Monsieur le premier ministre, mesdames et messieurs les ministres,

Nous vétérinaires, fonctionnons en médecine de troupeaux ou si vous le préférez en médecine des populations.

Les chiffres annoncés par Mr Van Laethem concernant la présence d'anticorps au sein des donneurs sont une bonne nouvelle, cela ne m'a guère surpris car en automne on a bien vu que la pathologie avait touché bien plus de personnes qu'au printemps.

Je suis parti des bases suivantes :

- l'immunité qu'elle soit induite (vaccinale) ou acquise (naturelle) via le contact face au covid, c'est de l'immunité.

-On veut atteindre l'immunité collective le plus rapidement possible: en fonction des pathologies, elle varie de 43 à 70 % des personnes. (A titre d'exemple peut-être qu'avec 50% de la population possédant une immunité la covid ne circulera plus).

- La présence d'anticorps a été détecté sur les dons de sang, donc des personnes ayant une hygiène de vie sans doute un peu supérieure à la moyenne. Les jeunes (18-25 ans) ne sont pas les plus nombreux dans les donneurs et nous savons tous qu'à l'automne cette tranche d'âge à fait la covid plus que n'importe qui. Ce qui sous-estime probablement le nombre de personnes avec anticorps

- Une épidémie ne se gère pas en individualisant mais en parlant de population, la médecine vétérinaire est amenée à gérer une épidémie tous les deux ans en moyenne. Il est logique que nous voyions les choses sous l'angle d'un troupeau, ce n'est nullement péjoratif ou dégradant mais on doit sortir de l'individualisation quand on gère ce genre d'éléments. C'est quelque chose que nous pratiquons tous les jours à l'échelle de nos exploitations.

J'ai analysé les chiffres fournis par Mr Van Laethem les dernières analyses datent du 15-20/11/20, les chiffres sont les suivants :

Belgique : 14.4%

BXL : 26%

Wallonie : 18%

Flandre :10%

J'ai voulu extrapoler la situation au moment présent, il faut 15-21jours pour produire des anticorps. J'ai pris les contaminations en date du 03 novembre, les analyses datant du 15-20 novembre, cela reflète le nombre de contaminations à cette date-là. J'ai comparé les chiffres avec ceux en date du 04/01/21 (tableau en annexe). Les augmentations des cas sont les suivantes

Belgique (+203 000 soit 45%)

BXL (+18 000 soit 28%)

Wallonie (+82 000 soit 41%)

Flandre (+101 000 soit 56%)

Les pourcentages de personnes immunisées extrapolés suite à cette augmentation sont les suivants

Belgique : (14.4 x 1.45) = 21% +- 2 400 000

BXL (26x 1.28) = 33% +- 403 000

Wallonie (18x1.41) = 25.5% +- 925 000

Flandre (10x1.56) = 15.6% +- 1 028 000

Pour différentes raisons il est probable que ces chiffres soient inférieurs à la réalité observée sur le terrain :

- Faible présence des jeunes dans les donneurs de sang (si on lit la dernière étude faite sur les étudiants par l'ULg (tests salivaires : mise en évidence du virus, résultats du 20 octobre) : 5.5% des étudiants sont porteurs. Ce test ne détecte pas les faiblement porteurs soit 1/3 des asymptomatiques, ce qui nous amène à 8.25%. Si on ajoute les symptomatiques en théorie non présents on arrive à 10% ce qui prouve que le virus a fortement circulé dans cette catégorie là et que nous avons probablement une immunité bien plus élevée que celle donnée par les chiffres.

Durant une grande partie du mois de novembre seules les personnes avec symptômes ont été testées, ce qui doit avoir une interférence dans le taux de personnes présentant des anticorps.

J'en tire les enseignements suivants :

Partant du principe que le vaccin arrive au compte-goutte durant les prochains mois, il faut l'utiliser avec discernement. Pour ce faire un test anticorps rapide devrait être réalisé systématiquement avant l'injection du vaccin. Quelque soit l'âge de la personne vaccinée, il est inutile de lui injecter un vaccin dans les prochains mois sachant qu'elle possède une immunité. Certes on ne connait pas la durée de vie des anticorps mais n'oublions pas qu'il existe l'immunité cellulaire, qui prendrait le relais en cas de nouvelles infections.

Le nombre de personnes faisant deux fois la maladie dans un intervalle de quelques mois est infime on parle de quelques cas en Belgique, cela plaide dans le sens d'une immunité acquise efficace.

