Cinq ans après les attentats terroristes qui ont fauché 32 vies et blessé 340 personnes à l'aéroport de Zaventem et dans le métro bruxellois, la menace terroriste en Belgique est aujourd'hui globalement moins intense, s'accordent l'Ocam et les experts. Auparavant condensé dans l'ombre projetée par le califat de l'Etat islamique, ce risque a toutefois mué et s'est éparpillé entre résidus de l'idéologie islamiste d'une part et ascension d'extrémismes de droite nourris aux théories conspirationnistes d'autre part.

Depuis janvier 2018, l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam) établit le niveau de la menace en Belgique à 2 sur 4, soit un risque "moyen". Pour Thomas Renard, chercheur en terrorisme et radicalisation à l'Institut Egmont, il s'agit d'une "nouvelle normalité". "Le risque d'attentat terroriste est aujourd'hui plus faible qu'il y a cinq ans, mais ce niveau 2 de la menace est un 2 'plus élevé' qu'il y a 10 ou 15 ans."

Il y a 10 ans, le 15 mars 2011, le peuple syrien se soulevait contre le régime du président Bachar al-Assad pour réclamer plus de démocratie dans la vague du printemps arabe, un mouvement majoritairement pacifique parti de Tunisie. En Syrie, brutalement réprimé par le régime, le soulèvement s'est transformé en guerre civile. Des milliers de personnes, dont de nombreux Occidentaux, se sont alors rendus dans la zone de conflit pour lutter contre le régime d'Assad, une grande partie d'entre elles rejoignant des groupes terroristes, dont l'Etat islamique (EI).

En Belgique, les départs ont été importants surtout au début du conflit, précise l'Ocam. Les djihadistes de l'EI sont animés par la volonté de restaurer le Shâm, un territoire particulièrement important dans l'histoire de l'islam et qui s'étend sur la Syrie et l'Irak actuelles. Après une montée en puissance fulgurante et la proclamation à l'été 2014 d'un califat à cheval sur ces deux pays, l'EI a ensuite enchaîné les revers.

Etat islamique
Etat islamique

En mars 2019, des forces kurdes syriennes, soutenues par une coalition internationale emmenée par les Etats-Unis, ont proclamé la chute de ce califat. "Aujourd'hui, la guerre est quasiment gagnée par Bachar al-Assad, ce qui ne constitue pas l'option préférée des chancelleries occidentales mais n'est pas non plus, pour celles-ci, la plus mauvaise concernant la lutte contre le terrorisme", analyse Michel Liégeois, professeur de sciences politiques à l'UCLouvain et membre du Centre d'étude des crises et des conflits internationaux (CECRI). En effet, "l'Etat islamique n'est plus chez lui nulle part et sa capacité à planifier des attentats en est donc affaiblie". De plus, "ce califat possédait une force d'attraction sur des individus souvent fragilisés psychologiquement et trop isolés pour entreprendre seuls le voyage vers la Syrie", ajoute Thomas Renard. Avec la disparition de ce fief, l'idéologie et les fantasmes que pouvait susciter l'EI ont pris un coup dans l'aile, poursuit-il.

Statistiquement, on remarque qu'effectivement, seul un petit groupe pose encore problème en termes de menace domestique.

Thomas Renard, chercheur

En ce moment, environ 500 Foreign Terrorist Fighters (FTF, un terme qui regroupe les personnes parties vers une zone de conflit pour se rallier à un groupe terroriste, celles qui en reviennent, ainsi que celles qui projetaient de partir mais en ont été empêchées) font toujours l'objet d'un suivi prioritaire en Belgique, indique l'Ocam. Le dernier départ accompli remonte à 2018. Sur les quelque 290 FTF encore en zone de conflit, environ 165 seraient décédés, tandis que plus ou moins un tiers de tous les combattants sont entre-temps revenus en Belgique, dont la grande majorité déjà en 2013-2014, précise l'Ocam.

