En Belgique, environ 2 personnes sur 3 déclarent avoir joué à un jeu d'argent ou de hasard ces 12 derniers mois, selon le site joueurs.aide-en-ligne.be. Ce business profitable tourne à plein régime, spécialement lors de gros évènements sportifs comme l'Euro 2020. Ce phénomène peut aller du simple loisir ponctuel à une addiction difficile à gérer. Même dans un pays comme la Belgique où la loi et les institutions préviennent ces débordements, certaines personnes tombent quand même dans l'obsessionnel.

Qui sont les joueurs ?

Selon la Commission de jeux de hasard (CJH), en 2020 le nombre de joueurs par jour s'élevait en moyenne à 113 000 joueurs, cette année au début du mois d'avril le nombre de joueurs par jour a augmenté de 20 000. Depuis le début de l'Euro, la commission observe une moyenne de 236 000 joueurs par jour, qui peut même parfois aller jusqu'à 283 000. Ce chiffre tend à augmenter de manière ponctuelle lors des grands évènements sportifs, et de manière plus graduelle avec l'avancement de la compétition. D'après Magali Clavie, présidente de la commission "cela reflète une tendance où le jeu en ligne a pris un essor considérable ces dernières années".

En effet en 2018 le jeu en ligne représentait environ 60 000 joueurs par jour, chiffre qui a doublé entre temps. Mais à quoi est dû cette augmentation ? Tout d'abord internet rend ces jeux plus accessibles, on peut y accéder à tout moment de son smartphone dès lors que l'on a accès à une connexion. De plus, il y a une multiplicité et une diversité de l'offre. "L'offre est attractive et est à la mode chez les jeunes ", confirme la présidente de la commission des jeux de hasard. Si on a l'image du bar PMU rempli d'hommes d'âge mûr, aujourd'hui le jeu en ligne attire un autre type de personnes.

Selon Magali Clavie, "dans les casinos, la moyenne d'âge est plutôt de 45-50 ans, tandis que les paris en ligne, c'est bien un tiers des joueurs qui sont des jeunes de 20-30 ans". Les jeux d'argent en ligne et les paris sportifs sont devenus branchés, particulièrement chez les jeunes hommes qui représentent la grande majorité des joueurs. La présidente de la commission constate une constante sur les dernières années années "ça reste assez masculin, 1/5e des joueurs sont des joueuses, et c'est constant sur les 3 dernières années". Cependant ces jeux, qui attirent de plus en plus de monde, peuvent tourner au cauchemar pour certains lorsque l'activité passe du loisir à l'addiction.

Une addiction taboue

Selon le site joueurs.aide-en-ligne.be, il y a 10 indices de jeu problématique à partir desquels se référer pour savoir si un jeu est sain ou obsessionnel. Parmi ceux-ci, "l'incapacité de diminuer ou d'arrêter le jeu", "le manque", "le mensonge", "les fraudes" ou encore "le recours aux autres afin d'éviter une catastrophe financière".

Déjà en 2017, 5 % des joueurs belges qui étaient accros aux jeux d'argent. En 2018, une enquête de santé de l'institut de recherche Sciensano sur les pratiques de jeux de hasard et d'argent dévoilait que "les risques de dépendance sont plus communs chez les adultes de moins de 45 ans que chez leurs aînés, et cela concerne plus particulièrement le groupe des 25-34 ans où globalement 1,7% est considéré à risque avec 0,8% à risque élevé.". Même si les risques de dépendance sont d'après l'enquête assez faible en général (0.9%), les plus jeunes étant de plus en plus attirés par ces jeux, ils sont aussi les plus vulnérables. Ce sont les 25-34 ans qui jouent le plus suivis de près par les 35-44 ans. Si l'addiction ne semble pas être une grande préoccupation, elle existe bel et bien.

Pour Philippe Godin, professeur eu psychologie du sport à l'Université de Louvain, il y a un vrai tabou social autour de ce problème , "il y a un omerta par ce que ça concerne l'argent". Cette peur de se faire juger peut empêcher les personnes qui en souffrent de s'ouvrir à des proches ou des professionnels de la santé. Philippe Godin remarque que c'est souvent lorsque le problème prend trop de place qu'un proche de la personne dépendante va le remarquer et en parler, "cela passe souvent par l'argent, on voit qu'il y a des problèmes avec la banque, des impayés, qu'il emprunte souvent de l'argent, etc.". Le professeur insiste aussi sur le fait qu'une addiction est souvent liée à une autre et qu'il faut veiller à bien toutes les traiter. Comme solution ? Il recommande d'en parler "à un praticien dûment formé".

