en vacances, ils avaient opté pour un spa".

Face à plusieurs faillites, le président de la fédération belge Beauty, Mario Blokken, qui réunit 80 000 professionnels des soins à la personne déclare : "on va essayer de négocier, c'est notre rôle de fédération. En exigeant qu'on nous explique sur quels chiffres cette décision a été prise."

De manière générale, les indépendants dans l'obligation de cesser leurs activités pourront bénéficier du double droit passerelle. Le vice-président de l'union des coiffeurs belges, Patrick Dumont, remarque toutefois : "les chiffres ont changé avec la réouverture il y a un mois et demi, les coiffeurs n'ont plus accès à ce droit".

Carte blanche au marché noir?

"Lors du premier confinement, on s'était déjà rendu compte qu'il y avait une économie souterraine", explique la présidente de l'UNEB. Certaines personnes avaient décidé de se faire payer beaucoup moins cher pour les soins illégaux. "Le problème, c'est que les clients ne vont plus retourner dans les instituts de beauté une fois qu'ils sauront qu'ils pourront épargner par d'autres voies".

Patrick Dumont se fait porte-parole des coiffeurs : "cette fois-ci, il n'aura pas l'adhésion de nos membres. Certains m'ont déjà dit qu'ils travailleront au noir au domicile, car ils sont dans une situation précaire. " Ce qui pourrait créer de la concurrence déloyale et fausser le marché. Si cela ne se fait pas dans les bonnes conditions sanitaires, cela pourrait aussi faire courir des risques aux clients. "Ce dont j'ai peur, c'est qu'avec le ras-le-bol des professionnels, ils ne vont plus respecter les gestes barrières", s'inquiète la présidente de l'UNEB.

La sanction encourue en cas de travail au noir se trouve au niveau 4 du Code pénal social. "Pour l'employeur, l'amende va de 4800 à 48 000 euros par travailleur en infraction ou de six mois à 3 ans de prison, ces peines pouvant être cumulées. Pour les travailleurs (y compris les étudiants), qui ne sont pas allocataires sociaux, la sanction est administrative et va de 80 à 800 euros. S'ils bénéficient d'allocations sociales, les faits sont qualifiés d'escroqueries sociales et les peines encourues sont identiques à celles appliquées aux employeurs."

Selon une enquête de La Libre sur le travail noir, les contrôles de terrain n'ont pas cessé, mais ils ont été beaucoup moins nombreux que d'habitude. "Aujourd'hui, on utilise en amont la data mining (l'exploration de données informatiques, NdlR), des listes de l'ONSS basées sur des schémas intelligents, les plaintes introduites sur notre site internet... ", explique le directeur du Service d'information et de recherche sociale (Sirs). Celle-ci coordonne et organise la lutte contre la fraude sociale en Belgique.

"Incohérence européenne"

"Veut-on vraiment envoyer tous nos clients à l'étranger ?", c'est une autre question qui se pose l'administrateur de la fédération des coiffeurs, Charles-Antoine Huybrechts. Les pays transfrontaliers tels que le Luxembourg, la France et les Pays-Bas maintiennent en effet les salons ouverts. "Il faut qu'il y ait une cohérence européenne", réplique madame Wuylens.

Le ministre fédéral de la santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit) a souligné que les secteurs qui vont devoir refermer ne sont pas "coupables" ou "responsables" de la situation. Comme annoncé au Codeco, "ces nouvelles décisions ont le but de réduire les déplacements et les contacts, pour pouvoir rouvrir notre société dans les mois qui viennent."