Parmi ceux qui sont revenus du front, certains "ont déjà pris seuls leurs distances avec l'idéologie islamiste", ajoute le chercheur Thomas Renard. "Ils ont vu ou participé à des choses traumatisantes et ont le désir de passer à autre chose. Cela ne signifie pas qu'ils sont devenus des citoyens modèles, mais ils ne constituent plus une menace terroriste. On pourrait se méfier de leur discours", concède l'expert en radicalisation. "Mais si l'on met en miroir leurs paroles et leurs actes, cela se confirme. Le djihad et l'idée selon laquelle les peuples syrien et irakien étaient oppressés avaient un sens pour eux. Ce n'est pas pour autant qu'ils étaient prêts à poser des bombes dans le métro bruxellois. Statistiquement, on remarque qu'effectivement, seul un petit groupe pose encore problème en termes de menace domestique."

Une analyse que confirme l'Ocam. "La grande majorité (des Belges radicalisés) montre des signes positifs de réinsertion et semble avoir abandonné son idéologie extrémiste. (...) Les personnes les plus extrémistes font l'objet d'un suivi prioritaire par les services de sécurité. D'autres bénéficient d'une approche plus préventive, axée sur la réinsertion dans notre société. Bien que le risque zéro n'existe pas, les risques sont considérablement réduits grâce à cette approche."

Du tout-répressif, la Belgique est en effet passée à une approche plus nuancée, mêlant aussi prévention et collaboration à tous les niveaux de pouvoir tout en impliquant les services sociaux et la société civile. Lancé en 2006, le Plan d'action radicalisme (Plan R), qui vise à réduire autant que possible l'extrémisme et les processus de radicalisation dans la société, a été actualisé en ce sens. En parallèle aux Taskforces nationale et locales, qui se focalisent sur la sécurité, "des Cellules de sécurité intégrale locales en matière de radicalisme (CSIL-R) ont été créées au sein des communes pour les aspects de détection précoce, de prévention, de suivi et de réintégration", explique l'Ocam.

Cette pluridisciplinarité et l'approche au cas par cas revendiquée sont nécessaires au vu de l'échec du pur sécuritaire. "La lutte contre le terrorisme, l'extrémisme et la radicalisation commence par le développement d'une société inclusive", insiste l'Ocam. "Aujourd'hui, la prévention de la radicalisation et la protection - notamment en réduisant l'impact d'un attentat - sont primordiaux", abonde Gilles de Kerchove, coordinateur de l'Union européenne pour la lutte contre le terrorisme. "On repense l'espace urbain, en y intégrant par exemple des obstacles aux camions-béliers, l'accès aux explosifs est moins aisé et on tente d'augmenter la résilience de la population" à l'égard de la propagande extrémiste et des actions violentes, énumère-t-il. En matière de prévention, "la Belgique rapatrie maintenant les enfants de 12 ans" - au lieu de la limite encore récemment fixée à 10 ans - bloqués dans les camps de déplacés en Syrie, relève M. de Kerchove.

"Le statut d'ancien combattant et les anecdotes qui l'accompagnent peuvent encore faire fantasmer."

Les conditions de vie dans ces camps sont particulièrement pénibles et l'EI y exerce encore une forte influence. "On peut se demander quel amour du pays ces enfants vont développer si la Belgique les laisse grandir dans de telles conditions pendant plusieurs années." "Pour notre sécurité nationale, un retour contrôlé constitue la meilleure garantie d'un suivi adéquat par tous les services compétents", opine d'ailleurs l'Ocam. Outre le cas des enfants de combattants, la prévention doit aussi passer par une amélioration des conditions de détention des personnes encore sur place, alors que la Belgique laisse le soin aux juridictions locales de juger les adultes, estime le coordinateur de l'UE dans la lutte contre le terrorisme. "Il faut également encourager plus de diversité dans l'interprétation religieuse, principalement influencée en Europe par des pays comme l'Arabie Saoudite et le Qatar." "Le califat n'existe plus mais l'EI subsiste encore", ajoute Thomas Renard, tandis que l'Ocam précise que le temps n'est pas encore venu de relâcher les efforts. "Le statut d'ancien combattant et les anecdotes qui l'accompagnent peuvent encore faire fantasmer."

