Depuis septembre dernier, quatre générations cohabitent dans la maison ", résume Philippe Defeyt. Il y a trois ans, son beau-père est venu rejoindre l'économiste namurois et son épouse pour occuper le premier étage. " Il est chez lui, il reçoit et voit qui il veut, y compris ses autres enfants. Il prend seulement le repas de midi avec nous. " Restait à aménager le dernier étage. Cela a pris dix mois pour en faire un appartement, entièrement isolé. " Notre intention était de contribuer à résoudre à notre niveau la crise du logement, en accueillant une maman avec deux enfants. " Avec ces nouveaux locataires, il n'y a pas de formalisation de liens spécifiques comme il peut y en avoir dans le cadre d'une formule de bail entre une personne âgée et un étudiant qui rend divers services chez l'habitant. " Mais à l'avenir, avec l'âge, on pourrait imaginer que les locataires nous rendent divers services en échange d'un loyer diminué. "
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Depuis septembre dernier, quatre générations cohabitent dans la maison ", résume Philippe Defeyt. Il y a trois ans, son beau-père est venu rejoindre l'économiste namurois et son épouse pour occuper le premier étage. " Il est chez lui, il reçoit et voit qui il veut, y compris ses autres enfants. Il prend seulement le repas de midi avec nous. " Restait à aménager le dernier étage. Cela a pris dix mois pour en faire un appartement, entièrement isolé. " Notre intention était de contribuer à résoudre à notre niveau la crise du logement, en accueillant une maman avec deux enfants. " Avec ces nouveaux locataires, il n'y a pas de formalisation de liens spécifiques comme il peut y en avoir dans le cadre d'une formule de bail entre une personne âgée et un étudiant qui rend divers services chez l'habitant. " Mais à l'avenir, avec l'âge, on pourrait imaginer que les locataires nous rendent divers services en échange d'un loyer diminué. " Comme d'autres personnes de son âge, Philippe Defeyt s'est demandé voilà plusieurs années avec son épouse s'ils allaient continuer à vivre dans leur maison. " Plusieurs solutions s'offrent généralement dans ce genre de décision : trouver un logement plus petit, en déménageant dans un appartement, se rapprocher des enfants ou d'un centre-ville... Parmi les autres possibilités, il y a celle de rester chez soi. " C'est celle qui s'est imposée au couple. " Nous avons pris du temps avant de nous décider parce que nous avons réfléchi à tous les modèles possibles, en rénovant notre maison pour en faire une résidence partagée. " Pour l'économiste, la maison kangourou est une des pistes pour répondre au défi du vieillissement. " De plus en plus de personnes se retrouvent seules à 60, 65 ans. Outre la solitude, il y a des contraintes financières. Si elles veulent rester chez elles, ce n'est pas possible : l'entretien d'un logement, à côté des moyens, demande des capacités qu'avec l'âge, une personne n'a plus toujours quand elle vit seule. " Mais, selon lui, les autorités sous-estiment encore trop souvent les enjeux en matière de logement liés au vieillissement. Pour favoriser la cohabitation entre générations, Philippe Defeyt ne s'est pas seulement penché sur son propre cas, mais a défini une série de pistes pour la Wallonie. Il défend notamment l'idée d'une prime financière qui couplerait travaux d'isolation et aménagement d'un logement pour accueillir un ménage, en divisant l'habitation devenue trop grande pour les occupants âgés. " Le deal pourrait être la mise en location du logement futur aux mains d'une agence immobilière sociale pendant quinze ans, et, en contrepartie, la Région cofinancerait les travaux. " Selon Philippe Defeyt, un tel financement coûterait moins cher à la Wallonie que l'octroi de primes énergie et l'octroi de subsides pour construire un logement social. Cette proposition serait ciblée sur les propriétaires âgés entre 60 et 70 ans. " Je suis convaincu d'une chose : ce que j'ai fait chez moi, en divisant mon logement, je ne le ferai plus à 70 ans. " L'économiste souhaite aussi revoir le rôle des AIS (agences immobilières sociales) : avec une évolution de la législation pour qu'elles puissent proposer des logements à des propriétaires âgés. Ceux-ci mettraient leur logement à disposition et l'AIS leur en présenterait un autre adapté à leurs besoins. Aujourd'hui, c'est interdit. Autre possibilité, celle d'adapter les normes urbanistiques de manière à pouvoir transformer les maisons isolées en plusieurs logements. Les responsables de l'urbanisme local ne sont pas toujours prêts à cette solution. " Dans certaines communes, une personne âgée seule qui voudrait aménager sa maison pour que son fils puisse vivre avec elle ne peut pas le faire. Il y a encore un gros travail de conscientisation à mener. " Avec de telles propositions, ce membre d'Ecolo, qui fut président du CPAS de Namur de 2006 à 2016, estime que les intérêts collectifs et les intérêts individuels se rencontreront : " D'un côté, on crée du logement accessible en misant sur le lien intergénérationnel, de l'autre, on offre la possibilité à la personne âgée de rester chez elle dans de bonnes conditions. " A ses yeux, les mesures traditionnelles du vieillissement démographique restent encore inadéquates en ce qu'elles négligent l'amélioration de l'autonomie et de la santé des personnes âgées. " Or, le discours officiel radote autour des plus de 65 ans, et cela n'a aucun intérêt. La plupart des personnes de plus de 70 ans sont en pleine santé. " Philippe Defeyt insiste : le politique doit se préoccuper autant de la mixité intergénérationnelle que de la mixité sociale. " Même si elles ne se recouvrent pas entièrement. Je suis de plus en plus sceptique sur le modèle des résidences-services ou des maisons de repos, surtout quand elles sont isolées du reste de la vie d'un quartier. Il faut en finir avec cette ségrégation totalement absurde qu'on retrouve un peu partout chez nous, en mettant les petits vieux à part. "