Valentina Jaimes

Le comité de concertation de ce mercredi a décidé que tous les métiers de contact à savoir les salons de coiffure, les salons d'esthétique, les barbiers, les pédicures non médicales, les salons de manucure, les salons de massage, les salons de tatouage/piercing devront refermer leurs portes dès ce samedi 27 mars, et cela pour une durée de 4 semaines. Leur réouverture est prévue pour le 26 avril. Si les coiffeurs avaient pu rouvrir le 13 février dernier, les autres métiers de contact n'avaient pu rouvrir à la clientèle que le 1er mars dernier et les saunas le 8 mars après une fermeture de quatre mois.L'avenir des métiers de contact "L'incohérence totale est de voir qu'on peut aller s'acheter une paire des chaussures sur réservation, mais qu'on ne peut pas aller se faire une pédicure sur rendez-vous", manifeste la présidente de l'Union Nationale de l'esthétique et du bien-être de Belgique (UNEB), Laurence Wuylens. Le protocole sanitaire prévoyait de prendre rendez-vous, accueillir un client à la fois sans aucune salle d'attente. "On nous avait dit que si l'on rouvrait le 1er mars, c'était sûr qu'on n'allait plus refermer. Finalement, ils nous referment après trois semaines. Je ne crois plus à leurs promesses". "Ce que je constate, c'est que dans un rapport reçu de l'Inspection économique, sur 494 contrôles, il n'y avait que 8 cas où les mesures sanitaires n'étaient pas respectées. Dès lors, je ne comprends pas pourquoi le gouvernement fait volte-face alors que nous respectons toutes les mesures qu'on nous a imposées", rapporte l'administrateur de la fédération des coiffeurs, Charles-Antoine Huybrechts. Les stages des jeunes restent inachevés. "Les étudiants en dernière année qui devront faire leur stage n'auront pas acquis l'expérience pour pouvoir être engagés après."Cette crise sanitaire provoque également des dégâts psychologiques : "j'espère que les gens auront toujours à coeur de se faire des soins. Dans le bien-être, ils voient des contacts sociaux, ils se sentent rassurés. Et nous, on joue notre rôle en fournissant une bulle d'oxygène ", indique la présidente de l'UNEB.Perte économique Quant à la crise économique, "le ressenti est catastrophique pour les métiers de contact. Ils ont appliqué toutes les mesures depuis la reprise : ils ont investi dans des détecteurs de CO2, dans des appareils de purification de l'air, dans des stocks qui vont être périmés", précise madame Wuylens. "Nous avons acheté beaucoup de matériel, tel que l'encre de tatouage, qu'on risque de devoir jeter dans trois semaines", explique Gwenaëlle Reaume, de l'ASBL Tatouage Belgique. "Au mois de janvier, les salons de beauté avaient déjà perdu plus de 50 % de leur chiffre d'affaires. On a raté des périodes d'affluence comme la Saint Valentin, les fêtes de fin d'années et celles qui suivent en avril, synonyme de beau temps", justifie la présidente de l'UNEB. L'agenda de nombreux centres bien-être s'affichait déjà complet pour le congé de Pâques : " comme les clients ne savaient pas partir en vacances, ils avaient opté pour un spa".Face à plusieurs faillites, le président de la fédération belge Beauty, Mario Blokken, qui réunit 80 000 professionnels des soins à la personne déclare : "on va essayer de négocier, c'est notre rôle de fédération. En exigeant qu'on nous explique sur quels chiffres cette décision a été prise."De manière générale, les indépendants dans l'obligation de cesser leurs activités pourront bénéficier du double droit passerelle. Le vice-président de l'union des coiffeurs belges, Patrick Dumont, remarque toutefois : "les chiffres ont changé avec la réouverture il y a un mois et demi, les coiffeurs n'ont plus accès à ce droit".Carte blanche au marché noir?"Lors du premier confinement, on s'était déjà rendu compte qu'il y avait une économie souterraine", explique la présidente de l'UNEB. Certaines personnes avaient décidé de se faire payer beaucoup moins cher pour les soins illégaux. "Le problème, c'est que les clients ne vont plus retourner dans les instituts de beauté une fois qu'ils sauront qu'ils pourront épargner par d'autres voies".Patrick Dumont se fait porte-parole des coiffeurs : "cette fois-ci, il n'aura pas l'adhésion de nos membres. Certains m'ont déjà dit qu'ils travailleront au noir au domicile, car ils sont dans une situation précaire. " Ce qui pourrait créer de la concurrence déloyale et fausser le marché. Si cela ne se fait pas dans les bonnes conditions sanitaires, cela pourrait aussi faire courir des risques aux clients. "Ce dont j'ai peur, c'est qu'avec le ras-le-bol des professionnels, ils ne vont plus respecter les gestes barrières", s'inquiète la présidente de l'UNEB.La sanction encourue en cas de travail au noir se trouve au niveau 4 du Code pénal social. "Pour l'employeur, l'amende va de 4800 à 48 000 euros par travailleur en infraction ou de six mois à 3 ans de prison, ces peines pouvant être cumulées. Pour les travailleurs (y compris les étudiants), qui ne sont pas allocataires sociaux, la sanction est administrative et va de 80 à 800 euros. S'ils bénéficient d'allocations sociales, les faits sont qualifiés d'escroqueries sociales et les peines encourues sont identiques à celles appliquées aux employeurs."Selon une enquête de La Libre sur le travail noir, les contrôles de terrain n'ont pas cessé, mais ils ont été beaucoup moins nombreux que d'habitude. "Aujourd'hui, on utilise en amont la data mining (l'exploration de données informatiques, NdlR), des listes de l'ONSS basées sur des schémas intelligents, les plaintes introduites sur notre site internet... ", explique le directeur du Service d'information et de recherche sociale (Sirs). Celle-ci coordonne et organise la lutte contre la fraude sociale en Belgique."Incohérence européenne""Veut-on vraiment envoyer tous nos clients à l'étranger ?", c'est une autre question qui se pose l'administrateur de la fédération des coiffeurs, Charles-Antoine Huybrechts. Les pays transfrontaliers tels que le Luxembourg, la France et les Pays-Bas maintiennent en effet les salons ouverts. "Il faut qu'il y ait une cohérence européenne", réplique madame Wuylens.Le ministre fédéral de la santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit) a souligné que les secteurs qui vont devoir refermer ne sont pas "coupables" ou "responsables" de la situation. Comme annoncé au Codeco, "ces nouvelles décisions ont le but de réduire les déplacements et les contacts, pour pouvoir rouvrir notre société dans les mois qui viennent." Valentina Jaimes