Outre l'EI, le groupe terroriste Al-Qaïda n'a pas disparu non plus, rappelle Michel Liégeois. "Il s'est déplacé du Proche Orient vers le Sahel, dans des pays comme le Burkina Faso, le Mali, le Niger, où il peut opérer en quasi impunité." Toutefois, estime Thomas Renard, la complexité des dynamiques locales au Sahel, la difficulté d'accéder à ces zones désertiques - là où la Syrie est à portée de vol et de bus via la Turquie - et l'absence de caractère symbolique et historique de la zone, au contraire de la Syrie, font que "ces conflits n'arrivent pas à générer le même intérêt" que la guerre en Syrie.

Sans capacité de commandement à l'étranger et face à des moyens de renseignement et anti-terroristes décuplés en Europe, "la probabilité qu'un groupe parvienne à se structurer et obtenir des armes sans se faire repérer" pour perpétrer un attentat en Europe "est plus limitée aujourd'hui", analyse Thomas Renard. Des attentats de grande envergure comme ceux commis à Paris en 2015 et à Bruxelles en 2016 sont donc moins probables, s'accordent les experts. "On a évolué vers des formes plus frustres", note Michel Liégeois.

L'Ocam constate également la montée en puissance d'une autre menace, notamment nourrie par cette vague d'attentats en Europe occidentale: l'idéologie extrémiste de droite.

Revers de la médaille: elles sont plus imprévisibles. Elles se matérialisent sous la forme d'attaques au camion-bélier, comme à Barcelone en 2017, ou au couteau, comme sur le marché de Noël de Strasbourg en 2018. Ces dernières années, l'Ocam constate également la montée en puissance d'une autre menace, notamment nourrie par cette vague d'attentats en Europe occidentale: l'idéologie extrémiste de droite. Comme pour le djihadisme, le risque qu'elle représente émane plutôt d'individus que de groupes.

Pour Gilles de Kerchove, les différents accents de cette idéologie se réunissent autour de la théorie conspirationniste du "grand remplacement" des Blancs par les populations non blanches. "C'est une doctrine pour le moment plus ancrée dans le nord que le sud de l'Europe", ajoute-t-il. Et aux Etats-Unis, complète Michel Liégeois, qui rappelle l'invasion meurtrière, le 6 janvier dernier, du Capitole par des milliers de partisans de l'ancien président Donald Trump.

Prise du Capitole, le 6 janvier 2021, GETTY IMAGES
Prise du Capitole, le 6 janvier 2021 © GETTY IMAGES
Belgaimages
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"On a assisté à un travail de sape de la démocratie sur les réseaux sociaux. Une théorie du complot (avec la réélection "volée" de Trump, NDLR) s'est ensuite matérialisée en assaut contre les institutions." Face aux contenus de haine (notamment antisémites, anti-arabes, précise M. de Kerchove) et à la désinformation qui circulent sur Internet, "ce serait donc une erreur de penser qu'il s'agit d'un problème nord-américain, sans impact sur nos démocraties", prévient M. Liégeois.

"La dimension internationale des extrémismes de droite se renforce"

"La dimension internationale des extrémismes de droite se renforce", ajoute Thomas Renard, qui cite notamment le rapprochement entre les mouvements extrémistes flamand "Schild & Vrienden" et français "Génération identitaire". "Chez nous, l'extrême droite n'est pas aussi forte que dans certains pays voisins mais on peut craindre un phénomène d'entraînement." Si en Belgique, ou même en Europe, les discours extrémistes ne sont pas encore légitimés, estime l'expert, on observe tout de même des liens se nouer entre ces mouvements et la sphère politique.