La réglementation belge bien cadrée

Depuis la loi du 19 avril 2002 relative à la rationalisation du fonctionnement et de la gestion de la Loterie Nationale, le jeu de hasard est un service public en Belgique. De plus, les arrêtés royaux du 15 juillet 2011 autorisent les Belges de pratiquer légalement les jeux d'argent en ligne. Cela permet une régularisation de ces jeux, ainsi, la Belgique bénéfice d'un paysage législatif clair et les jeux de casino sont autorisés aussi bien dans les casinos physiques qu'en ligne. Ce cadre sécurisé attire d'autres joueurs européens. La loi reconnaît donc les cartes à gratter, les jeux de tirage organisés par la Loterrie Nationale, les jeux de casino, le poker, et les paris sportifs comme jeux d'argent légaux. La CJH a aussi mis en place des dispositifs pour que les consommateurs de jeux puissent profiter de leur loisir le plus sainement possible. Tout d'abord, la campagne Always Play Legally a pour but de justement lutter contre les jeux illégaux. Mise en place le du 26 avril au 11 juin, elle informe les joueurs pour qu'ils évitent les plateformes de jeu illégales et s'accompagne d'un logo certifiant qui ne peut être utilisé "que par les opérateurs légaux ayant reçu l'autorisation écrite de la CJH". La campagne de prévention "Arrêtez-vous à temps" lutte également contre l'addiction.

Finalement, cet Euro 2020 s'annonce bénéfique pour les jeux en ligne, Magali Clavie confirme : "la plupart des joueurs qui jouent pendant l'Euro ne restent pas. Il y a un doublement de joueurs, mais ça ne veut pas dire qu'on va les garder. Certains vont partir en vacances et oublier. Mais c'est vrai qu'on en garde toujours un peu."

Angèle Bilégué.

