Les visites aux détenus ont été supprimées, quelques jours avant le confinement. Si le virus entre en prison, ce sera fatalement par les agents pénitentiaires qui viennent tous les jours de l'extérieur. Ceux-ci sont inquiets. "Il y a beaucoup de tension entre les agents. Les directeurs d'établissement doivent gérer le stress du personnel plus que tout le reste aujourd'hui", avoue Marc Dizier, directeur de la prison d'Andenne. Il faut dire que jusqu'ici les mesures de protection sont sommaires, voire nulles. "Nous n'avons pas reçu de masques, sauf ceux que nous pouvons trouver nous-mêmes dans le commerce. Du gel hydro-alcoolique, nous en avons, mais peu. Nous puisons dans nos réserves. Des flacons sont disposés à l'entrée principale de l'établissement et dans quelques endroits stratégiques de passage", explique Yves Dethier, agent et délégué CGSP à Lantin, la plus grosse prison francophone du pays.
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Les visites aux détenus ont été supprimées, quelques jours avant le confinement. Si le virus entre en prison, ce sera fatalement par les agents pénitentiaires qui viennent tous les jours de l'extérieur. Ceux-ci sont inquiets. "Il y a beaucoup de tension entre les agents. Les directeurs d'établissement doivent gérer le stress du personnel plus que tout le reste aujourd'hui", avoue Marc Dizier, directeur de la prison d'Andenne. Il faut dire que jusqu'ici les mesures de protection sont sommaires, voire nulles. "Nous n'avons pas reçu de masques, sauf ceux que nous pouvons trouver nous-mêmes dans le commerce. Du gel hydro-alcoolique, nous en avons, mais peu. Nous puisons dans nos réserves. Des flacons sont disposés à l'entrée principale de l'établissement et dans quelques endroits stratégiques de passage", explique Yves Dethier, agent et délégué CGSP à Lantin, la plus grosse prison francophone du pays. On le sait, la prison est un univers clos et confiné où un virus très contagieux tel que le Covid-19 peut se répandre plus vite qu'ailleurs. La peur de la contagion y est donc plus forte. "Si l'épidémie s'installe dans des établissements pénitentiaires, cela risque de vite devenir explosif", prévient Harold Sax, avocat et co-président de l'Observatoire international des prisons (OIP) en Belgique. On recense actuellement trois cas de coronavirus avérés parmi les détenus belges. "Un à l'annexe psychiatrique de Mons, au tout début de l'épidémie, et deux autres à Turnhout, précise Kathleen Van De Vijver, porte-parole de l'administration pénitentiaire centrale. Le détenu montois a été transféré dans un hôpital et ceux de Turnhout à la prison de Bruges qui dispose d'un centre médical adapté." Il y a aussi eu quelques cas de suspicion dans d'autres établissements, mais qui ne se sont pas avérés positifs.Sans certificat de conformitéQuant aux mesures de protection, Kathleen Van De Vijver assure que la distribution de masques a commencé depuis deux jours : "Nous en avons fourni 964 mardi, en priorité à Mons et Turnhout, puis 1 000 supplémentaires mercredi dans d'autres établissements et encore 1 000 ce jeudi", dit-elle. Il s'agit de masques en tissu fabriqués dans des ateliers pénitentiaires, dont celui de Ittre. Le personnel confronté à des cas suspects ou positifs disposera, lui, de masques classiques chirurgicaux ou FFP2. Pour tous les autres, en prévention, ce sera les "tissus", sans certificat de conformité donc, juste le feu vert du ministère de la Santé. "L'administration certifie qu'ils sont sûrs et fabriqués avec un tissu spécial, nous ne pouvons que les croire sur parole. Je suppose que toutes les précautions ont été prises dans les ateliers", avance Grégory Wallez, secrétaire fédéral CGSP-AMIO, qui précise que les syndicats ont vivement interpellé le ministre de la Justice, le 20 mars dernier sur l'absence de mesures prises jusqu'ici en matière de protection depuis le début de l'épidémie. "Encore faudra-t-il que le personnel