Dries Van Langenhove, qui est l'un des fondateurs de Schild & Vrienden, a ainsi été élu député sur les listes du parti d'extrême droite Vlaams Belang. En Europe, les mouvements d'extrême droite s'appuient notamment sur la crise migratoire de 2015-2016, note l'Ocam. Il faut dès lors "veiller à ce que l'extrémisme de droite et le djihadisme ne se renforcent pas mutuellement, ce qui ne ferait qu'alimenter la polarisation déjà existante dans notre société", conclut l'organe d'analyse de la menace.

Cinq ans après les attentats terroristes qui ont fauché 32 vies et blessé 340 personnes à l'aéroport de Zaventem et dans le métro bruxellois, la menace terroriste en Belgique est aujourd'hui globalement moins intense, s'accordent l'Ocam et les experts. Auparavant condensé dans l'ombre projetée par le califat de l'Etat islamique, ce risque a toutefois mué et s'est éparpillé entre résidus de l'idéologie islamiste d'une part et ascension d'extrémismes de droite nourris aux théories conspirationnistes d'autre part.Depuis janvier 2018, l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam) établit le niveau de la menace en Belgique à 2 sur 4, soit un risque "moyen". Pour Thomas Renard, chercheur en terrorisme et radicalisation à l'Institut Egmont, il s'agit d'une "nouvelle normalité". "Le risque d'attentat terroriste est aujourd'hui plus faible qu'il y a cinq ans, mais ce niveau 2 de la menace est un 2 'plus élevé' qu'il y a 10 ou 15 ans." Il y a 10 ans, le 15 mars 2011, le peuple syrien se soulevait contre le régime du président Bachar al-Assad pour réclamer plus de démocratie dans la vague du printemps arabe, un mouvement majoritairement pacifique parti de Tunisie. En Syrie, brutalement réprimé par le régime, le soulèvement s'est transformé en guerre civile. Des milliers de personnes, dont de nombreux Occidentaux, se sont alors rendus dans la zone de conflit pour lutter contre le régime d'Assad, une grande partie d'entre elles rejoignant des groupes terroristes, dont l'Etat islamique (EI). En Belgique, les départs ont été importants surtout au début du conflit, précise l'Ocam. Les djihadistes de l'EI sont animés par la volonté de restaurer le Shâm, un territoire particulièrement important dans l'histoire de l'islam et qui s'étend sur la Syrie et l'Irak actuelles. Après une montée en puissance fulgurante et la proclamation à l'été 2014 d'un califat à cheval sur ces deux pays, l'EI a ensuite enchaîné les revers. En mars 2019, des forces kurdes syriennes, soutenues par une coalition internationale emmenée par les Etats-Unis, ont proclamé la chute de ce califat. "Aujourd'hui, la guerre est quasiment gagnée par Bachar al-Assad, ce qui ne constitue pas l'option préférée des chancelleries occidentales mais n'est pas non plus, pour celles-ci, la plus mauvaise concernant la lutte contre le terrorisme", analyse Michel Liégeois, professeur de sciences politiques à l'UCLouvain et membre du Centre d'étude des crises et des conflits internationaux (CECRI). En effet, "l'Etat islamique n'est plus chez lui nulle part et sa capacité à planifier des attentats en est donc affaiblie". De plus, "ce califat possédait une force d'attraction sur des individus souvent fragilisés psychologiquement et trop isolés pour entreprendre seuls le voyage vers la Syrie", ajoute Thomas Renard. Avec la disparition de ce fief, l'idéologie et les fantasmes que pouvait susciter l'EI ont pris un coup dans l'aile, poursuit-il. En ce moment, environ 500 Foreign Terrorist Fighters (FTF, un terme qui regroupe les personnes parties vers une zone de conflit pour se rallier à un groupe terroriste, celles qui en reviennent, ainsi que celles qui projetaient de partir mais en ont été empêchées) font toujours l'objet d'un suivi prioritaire en Belgique, indique l'Ocam. Le dernier départ accompli remonte à 2018. Sur les quelque 290 FTF encore en zone de conflit, environ 165 seraient décédés, tandis que plus ou moins un tiers de tous les