Il faut atteindre l'immunité collective le plus rapidement possible, pour des raisons sanitaires mais aussi humaines et économiques, des dizaines de milliers de personnes sont en train de tout perdre d'un point de vue économique, les dégâts sur la santé mentale empirent de jour en jour, et nous détruisons une partie de notre jeunesse. Le cumul de la vaccination et de l'immunité acquise est la façon la plus rapide de récupérer une vie normale.

Il est plus que temps de raisonner en terme collectif, en termes de population globale ce qui a manqué par moment, on cesse d'individualiser les choses mais on se doit de travailler dans l'intérêt du maximum de personnes et cela passe par une vaccination non pas à l'aveugle mais ciblée sur les personnes n'ayant pas d'anticorps et donc n'ayant probablement pas croisé la maladie.

Si l'immunité collective se situe à 43% cela signifie que la moitié du chemin est déjà atteinte, il nous suffit de vacciner 2.4 millions de personnes sans doute moins étant donné les différents biais scientifiques exposés plu haut.

Madame et messieurs les ministres vous avez les cartes en main pour faire une vaccination intelligente et ciblée afin d'optimaliser les résultats, dans ma profession quand j'ai un problème de pneumonie dans les veaux, je ne vaccine pas les vaches, le raisonnement est le même ici. En ciblant les personnes nous n'en sortirons que plus vite.

Nous avons des entreprises qui ont des stocks de tests anticorps rapides d'autres qui sont prêtes à en faire si besoin. Certes cela va demander un peu plus de temps, une modification de la logistique

En ne réalisant aucun test, une fois sur trois à Bruxelles et une fois sur 4 en Wallonie (sans doute plus dans les deux cas), nous allons utiliser des doses de vaccins sur des personnes possédant déjà une immunité, c'est un non-sens complet.

Le dernier intérêt sera de connaitre plus précisément le nombre de personnes possédant des anticorps.

Si comme je le pense mes chiffres sont sous-estimés nous atteindrons encore plus vite l'immunité collective. Un pourcent ce n'est, mais si je suis un point en dessous cela équivaut au nombre de doses pour vacciner une commune comme Namur, Bruges ou Leuven.

Revoir notre stratégie de vaccination est une nécessité en terme sanitaire, de santé mentale, de reprise économique et du bien-être de notre population

