"Le coronavirus touche tout le monde, mais tout le monde n'est pas touché de la même manière. Le virus frappe beaucoup plus durement les personnes qui ont un revenu faible ou qui sont en bas de l'échelle sociale", déclare l'économiste André Decoster (KU Leuven).
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"Le coronavirus touche tout le monde, mais tout le monde n'est pas touché de la même manière. Le virus frappe beaucoup plus durement les personnes qui ont un revenu faible ou qui sont en bas de l'échelle sociale", déclare l'économiste André Decoster (KU Leuven).1. Pas de surmortalité parmi les moins de 65 ansLes chercheurs louvanistes ont vérifié s'il y a plus de décès durant la première vague qu'à la même période dans les années 2015-2020. Pour Johannes Spinnewijn (London School of Economics), "la Belgique a été très durement touchée par la première vague de la pandémie, et nous voyons une nette surmortalité : lors du pic en avril, il y avait deux fois plus de décès que le taux de mortalité moyen dans les années précédentes. Mais lorsque nous regardons les chiffres de plus près, nous aboutissons à une conclusion étonnante : nous ne voyons pas de surmortalité parmi la population de moins de 65 ans, mais une nette surmortalité auprès des plus de 65 ans, et surtout les personnes qui résident en maison de repos."Comment se fait-il qu'il n'y a pas de surmortalité parmi les personnes de moins de 65 ans ? "Dans cette catégorie d'âge, le nombre de décès après une contamination du coronavirus est limité", déclare Spinnewijn. "Il s'agissait souvent de personnes souffrant de complications médicales, qui avaient donc déjà une espérance de vie moindre. Le confinement, de mi-mars à mi-mai, a probablement fait baisser le taux de mortalité dans cette catégorie d'âge, car celui-ci a diminué la circulation et donc le nombre d'accidents sur la route, ce qui dans un certain sens a compensé le nombre limité le décès en conséquence du coronavirus."2. Jusqu'à cinq fois plus de décès auprès des pauvres "Il est évident que l'âge joue un rôle au niveau du risque de décès", déclare l'économiste André Decoster (KU Leuven). "Cependant, la position socio-économique joue un rôle important, et c'est tout de même moins évident." Les chercheurs louvanistes ont notamment analysé les revenus. "Et que voyons-nous ? Les années avant le coronavirus, il y avait deux à cinq fois plus de décès parmi les 10% des revenus les plus faibles, par rapport aux 10% des revenus les plus élevés." Pour le dire simplement : un Belge pauvre courait deux à cinq fois plus de risques de mourir qu'un compatriote riche.Reste à savoir comment ce rapport a changé durant la période du coronavirus. Parmi les hommes et les femmes de moins de 65 ans, il n'y avait pas de surmortalité, et le revenu ne jouait pas de rôle dans le risque de décès. Spinnewijn : "Cependant, parmi les plus de 65 ans, les revenus les plus faibles étaient les plus durement frappés, et les différences sont grandes." En outre, les habitants des communes les plus pauvres étaient les plus durement touchés, qu'ils soient riches ou pauvres. Et au sein de ces communes les plus pauvres, les revenus les plus faibles couraient le plus grand risque de surmortalité. "Il y a peu de raisons de s'attendre à ce que ce soit différent durant cette seconde vague, qui nous touche maintenant", déclare Spinnewijn.Cependant, ces inégalités n'étaient pas différentes avant l'épidémie. Là aussi, les pauvres de plus de 65 ans mouraient plus vite que les riches. "Le coronavirus n'est donc pas le grand égalisateur", déclare Decoster. "Le virus ne frappe pas toute la société de la manière : il frappe plus durement les pauvres que les riches, mais il ne les frappe pas plus durement que d'autres causes de mortalité."3. 10% de décès en plus dans le secteur de la santé Les chercheurs ont également analysé le pays d'origine des personnes. Là aussi, les résultats sont étonnants : parmi les plus de 65 ans, il y a eu nettement plus de décès parmi les gens nés en Pologne, en Italie ou en Turquie, qu'en Belgique ou dans les pays voisins. Dans ce premier groupe, la surmortalité est pratiquement deux fois plus grande. On pourrait penser que c'est lié aux origines occidentales et non-occidentales, mais le taux de mortalité des personnes nées au Maroc correspond à celui de la Belgique. Les chercheurs ignorent encore pourquoi.Les scientifiques ont également analysé l'emploi des gens, et surtout celui des personnes âgées de 40 à 64 ans décédées du coronavirus. Certains secteurs sont plus à risque pour la santé tels que la construction ou l'industrie minière, et il en va de même pour le coronavirus. Cependant, il y a eu 10% de décès en plus dans les soins de santé que les années précédentes. "Les gens qui travaillent dans ce secteur sont plus exposés au virus", explique Spinnewijn, "et couraient donc plus de risques d'être infectés au coronavirus et d'en mourir."4. Il faut rapidement plus de données Avant l'apparition du coronavirus, les années de vie en bonne santé et les décès dépendaient très fort du revenu ou de la position sur l'échelle sociale. À cet égard, l'accord gouvernemental du gouvernement De Croo formule un objectif ambitieux. "L'objectif est de réduire, d'ici 2030, de minimum 25% les inégalités de santé entre les personnes les plus favorisées et les moins favorisées en matière d'espérance de vie en bonne santé"."Pour réussir, il faudra mettre beaucoup plus de données à disposition et plus rapidement, afin d'adapter la politique et de la corriger", déclare Spinnewijn. "Malheureusement, pour notre étude, nous avons seulement pu utiliser les chiffres de mortalité. Nous n'avons pas encore accès aux résultats de tests individuels. Mais si le gouvernement De Croo souhaite réduire l'écart de la santé, cette information doit être rapidement disponible afin de mieux étayer les décisions politiques. C'est une résolution explicite de l'accord gouvernemental. S'il y a effectivement plus de datas disponible pour la recherche, on ne peut pas seulement dessiner une politique efficace pour réduire l'inégalité salariale et la mortalité, mais nous pourrons également mieux combattre et comprendre la pandémie."