Avec le mouvement eChange, nous la proposons depuis longtemps et avons cherché à la mettre en oeuvre à l'essai dans des débats organisés avec Le Vif avant les élections, lesquels ont trouvé écho dans ce magazine.

Permettez-moi dès lors de poursuivre brièvement le "discours sur la méthode" :

  • Faites-nous rêver ! Nous, pauvres citoyens, rêvons d'entendre les responsables politiques fixer des ambitions qui répondent aux défis qui nous touchent vraiment : par exemple, créer 200.000 vrais emplois dans les secteurs boostés par le numérique, diminuer la pauvreté infantile de 50%, réduire les temps de déplacement de 30% en cinq ans, sortir du nucléaire par étapes, sans effets négatifs sur notre approvisionnement, les prix et les émissions de CO2, ou même améliorer de 20% la valeur des soins pour le patient, définie comme le rapport entre l'impact sur sa santé et le coût encouru, ...
  • Impliquez le maximum de partis démocratiques. Il est, comme vous le dites, sans doute plus facile de s'entendre sur des projets que sur une coalition. Et ces projets vont probablement demander plus de temps que celui d'une législature. Autant y inclure le maximum de partenaires, pour éviter les remises en question stériles à peine l'impulsion est-elle donnée.
  • Prenez votre temps avant d'aller dans les détails de ces projets. Fixez en maintenant le cadre et les principales composantes. Et mettez-vous d'accord sur la suite de votre méthode nouvelle. Confiez l'élaboration détaillée des plans d'actions qui mettent en oeuvre ces ambitions à l'administration, des experts et des représentants de la société civile. Impliquez les partenaires sociaux. Cherchez quand c'est possible à mêler les gouvernements des entités fédérées. Notre lasagne institutionnelle fait que l'efficacité de ces plans d'action dépend souvent de compétences partagées et demande une cohérence dans l'action des différents niveaux de pouvoir. Et soumettez ces plans pour un débat de fond au parlement.
  • Rendez nos institutions plus efficaces, donc plus légitimes. Aujourd'hui, les compétences sont éclatées, en ce compris dans le même domaine, et les conflits dominent le (mal nommé) Comité de Concertation. Mettez en chantier une septième réforme de l'Etat en dehors des travaux gouvernementaux, et, à nouveau, en impliquant au maximum la société civile dans toutes ses composantes. Son objectif ne sera pas de faire plaisir à un parti ou l'autre, mais de rendre possible, matière par matière, un minimum d'autonomie dans les compétences de l'Etat central et des entités fédérées (en ce compris, en re-fédéralisant certaines compétences si nécessaire) et, lorsque cela n'est pas possible, de prévoir des règles du jeu qui organisent la collaboration entre les différentes entités.

Ce qui est en jeu, c'est tout d'abord les progrès à réaliser dans les domaines cités : nous y sommes tellement en retard ! Ensuite, c'est l'image de nos institutions démocratiques, dévalorisée pour la raison ci-avant. Enfin, c'est le score électoral des partis démocratiques, qui s'érode d'élection en élection, ... pour la raison ci-avant. Vous avez un sacré boulot à réaliser monsieur Paul Magnette, mais comme disait Lao Tseu ...