En vous priant d'agréer madame et messieurs les ministres

Dr François Meunier

Médecin vétérinaire

Monsieur le premier ministre, mesdames et messieurs les ministres,Nous vétérinaires, fonctionnons en médecine de troupeaux ou si vous le préférez en médecine des populations.Les chiffres annoncés par Mr Van Laethem concernant la présence d'anticorps au sein des donneurs sont une bonne nouvelle, cela ne m'a guère surpris car en automne on a bien vu que la pathologie avait touché bien plus de personnes qu'au printemps.Je suis parti des bases suivantes :- l'immunité qu'elle soit induite (vaccinale) ou acquise (naturelle) via le contact face au covid, c'est de l'immunité.-On veut atteindre l'immunité collective le plus rapidement possible: en fonction des pathologies, elle varie de 43 à 70 % des personnes. (A titre d'exemple peut-être qu'avec 50% de la population possédant une immunité la covid ne circulera plus).- La présence d'anticorps a été détecté sur les dons de sang, donc des personnes ayant une hygiène de vie sans doute un peu supérieure à la moyenne. Les jeunes (18-25 ans) ne sont pas les plus nombreux dans les donneurs et nous savons tous qu'à l'automne cette tranche d'âge à fait la covid plus que n'importe qui. Ce qui sous-estime probablement le nombre de personnes avec anticorps- Une épidémie ne se gère pas en individualisant mais en parlant de population, la médecine vétérinaire est amenée à gérer une épidémie tous les deux ans en moyenne. Il est logique que nous voyions les choses sous l'angle d'un troupeau, ce n'est nullement péjoratif ou dégradant mais on doit sortir de l'individualisation quand on gère ce genre d'éléments. C'est quelque chose que nous pratiquons tous les jours à l'échelle de nos exploitations.J'ai analysé les chiffres fournis par Mr Van Laethem les dernières analyses datent du 15-20/11/20, les chiffres sont les suivants :Belgique : 14.4%BXL : 26%Wallonie : 18%Flandre :10%J'ai voulu extrapoler la situation au moment présent, il faut 15-21jours pour produire des anticorps. J'ai pris les contaminations en date du 03 novembre, les analyses datant du 15-20 novembre, cela reflète le nombre de contaminations à cette date-là. J'ai comparé les chiffres avec ceux en date du 04/01/21 (tableau en annexe). Les augmentations des cas sont les suivantesBelgique (+203 000 soit 45%)BXL (+18 000 soit 28%)Wallonie (+82 000 soit 41%)Flandre (+101 000 soit 56%)Les pourcentages de personnes immunisées extrapolés suite à cette augmentation sont les suivantsBelgique : (14.4 x 1.45) = 21% +- 2 400 000BXL (26x 1.28) = 33% +- 403 000Wallonie (18x1.41) = 25.5% +- 925 000Flandre (10x1.56) = 15.6% +- 1 028 000Pour différentes raisons il est probable que ces chiffres soient inférieurs à la réalité observée sur le terrain :- Faible présence des jeunes dans les donneurs de sang (si on lit la dernière étude faite sur les étudiants par l'ULg (tests salivaires : mise en évidence du virus, résultats du 20 octobre) : 5.5% des étudiants sont porteurs. Ce test ne détecte pas les faiblement porteurs soit 1/3 des asymptomatiques, ce qui nous amène à 8.25%. Si on ajoute les symptomatiques en théorie non présents on arrive à 10% ce qui prouve que le virus a fortement circulé dans cette catégorie là et que nous avons probablement une immunité bien plus élevée que celle donnée par les chiffres.Durant une grande partie du mois de novembre seules les personnes avec symptômes ont été testées, ce qui doit avoir une interférence dans le taux de personnes présentant des anticorps.J'en tire les enseignements suivants :Partant du principe que le vaccin arrive au compte-goutte durant les prochains mois, il faut l'utiliser avec discernement. Pour ce faire un test anticorps rapide devrait être réalisé systématiquement avant l'injection du vaccin. Quelque soit l'âge de la personne vaccinée, il est inutile de lui injecter un vaccin dans les prochains mois sachant qu'elle possède une immunité. Certes on ne connait pas la durée de vie des anticorps mais n'oublions pas qu'il existe l'immunité cellulaire, qui prendrait le relais en cas de nouvelles infections.Le nombre de personnes faisant deux fois la maladie dans un intervalle de quelques mois est infime on parle de quelques cas en Belgique, cela plaide dans le sens d'une immunité acquise efficace.Il faut atteindre l'immunité collective le plus rapidement possible, pour des raisons sanitaires mais aussi humaines et économiques, des dizaines de milliers de personnes sont en train de tout perdre d'un point de vue économique, les dégâts sur la santé mentale empirent de jour en jour, et nous détruisons une partie de notre jeunesse. Le cumul de la vaccination et de l'immunité acquise est la façon la plus rapide de récupérer une vie normale.Il est plus que temps de raisonner en terme collectif, en termes de population globale ce qui a manqué par moment, on cesse d'individualiser les choses mais on se doit de travailler dans l'intérêt du maximum de personnes et cela passe par une vaccination non pas à l'aveugle mais ciblée sur les personnes n'ayant pas d'anticorps et donc n'ayant probablement pas croisé la maladie.Si l'immunité collective se situe à 43% cela signifie que la moitié du chemin est déjà atteinte, il nous suffit de vacciner 2.4 millions de personnes sans doute moins étant donné les différents biais scientifiques exposés plu haut.Madame et messieurs les ministres vous avez les cartes en main pour faire une vaccination intelligente et ciblée afin d'optimaliser les résultats, dans ma profession quand j'ai un problème de pneumonie dans les veaux, je ne vaccine pas les vaches, le raisonnement est le même ici. En ciblant les personnes nous n'en sortirons que plus vite.Nous avons des entreprises qui ont des stocks de tests anticorps rapides d'autres qui sont prêtes à en faire si besoin. Certes cela va demander un peu plus de temps, une modification de la logistiqueEn ne réalisant aucun test, une fois sur trois à Bruxelles et une fois sur 4 en Wallonie (sans doute plus dans les deux cas), nous allons utiliser des doses de vaccins sur des personnes possédant déjà une immunité, c'est un non-sens complet.Le dernier intérêt sera de connaitre plus précisément le nombre de personnes possédant des anticorps.Si comme je le pense mes chiffres sont sous-estimés nous atteindrons encore plus vite l'immunité collective. Un pourcent ce n'est, mais si je suis un point en dessous cela équivaut au nombre de doses pour vacciner une commune comme Namur, Bruges ou Leuven.Revoir notre stratégie de vaccination est une nécessité en terme sanitaire, de santé mentale, de reprise économique et du bien-être de notre populationEn vous priant d'agréer madame et messieurs les ministresDr François MeunierMédecin vétérinaire