Je peux sincèrement comprendre la réaction des parents de jeunes enfants devant maintenant porter le masque à l'école. Beaucoup de craintes et d'interrogations sont exprimées, et ne trouvent pas forcément de réponses rassurantes, d'autant que le sentiment de "faire payer" aux enfants le résultat de mauvais choix dans la gestion de cette crise est fortement ancré dans l'opinion. Mais, chers parents, je suis l'un des vôtres, et je vous invite à ne pas avoir l'indignation trop sélective. Je travaille depuis vingt ans dans l'enseignement, je suis aussi délégué syndical, et il y a bien des combats pour lesquels, depuis des années, nous aurions bien besoin de votre soutien, de votre indignation, de votre mobilisation.

Voyez l'état de délabrement des bâtiments scolaires, et en particulier l'état des sanitaires dans lesquels nos enfants doivent soulager des besoins primaires dans des conditions parfois abominables, indignes. Voyez la qualité de la nourriture servie dans les cantines, et l'inégalité d'accès à ces services, dans un enseignement soit-disant gratuit. Voyez les pénuries de profs qui ne se tarissent pas, voyez les réformes censées améliorer la qualité de notre enseignement être saucissonnées et réduites à des opérations d'économie et de gestion comptable, voyez l'école être de plus en plus asservie au service du "marché du travail" (entendez par là les organisations patronales et leurs lobbies), sans tenir compte des multiples besoins d'épanouissement et d'émancipation des jeunes.

Revenons-en à cette crise sanitaire. Je suis tout autant choqué de voir dans quelles conditions de travail se dépêtrent bon nombre d'instits, de profs, d'éducateurs et de directions depuis des mois.

Je suis choqué de constater que malgré l'avis des scientifiques depuis de nombreuses années, on commence seulement à s'inquiéter de la qualité de l'air que respirent les enfants et travailleurs/euses de l'enseignement.

Je suis choqué de constater que l'immense majorité des personnes travaillant dans l'enseignement ont dû se débrouiller pour assurer leur propre bien-être ou protection sur leur lieu de travail, devant débourser des sommes conséquentes pour l'achat de masques, de gel, d'amplificateurs audio (pour soulager les cordes vocales mises à rude épreuve par le port du masque lorsqu'on doit donner cours), l'achat de matériel informatique pour le distanciel (une prime de 100€ pour amortir, sérieux ?), une charge horaire et de travail délirante avec ce même distanciel, une absence totale de déconnexion pendant des semaines et des mois, un tombereau de mails à gérer en continu, etc.

Je suis choqué de constater que, systématiquement, les travailleurs/euses de l'enseignement ne soient pas considéré.e.s comme prioritaires pour avoir accès au vaccin (ou dans ce contexte-ci, à un "boost"). Qu'en tout et pour tout, la plupart d'entre elleux ont reçu deux masques lavables de piètre qualité depuis le début de cette pandémie.

Alors, finalement, le port du masque de votre enfant pendant la dizaine de jours qui lui restent à fréquenter l'école en attendant les congés de Noël, cela ne me semble pas prioritaire. Même si je comprends cette réaction. En ce qui me concerne, nous allons devoir, avec ma compagne qui est aussi enseignante, trouver une solution pour faire garder notre fils pendant que nous travaillons : son école fermera le 20/12, et nous continuerons à travailler, en présentiel, jusqu'au 24 (ouf, on termine à midi, merci madame la ministre !). C'est pénible, certes, mais...

Je suis moi-même partagé, écartelé. Je suis favorable au port du masque en tant que mesure prophylactique, y compris pour les enfants, car j'ai confiance dans l'avis des scientifiques et des experts, même si j'aurais la boule au ventre de voir mon petit bout masqué toute la journée dans sa classe (il a bientôt 4 ans, il n'est pas concerné par cette mesure). Il y a la science d'une part, et le ressenti de parent de l'autre. Je n'ai pas les compétences et le savoir requis pour prétendre "faire mes propres recherches", et la parole des scientifiques me parait bien plus fiable que celles des politiciens en charge de cette gestion de crise ou qui l'exploitent à des fins démagogiques.

Je me dis qu'ici, en d'autres temps plus sombres encore, on apprenait aux gosses à enfiler des masques à gaz.

Perso, ça m'aide à relativiser.