combattants sont entre-temps revenus en Belgique, dont la grande majorité déjà en 2013-2014, précise l'Ocam. Parmi ceux qui sont revenus du front, certains "ont déjà pris seuls leurs distances avec l'idéologie islamiste", ajoute le chercheur Thomas Renard. "Ils ont vu ou participé à des choses traumatisantes et ont le désir de passer à autre chose. Cela ne signifie pas qu'ils sont devenus des citoyens modèles, mais ils ne constituent plus une menace terroriste. On pourrait se méfier de leur discours", concède l'expert en radicalisation. "Mais si l'on met en miroir leurs paroles et leurs actes, cela se confirme. Le djihad et l'idée selon laquelle les peuples syrien et irakien étaient oppressés avaient un sens pour eux. Ce n'est pas pour autant qu'ils étaient prêts à poser des bombes dans le métro bruxellois. Statistiquement, on remarque qu'effectivement, seul un petit groupe pose encore problème en termes de menace domestique." Une analyse que confirme l'Ocam. "La grande majorité (des Belges radicalisés) montre des signes positifs de réinsertion et semble avoir abandonné son idéologie extrémiste. (...) Les personnes les plus extrémistes font l'objet d'un suivi prioritaire par les services de sécurité. D'autres bénéficient d'une approche plus préventive, axée sur la réinsertion dans notre société. Bien que le risque zéro n'existe pas, les risques sont considérablement réduits grâce à cette approche." Du tout-répressif, la Belgique est en effet passée à une approche plus nuancée, mêlant aussi prévention et collaboration à tous les niveaux de pouvoir tout en impliquant les services sociaux et la société civile. Lancé en 2006, le Plan d'action radicalisme (Plan R), qui vise à réduire autant que possible l'extrémisme et les processus de radicalisation dans la société, a été actualisé en ce sens. En parallèle aux Taskforces nationale et locales, qui se focalisent sur la sécurité, "des Cellules de sécurité intégrale locales en matière de radicalisme (CSIL-R) ont été créées au sein des communes pour les aspects de détection précoce, de prévention, de suivi et de réintégration", explique l'Ocam. Cette pluridisciplinarité et l'approche au cas par cas revendiquée sont nécessaires au vu de l'échec du pur sécuritaire. "La lutte contre le terrorisme, l'extrémisme et la radicalisation commence par le développement d'une société inclusive", insiste l'Ocam. "Aujourd'hui, la prévention de la radicalisation et la protection - notamment en réduisant l'impact d'un attentat - sont primordiaux", abonde Gilles de Kerchove, coordinateur de l'Union européenne pour la lutte contre le terrorisme. "On repense l'espace urbain, en y intégrant par exemple des obstacles aux camions-béliers, l'accès aux explosifs est moins aisé et on tente d'augmenter la résilience de la population" à l'égard de la propagande extrémiste et des actions violentes, énumère-t-il. En matière de prévention, "la Belgique rapatrie maintenant les enfants de 12 ans" - au lieu de la limite encore récemment fixée à 10 ans - bloqués dans les camps de déplacés en Syrie, relève M. de Kerchove. Les conditions de vie dans ces camps sont particulièrement pénibles et l'EI y exerce encore une forte influence. "On peut se demander quel amour du pays ces enfants vont développer si la Belgique les laisse grandir dans de telles conditions pendant plusieurs années." "Pour notre sécurité nationale, un retour contrôlé constitue la meilleure garantie d'un suivi adéquat par tous les services compétents", opine d'ailleurs l'Ocam. Outre le cas des enfants de combattants, la prévention doit aussi passer par une amélioration des conditions de détention des personnes encore sur place, alors que la Belgique laisse le soin aux juridictions locales de juger les adultes, estime le coordinateur de l'UE dans la lutte contre le terrorisme. "Il faut également encourager plus de diversité dans l'interprétation religieuse, principalement influencée en Europe par