En Belgique, environ 2 personnes sur 3 déclarent avoir joué à un jeu d'argent ou de hasard ces 12 derniers mois, selon le site joueurs.aide-en-ligne.be. Ce business profitable tourne à plein régime, spécialement lors de gros évènements sportifs comme l'Euro 2020. Ce phénomène peut aller du simple loisir ponctuel à une addiction difficile à gérer. Même dans un pays comme la Belgique où la loi et les institutions préviennent ces débordements, certaines personnes tombent quand même dans l'obsessionnel.Qui sont les joueurs ? Selon la Commission de jeux de hasard (CJH), en 2020 le nombre de joueurs par jour s'élevait en moyenne à 113 000 joueurs, cette année au début du mois d'avril le nombre de joueurs par jour a augmenté de 20 000. Depuis le début de l'Euro, la commission observe une moyenne de 236 000 joueurs par jour, qui peut même parfois aller jusqu'à 283 000. Ce chiffre tend à augmenter de manière ponctuelle lors des grands évènements sportifs, et de manière plus graduelle avec l'avancement de la compétition. D'après Magali Clavie, présidente de la commission "cela reflète une tendance où le jeu en ligne a pris un essor considérable ces dernières années". En effet en 2018 le jeu en ligne représentait environ 60 000 joueurs par jour, chiffre qui a doublé entre temps. Mais à quoi est dû cette augmentation ? Tout d'abord internet rend ces jeux plus accessibles, on peut y accéder à tout moment de son smartphone dès lors que l'on a accès à une connexion. De plus, il y a une multiplicité et une diversité de l'offre. "L'offre est attractive et est à la mode chez les jeunes ", confirme la présidente de la commission des jeux de hasard. Si on a l'image du bar PMU rempli d'hommes d'âge mûr, aujourd'hui le jeu en ligne attire un autre type de personnes.Selon Magali Clavie, "dans les casinos, la moyenne d'âge est plutôt de 45-50 ans, tandis que les paris en ligne, c'est bien un tiers des joueurs qui sont des jeunes de 20-30 ans". Les jeux d'argent en ligne et les paris sportifs sont devenus branchés, particulièrement chez les jeunes hommes qui représentent la grande majorité des joueurs. La présidente de la commission constate une constante sur les dernières années années "ça reste assez masculin, 1/5e des joueurs sont des joueuses, et c'est constant sur les 3 dernières années". Cependant ces jeux, qui attirent de plus en plus de monde, peuvent tourner au cauchemar pour certains lorsque l'activité passe du loisir à l'addiction.Une addiction taboueSelon le site joueurs.aide-en-ligne.be, il y a 10 indices de jeu problématique à partir desquels se référer pour savoir si un jeu est sain ou obsessionnel. Parmi ceux-ci, "l'incapacité de diminuer ou d'arrêter le jeu", "le manque", "le mensonge", "les fraudes" ou encore "le recours aux autres afin d'éviter une catastrophe financière".Déjà en 2017, 5 % des joueurs belges qui étaient accros aux jeux d'argent. En 2018, une enquête de santé de l'institut de recherche Sciensano sur les pratiques de jeux de hasard et d'argent dévoilait que "les risques de dépendance sont plus communs chez les adultes de moins de 45 ans que chez leurs aînés, et cela concerne plus particulièrement le groupe des 25-34 ans où globalement 1,7% est considéré à risque avec 0,8% à risque élevé.". Même si les risques de dépendance sont d'après l'enquête assez faible en général (0.9%), les plus jeunes étant de plus en plus attirés par ces jeux, ils sont aussi les plus vulnérables. Ce sont les 25-34 ans qui jouent le plus suivis de près par les 35-44 ans. Si l'addiction ne semble pas être une grande préoccupation, elle existe bel et bien. Pour Philippe Godin, professeur eu psychologie du sport à l'Université de Louvain, il y a un vrai tabou social autour de ce problème , "il y a un omerta par ce que ça concerne l'argent". Cette peur de se faire juger peut empêcher les personnes qui en souffrent de s'ouvrir à des proches ou des professionnels de la santé. Philippe Godin remarque que c'est souvent lorsque le problème prend trop de place qu'un proche de la personne dépendante va le remarquer et en parler, "cela passe souvent par l'argent, on voit qu'il y a des problèmes avec la banque, des impayés, qu'il emprunte souvent de l'argent, etc.". Le professeur insiste aussi sur le fait qu'une addiction est souvent liée à une autre et qu'il faut veiller à bien toutes les traiter. Comme solution ? Il recommande d'en parler "à un praticien dûment formé".La réglementation belge bien cadréeDepuis la loi du 19 avril 2002 relative à la rationalisation du fonctionnement et de la gestion de la Loterie Nationale, le jeu de hasard est un service public en Belgique. De plus, les arrêtés royaux du 15 juillet 2011 autorisent les Belges de pratiquer légalement les jeux d'argent en ligne. Cela permet une régularisation de ces jeux, ainsi, la Belgique bénéfice d'un paysage législatif clair et les jeux de casino sont autorisés aussi bien dans les casinos physiques qu'en ligne. Ce cadre sécurisé attire d'autres joueurs européens. La loi reconnaît donc les cartes à gratter, les jeux de tirage organisés par la Loterrie Nationale, les jeux de casino, le poker, et les paris sportifs comme jeux d'argent légaux. La CJH a aussi mis en place des dispositifs pour que les consommateurs de jeux puissent profiter de leur loisir le plus sainement possible. Tout d'abord, la campagne Always Play Legally a pour but de justement lutter contre les jeux illégaux. Mise en place le du 26 avril au 11 juin, elle informe les joueurs pour qu'ils évitent les plateformes de jeu illégales et s'accompagne d'un logo certifiant qui ne peut être utilisé "que par les opérateurs légaux ayant reçu l'autorisation écrite de la CJH". La campagne de prévention "Arrêtez-vous à temps" lutte également contre l'addiction.Finalement, cet Euro 2020 s'annonce bénéfique pour les jeux en ligne, Magali Clavie confirme : "la plupart des joueurs qui jouent pendant l'Euro ne restent pas. Il y a un doublement de joueurs, mais ça ne veut pas dire qu'on va les garder. Certains vont partir en vacances et oublier. Mais c'est vrai qu'on en garde toujours un peu."Angèle Bilégué.