Plusieurs lieux culturels (notamment à Namur) ont rouvert malgré l'interdiction sanitaire. Certains acteurs de l'horeca appelaient aussi à la désobéissance le 1er mai. Comment gérez-vous cela, en tant que bourgmestre ?
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Plusieurs lieux culturels (notamment à Namur) ont rouvert malgré l'interdiction sanitaire. Certains acteurs de l'horeca appelaient aussi à la désobéissance le 1er mai. Comment gérez-vous cela, en tant que bourgmestre ? Les décisions évoluent parfois toutes les 24-48 heures, on doit donc toujours être agiles et ne pas avoir de position trop tranchée. Pour la culture, on n'a pas encore de position arrêtée, on avisera, selon que la réouverture des lieux est vraiment contraire à l'arrêté ministériel en vigueur ou reste dans les clous. Concernant l'horeca, la donne est claire, nonobstant ce que je peux penser des mesures: de wet is de wet. Si, le 1er mai, une infraction est constatée, un PV sera dressé. Mais on ne fera pas évacuer les terrasses. D'abord parce qu'on n'a pas les moyens de le faire, ensuite parce que ce serait contraire à toute gestion sereine de l'espace public. Certains restaurateurs ont annoncé qu'ils comptaient rouvrir et assumer une éventuelle amende, uniquement le 1er mai de manière symbolique, pour le coup de gueule, et pas le reste de la semaine. Gérer une situation sur des terrasses, dans un espace défini, me semble plus simple que par exemple lors de rassemblement diffus dans certains espaces, où certains jouent parfois au chat et à la souris. Le climat est tout de même fort différent de l'année dernière, où l'on verbalisait des personnes qui s'asseyaient sur un banc...Effectivement. Pour les bourgmestres, sur le terrain, la situation est très difficile et compliquée. Le banc, justement, c'était déjà un exemple de mesure n'ayant aucune praticabilité. Une personne âgée qui avait besoin de se poser quelques minutes, on n'allait pas lui mettre un PV. Un SDF, ça aurait servi à quoi? Il est insolvable. Depuis le début de la crise sanitaire, les bourgmestres sont confrontés à une série de décisions qui apparaissent cohérentes depuis un bureau, mais qui dans les faits ne sont guères applicables. Le 21 avril dernier, vous avez eu une réunion avec la ministre de l'Intérieur Annelies Verlinden (CD&V). Concluante?C'était la première fois depuis le début de la crise. Sinon, il n'y avait eu jusque-là AUCUN contact! Paul Magnette (président du PS, parti de la majorité Vivaldi, NDLR) a d'ailleurs été l'un de ceux qui y a été le plus cash pour regretter qu'il n'y ait pas de concertation. On apprend les mesures lors des conférences de presse, et après débrouille-toi avec ça! Sur le terrain, le niveau de ras-le-bol des gens est incroyable et les bourgmestres sont en première ligne de toutes les contrariétés. Sentez-vous également un ras-le-bol policier? Les agents seraient-ils devenus moins enclins à faire respecter des règles sanitaires auxquelles ils ne croiraient eux-mêmes plus tout à fait? Peut-être pour une part, mais les agents sont loyaux. Ceci dit, les règles changent d'une semaine à l'autre, ce n'est pas évident pour eux, il y a un important sentiment de yoyo. Puis le manque de policier se fait ressentir clairement. Quand Jan Jambon était ministre de l'Intérieur, il a réduit drastiquement le nombre de recrutements. Sous Milquet, on était à 1400. Avec lui, on est passé à 800! Les arrivées n'ont pas compensé les départs à al retraite. Moi, à la Ville, quand je lance un recrutement, je ne reçois pas toujours de candidats. Quelles mesures instaureriez-vous, en tant que bourgmestre, si on vous demandait votre avis?Je dirais... Donner plus de souplesse aux bourgmestres pour valider ou non la tenue de certains évènements. Il existe parfois des aberrations. Un exemple récent : on a reçu une demande d'organisation d'un trail à Namur. La police a dû rendre un avis négatif car la course étant chronométrée, elle s'apparentait selon l'arrêté en vigueur à une compétition, or elles sont interdites. Finalement, on a dû autoriser le trail sans chronomètre... A vouloir tellement cadenasser, on crée encore plus de difficultés.