Le titre est de la rédaction. Titre original: " Dans les écoles, ne pas se masquer la face ? "

Je peux sincèrement comprendre la réaction des parents de jeunes enfants devant maintenant porter le masque à l'école. Beaucoup de craintes et d'interrogations sont exprimées, et ne trouvent pas forcément de réponses rassurantes, d'autant que le sentiment de "faire payer" aux enfants le résultat de mauvais choix dans la gestion de cette crise est fortement ancré dans l'opinion. Mais, chers parents, je suis l'un des vôtres, et je vous invite à ne pas avoir l'indignation trop sélective. Je travaille depuis vingt ans dans l'enseignement, je suis aussi délégué syndical, et il y a bien des combats pour lesquels, depuis des années, nous aurions bien besoin de votre soutien, de votre indignation, de votre mobilisation. Voyez l'état de délabrement des bâtiments scolaires, et en particulier l'état des sanitaires dans lesquels nos enfants doivent soulager des besoins primaires dans des conditions parfois abominables, indignes. Voyez la qualité de la nourriture servie dans les cantines, et l'inégalité d'accès à ces services, dans un enseignement soit-disant gratuit. Voyez les pénuries de profs qui ne se tarissent pas, voyez les réformes censées améliorer la qualité de notre enseignement être saucissonnées et réduites à des opérations d'économie et de gestion comptable, voyez l'école être de plus en plus asservie au service du "marché du travail" (entendez par là les organisations patronales et leurs lobbies), sans tenir compte des multiples besoins d'épanouissement et d'émancipation des jeunes.Revenons-en à cette crise sanitaire. Je suis tout autant choqué de voir dans quelles conditions de travail se dépêtrent bon nombre d'instits, de profs, d'éducateurs et de directions depuis des mois.Je suis choqué de constater que malgré l'avis des scientifiques depuis de nombreuses années, on commence seulement à s'inquiéter de la qualité de l'air que respirent les enfants et travailleurs/euses de l'enseignement. Je suis choqué de constater que l'immense majorité des personnes travaillant dans l'enseignement ont dû se débrouiller pour assurer leur propre bien-être ou protection sur leur lieu de travail, devant débourser des sommes conséquentes pour l'achat de masques, de gel, d'amplificateurs audio (pour soulager les cordes vocales mises à rude épreuve par le port du masque lorsqu'on doit donner cours), l'achat de matériel informatique pour le distanciel (une prime de 100€ pour amortir, sérieux ?), une charge horaire et de travail délirante avec ce même distanciel, une absence totale de déconnexion pendant des semaines et des mois, un tombereau de mails à gérer en continu, etc.Je suis choqué de constater que, systématiquement, les travailleurs/euses de l'enseignement ne soient pas considéré.e.s comme prioritaires pour avoir accès au vaccin (ou dans ce contexte-ci, à un "boost"). Qu'en tout et pour tout, la plupart d'entre elleux ont reçu deux masques lavables de piètre qualité depuis le début de cette pandémie.Alors, finalement, le port du masque de votre enfant pendant la dizaine de jours qui lui restent à fréquenter l'école en attendant les congés de Noël, cela ne me semble pas prioritaire. Même si je comprends cette réaction. En ce qui me concerne, nous allons devoir, avec ma compagne qui est aussi enseignante, trouver une solution pour faire garder notre fils pendant que nous travaillons : son école fermera le 20/12, et nous continuerons à travailler, en présentiel, jusqu'au 24 (ouf, on termine à midi, merci madame la ministre !). C'est pénible, certes, mais...Je suis moi-même partagé, écartelé. Je suis favorable au port du masque en tant que mesure prophylactique, y compris pour les enfants, car j'ai confiance dans l'avis des scientifiques et des experts, même si j'aurais la boule au ventre de voir mon petit bout masqué toute la journée dans sa classe (il a bientôt 4 ans, il n'est pas concerné par cette mesure). Il y a la science d'une part, et le ressenti de parent de l'autre. Je n'ai pas les compétences et le savoir requis pour prétendre "faire mes propres recherches", et la parole des scientifiques me parait bien plus fiable que celles des politiciens en charge de cette gestion de crise ou qui l'exploitent à des fins démagogiques.Je me dis qu'ici, en d'autres temps plus sombres encore, on apprenait aux gosses à enfiler des masques à gaz.Perso, ça m'aide à relativiser.Le titre est de la rédaction. Titre original: " Dans les écoles, ne pas se masquer la face ? "