La crise du coronavirus a imposé un confinement historique à la population belge. Pour autant, les voix citoyennes ne se sont pas tues, que du contraire. Deux études du Centre de recherche et d'information socio-politique (Crisp) et de l'UCLouvain démontrent que les interventions de la société civile et les mouvement sociaux ont prospéré durant cette période sans précédent. En trouvant, contraints et forcés, de nouveaux modes d'expressions.
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La crise du coronavirus a imposé un confinement historique à la population belge. Pour autant, les voix citoyennes ne se sont pas tues, que du contraire. Deux études du Centre de recherche et d'information socio-politique (Crisp) et de l'UCLouvain démontrent que les interventions de la société civile et les mouvement sociaux ont prospéré durant cette période sans précédent. En trouvant, contraints et forcés, de nouveaux modes d'expressions.Dans un Courrier hebdomadaire du Crisp, Benjamin Biard, Serge Govaert et Vincent Lefebve étudient ce qu'ils qualifient d'"effervescence intellectuelle" dans la société civile "en vue, d'une part, de répondre aux défis suscités par la pandémie de Covid-19 et, d'autre part, de préparer la période post-crise sanitaire". Pendant la période du confinement strict, du 18 mars au 4 mai 2020, des expressions inédites ont eu lieu dans notre pays. Les chercheurs évoquent deux périodes où cela fut le cas mais de façon moins large - la Question royale (1945-50) et l'affaires Dutroux (années 1990) - pour estimer au fond que seule la Seconde guerre mondiale représente un point de comparaison quand il s'agissait de "préparer la reconstruction du pays qui devait suivre la Libération".Il est remarquable prolongent-il, qu'interviennent "des acteurs très différents, dont certains sont rompus à cet exercice tandis que d'autres n'ont pas l'habitude d'intervenir dans l'espace public". Les débats "touchent à des questions qui, en raison de leur nature même, dépassent bien souvent les frontières et se jouent à l'échelle globale. Tout cela reflète "l'intensité de la vie sociale et associative en Belgique au-delà des partis politiques et des organes qui y sont affiliés".Les thèmes sont légion, analysés dans ce Courrier hebdomadaire de quelque 130 pages. Il y est question du financement des services publics de l'avenir du secteur culturel, de l'enseignement, de inégalités sociales, de l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle, les réponses à apporter à la crise écologique et climatique, la protection des droits fondamentaux ou le renouvellement démocratique. Quel vaste programme que voilà !Constat général ? "Le 'moment corona' est perçu très largement au sein de la société civile comme une opportunité à saisir, non seulement pour faire entendre une série de revendications qui préexistaient à la crise, mais aussi pour procéder à une évaluation renouvelée de celles-ci et, plus généralement, de l'ensemble des normes sociales et juridiques qui encadrent la vie collective."A la crise elle-même s'ajoute une autre mise sous pression du politique "en raison de cette utilisation stratégique de la crise en tant que caisse de résonance pour une série de revendications, voire en tant qu'occasion historique dont il convient de s'emparer pour opérer un changement de paradigme économique et social. Les appels à la formulation d'un nouveau pacte écologique, économique et social sont en effet nombreux".Le Courrier hebdomadaire épingle les très nombreuses initiatives qui ont vu le jour durant ces trois mois dantesques. Dans tous les domaines, les auteurs recensent des collectifs qui se sont créés, de mobilisations créatives, des prises de position multiples ou de nombreuses cartes blanches publiés dans les journaux, dont Le Vif/L'Express. Il reste à voir ce qui en découlera. Conclusion des auteurs: "Dans quelle mesure la fenêtre d'opportunité perçue peut-elle véritablement conduire à l'adoption de politiques publiques en phase avec les positions défendues par les citoyens mobilisés ? Ces initiatives peuvent-elles, a minima, constituer un moyen pertinent pour maintenir un enjeu et des revendications au coeur de l'agenda politico-médiatique pendant le confinement et après celui-ci ? Ces questions restent ouvertes."Le nouveau gouvernement fédéral, s'il voit le jour, écoutera-t-il le fruit de ce bouillonnement citoyen ? Les différents niveaux de pouvoir s'entendront-ils sur un nouveau pacte susceptible de reconstruire le monde d'après l'épidémie en écoutant ces nombreuses interventions ? Ce sera, aussi, un des enjeux des prochains moins.Dans un texte scientifique, le sociologue de l'UCLouvain Geoffrey Pleyers ne dit pas autre chose: après les grandes mobilisations sociales de 2019, cette année n'est pas en reste. "Entre mars et mai 2020, les mesures de confinement ont mis fin aux protestations de masse pour la démocratie, et la diffusion du coronavirus est devenu le seul point de focalisation politique et médiatique. Loin de disparaître, les mouvements sociaux se sont adaptés à ces circonstances inattendues et ont été particulièrement actifs durant cette période pleine de défis."L'article du sociologue se focalise aussi sur le combat qui a eu lieu pour déterminer le sens de cette crise. "Tandis que des mouvements et intellectuels progressistes considèrent que la pandémie de Covid-19 ouvrent des opportunités pour construire un monde plus juste, ils doivent faire face à des acteurs étatiques réactionnaires et capitalistes." Voilà qui augure, dans le monde, de nombreux bras de fer ces prochains mois.