apprenne à bien utiliser ces masques, souligne Marc Dizier. Aujourd'hui, on voit des agents avec leur propre masque porter les mains au visage. Ils n'ont pas l'habitude." A moins de six mois de la fin de leur peinePour réduire le risque de propagation, Koen Geens (CD&V) a déjà pris une circulaire permettant de prolonger, le temps du confinement, les congés pénitentiaires des détenus qui ont déjà effectué un tel congé sans problèmes et qui n'ont pas été condamné pour terrorisme, pour faits de moeurs ou à une peine supérieure à dix ans. Le ministre de la Justice et le gouvernement s'apprêtent à adopter un arrêté-royal qui renforce juridiquement cette circulaire et qui, entre autres mesures, permettrait également aux directeurs d'accorder une "libération anticipée provisoire" aux condamnés qui sont à six mois de la fin de leur détention. Cette mesure, prévue à l'article 27 de l'arrêté royal en préparation que nous avons pu parcourir, prévoit une série de conditions (ne pas commettre de nouvelle infraction, respecter les mesures de confinement, etc.) dont le non-respect entraînerait la révocation immédiate de cette libération. Le cabinet de Koen Geens n'a pu nous confirmer le projet en cours car il est toujours en discussion, nous dit la porte-paroleLa première mesure de prolongation des congés pénitentiaires a déjà permis de soulager de 5 % la population carcérale déjà en surnombre. Mais ce n'est pas suffisant, car le taux de surpopulation est élevé en Belgique. Si elle est adoptée, cette mesure complémentaire paraît dès lors salutaire et contribuerait à faire diminuer la pression encore davantage. Dans une déclaration de principe diffusée le 20 mars, le CPT (le Comité du Conseil de l'Europe anti-torture et traitements dégradants) recommandait d'ailleurs vivement de recourir aux maximum, pendant la pandémie, à des "mesures de substitution à la privation de liberté", dont la libération anticipée. Dix par préau au lieu de quatre-vingtsDiminuer le nombre de détenus devrait permettre une meilleure organisation pour éviter que la pandémie n'envahisse les prisons. Car si les visites ont été supprimées, d'autres droits ne peuvent l'être, comme le préau par exemple. Dans une prison comme Lantin qui compte au total un millier de détenus (préventifs ou condamnés), ce n'est pas simple. "Pour respecter les distances de sécurité, nous les faisons sortir à dix par préau au lieu de quatre-vingts habituellement, témoigne Yves Dethier. Le préau est donc en permanence occupé par des détenus." La situation semble, pour l'instant, sous contrôle dans les prisons. Les détenus sont plutôt calmes, nous dit-on, même s'ils trainent des pieds en arrivant au préau pour montrer que l'absence de visites leur pèse. Mais le risque de dérapage est là, surtout si le nombre de cas positifs devait augmenter sensiblement. L'unité médicale de Bruges serait alors vite débordée. Et transférer des malades à l'hôpital suppose une surveillance. Par qui ? Des gardiens ? Des policiers ? "Pour l'instant, toutes ces questions sont sans réponse. Nous naviguons à vue ", constate Grégory Wallez. Il y a aussi le problème de la drogue qui circule beaucoup moins entre détenus, quand les prisons sont plus hermétiques qu'habituellement faute de visites. "Une majorité de détenus sont toxico-dépendants, explique Harold Sax. Selon les études, 70 % déclarent avoir une addiction. Or on sait qu'ils s'approvisionnent surtout grâce aux visites de proches, même si une partie est aussi le fait de gardiens et de services externes, avocats compris. La drogue permet de supporter l'angoisse liée à l'enfermement. Sans drogue, cela risque de devenir compliqué." Marc Dizier confirme : "Oui, le manque risque de poser de gros problèmes. Cela commence chez certains détenus. On a, par ailleurs, constaté récemment des largages depuis l'extérieur de la prison vers le préau, de doses de drogue enfermées dans des balles de tennis ou des pommes de terre."