La note de départ tant attendue de l'informateur flamand Bart De Wever (N-VA), publiée lundi matin, vise principalement à trouver un compromis. Son parti a immédiatement indiqué qu'il s'agissait d'une "base" pour la formation, c'est-à-dire pas "à prendre ou à laisser". Mais c'est un compromis pour une Flandre qui, le 26 mai, s'est beaucoup déplacée vers la droite, est devenue beaucoup plus critique à l'égard des migrations et cherche plus que jamais sa singularité ou son "identité".

Au vu des résultats et des semaines de tentatives de rapprochement entre Bart De Wever et Tom Van Grieken, la comparaison avec le programme du Vlaams Belang est inévitable. Dans le texte de De Wever, on remarque à la fois l'influence du VB et les différences avec l'extrême droite. Parmi les propositions islamophobes les plus outrancières du VB, aucune ne figure dans la note de départ. Par exemple, le VB proposait d'abolir tous les cours de religion islamique dans l'enseignement officiel. Aussi neutre ou même dur que soit le texte de De Wever envers les religions, il n'en est pas question. Dans le programme électoral du Vlaams Belang, les "supermarchés halal" sont rendus suspects. Il n'y a aucune trace de ce genre d'alarmisme non plus, ni de l'élément de programme VB "stopper l'islamisation". Dans le programme électoral du Vlaams Belang, on retrouve à 54 reprises des variantes du mot islam. Dans la note de Bart De Wever, le mot islam n'apparaît pas.

Les nouveaux arrivants sont traités encore plus comme des citoyens de seconde zone

Cependant, elle comporte une interdiction du port du foulard, même si elle est appelée autrement ("neutralité idéologique"), tant pour les enseignants que pour les élèves de l'enseignement officiel. Et il y a aussi des propositions qui vont très loin dans la direction de l'extrême droite et qui, d'un seul coup, minent l'esprit de communauté et de la sécurité sociale. Le paragraphe le plus inquiétant de la note concerne la protection sociale flamande - le budget des soins que les Flamands peuvent demander en plus de la sécurité sociale fédérale - et les allocations familiales. Désormais, cette protection sociale ne pourra être demandée que par des personnes qui vivent dans le pays depuis cinq ans sans interruption. Pour les allocations familiales, un délai d'attente de six mois s'applique aux nouveaux arrivants. Ce n'est pas vraiment une surprise : tant la N-VA que l'Open VLD ont misé sur la conditionnalité des droits sociaux dans cette campagne. Mais cela reste un point noir dans l'histoire récente de notre sécurité sociale : cette note traite encore plus qu'auparavant les nouveaux arrivants comme des citoyens de seconde zone. Et dès qu'un gouvernement commence à tirer profit des groupes sur base de leurs origines (migratoires), il peut continuer à le faire sans aucun problème.

Les véritables leviers pour mettre en oeuvre une politique migratoire plus stricte ne se situent pas au niveau flamand. Si le ton des passages sur l'intégration civique - qui est une compétence flamande - semble parfois un peu dur, c'est précisément parce qu'un accord de coalition flamand ne peut pas faire avancer l'immigration. Que le "cours d'orientation sociale" soit désormais complété par un examen de citoyenneté : c'est certain. La véritable lutte du " Front de l'Est " de la N-VA, comme Hendrik Bogaert (CD&V) a appelé la ligne Francken, a lieu dans une certaine mesure au niveau fédéral, mais surtout au niveau européen. Lorsqu'il s'agit de migration, les électeurs de la N-VA et du VB s'inquiètent de l'afflux, pas de l'intégration. Une "déclaration de participation flamande" ne résout pas ce problème.

En plus des passages identitaires susmentionnés, les partenaires potentiels de la coalition CD&V et Open VLD peuvent encore beaucoup discuter de l'éducation (formes conservatrices d'éducation et le choix de l'excellence plutôt que l'égalité), des efforts écologiques limités ou des objectifs de pauvreté très modestes. Mais il ne fait guère de doute que les libéraux et les démocrates-chrétiens peuvent rejoindre la coalition flamande sur base de ce texte.

Le fait que Bart De Wever, en dépit de promesses antérieures, ne dirigera pas le gouvernement flamand, mais l'ancien ministre de l'Intérieur Jan Jambon, passera presque comme une lettre à la poste. De Wever lui-même dirait : "À la guerre comme à la guerre". Mais la véritable guerre n'a pas encore commencé, aussi houleux que soit le débat sur le nouveau " musée flamand " ou le canon flamand dans les mois et années à venir. Et cette guerre n'a pas lieu en Flandre, mais en Belgique. Lundi dernier, le président du PS Elio Di Rupo est resté remarquablement calme.