des pays comme l'Arabie Saoudite et le Qatar." "Le califat n'existe plus mais l'EI subsiste encore", ajoute Thomas Renard, tandis que l'Ocam précise que le temps n'est pas encore venu de relâcher les efforts. "Le statut d'ancien combattant et les anecdotes qui l'accompagnent peuvent encore faire fantasmer." Outre l'EI, le groupe terroriste Al-Qaïda n'a pas disparu non plus, rappelle Michel Liégeois. "Il s'est déplacé du Proche Orient vers le Sahel, dans des pays comme le Burkina Faso, le Mali, le Niger, où il peut opérer en quasi impunité." Toutefois, estime Thomas Renard, la complexité des dynamiques locales au Sahel, la difficulté d'accéder à ces zones désertiques - là où la Syrie est à portée de vol et de bus via la Turquie - et l'absence de caractère symbolique et historique de la zone, au contraire de la Syrie, font que "ces conflits n'arrivent pas à générer le même intérêt" que la guerre en Syrie. Sans capacité de commandement à l'étranger et face à des moyens de renseignement et anti-terroristes décuplés en Europe, "la probabilité qu'un groupe parvienne à se structurer et obtenir des armes sans se faire repérer" pour perpétrer un attentat en Europe "est plus limitée aujourd'hui", analyse Thomas Renard. Des attentats de grande envergure comme ceux commis à Paris en 2015 et à Bruxelles en 2016 sont donc moins probables, s'accordent les experts. "On a évolué vers des formes plus frustres", note Michel Liégeois. Revers de la médaille: elles sont plus imprévisibles. Elles se matérialisent sous la forme d'attaques au camion-bélier, comme à Barcelone en 2017, ou au couteau, comme sur le marché de Noël de Strasbourg en 2018. Ces dernières années, l'Ocam constate également la montée en puissance d'une autre menace, notamment nourrie par cette vague d'attentats en Europe occidentale: l'idéologie extrémiste de droite. Comme pour le djihadisme, le risque qu'elle représente émane plutôt d'individus que de groupes. Pour Gilles de Kerchove, les différents accents de cette idéologie se réunissent autour de la théorie conspirationniste du "grand remplacement" des Blancs par les populations non blanches. "C'est une doctrine pour le moment plus ancrée dans le nord que le sud de l'Europe", ajoute-t-il. Et aux Etats-Unis, complète Michel Liégeois, qui rappelle l'invasion meurtrière, le 6 janvier dernier, du Capitole par des milliers de partisans de l'ancien président Donald Trump. "On a assisté à un travail de sape de la démocratie sur les réseaux sociaux. Une théorie du complot (avec la réélection "volée" de Trump, NDLR) s'est ensuite matérialisée en assaut contre les institutions." Face aux contenus de haine (notamment antisémites, anti-arabes, précise M. de Kerchove) et à la désinformation qui circulent sur Internet, "ce serait donc une erreur de penser qu'il s'agit d'un problème nord-américain, sans impact sur nos démocraties", prévient M. Liégeois. "La dimension internationale des extrémismes de droite se renforce", ajoute Thomas Renard, qui cite notamment le rapprochement entre les mouvements extrémistes flamand "Schild & Vrienden" et français "Génération identitaire". "Chez nous, l'extrême droite n'est pas aussi forte que dans certains pays voisins mais on peut craindre un phénomène d'entraînement." Si en Belgique, ou même en Europe, les discours extrémistes ne sont pas encore légitimés, estime l'expert, on observe tout de même des liens se nouer entre ces mouvements et la sphère politique. Dries Van Langenhove, qui est l'un des fondateurs de Schild & Vrienden, a ainsi été élu député sur les listes du parti d'extrême droite Vlaams Belang. En Europe, les mouvements d'extrême droite s'appuient notamment sur la crise migratoire de 2015-2016, note l'Ocam. Il faut dès lors "veiller à ce que l'extrémisme de droite et le djihadisme ne se renforcent pas mutuellement, ce qui ne ferait qu'alimenter la polarisation déjà existante dans notre société", conclut l'organe d'analyse de la menace.