Les mendiants sont énervants. Ils ne font rien de leur journée, ils divaguent régulièrement et nous ennuient quand on fait du shopping. À Anvers, on privilégie la méthode forte : cette année, 18 mendiants se sont vus interdire certaines zones. Et dans les zones touristiques ou les centres commerciaux, la mendicité est interdite. "Ce genre de mendicité est pratiquement toujours organisé par des bandes de l'Europe de l'Est", a déclaré la municipalité la semaine dernière. À Gand, il n'y a pas encore de zones interdites de mendicité, mais on y inflige des SAC (Sanction Administrative Communale). Et à Bruges la mendicité est interdite dans toute la ville.
...

Les mendiants sont énervants. Ils ne font rien de leur journée, ils divaguent régulièrement et nous ennuient quand on fait du shopping. À Anvers, on privilégie la méthode forte : cette année, 18 mendiants se sont vus interdire certaines zones. Et dans les zones touristiques ou les centres commerciaux, la mendicité est interdite. "Ce genre de mendicité est pratiquement toujours organisé par des bandes de l'Europe de l'Est", a déclaré la municipalité la semaine dernière. À Gand, il n'y a pas encore de zones interdites de mendicité, mais on y inflige des SAC (Sanction Administrative Communale). Et à Bruges la mendicité est interdite dans toute la ville. Le monde est mieux loti sans mendiants. Faisons en sorte que plus personne ne doive le devenir. Les SAC et les interdictions de mendier dans certaines zones peuvent y contribuer, mais ne sont qu'un traitement des symptômes. Poursuivez donc ces bandes d'Europe de l'Est. Et regardez tous ceux qui vivent dans la rue - il y en a de plus en plus. Prévoyez un filet de sécurité pour les misérables et les malades sans toit, qu'ils mendient ou pas. En Belgique, 10 à 15% de ces personnes vivent dans la pauvreté, les trois quarts souffrent de problèmes psychiques. Les solutions semblent évidentes, mais la pratique emprunte le chemin inverse. La privatisation est le mot d'ordre de ces dernières années. Le centre de SDF anversois "De Vaart" est l'exemple le plus connu : pendant dix-huit ans, le centre a été exploité par le Centre d'action sociale CAW, à présent il passe aux mains de GS4, une multinationale spécialisée en sécurité. Interrogé par le quotidien De Standaard, le président du CPAS Fons Duchateau (N-VA) a admis carrément qu'il ne s'agissait pas nécessairement des coûts - De Vaart coûte 400 000 euros par an, et tant le G4S que le CAW restent sous ce montant. Non, le G4S était plus attrayant parce que "idéologiquement leur proposition correspond davantage à la vision anversoise. L'entreprise mise plus sur les départs et l'autonomie."Pour le travail de proximité, l'aide aux toxicomanes ou la prévention de violences intrafamiliales, l'administration de la ville souhaite faire solliciter lesdits "professionnels" pour leur propre job, en concurrence avec des entreprises privées telles que G4S ou Sodexo. Vous connaissez cette dernière entreprise grâce aux titres services ou des restaurants d'entreprise, mais à Gand elle exploite déjà le Centre de Psychiatrie légale. On rapporte des plaintes de manque de personnel infirmier, de shifts de nuit réduits au minimum et de manque d'expérience.La commercialisation des soins est une tendance internationale. Et politiquement, c'est une tentative pour mettre la société civile classique, qui a peu d'affinités avec la N-VA, hors jeu. En soi, il n'y a pas de mal à ça, tant qu'on la remplace par quelque chose de mieux. La privatisation ne doit pas nécessairement dégénérer dans l'horreur des prisons privées américaines, le gâchis de la 'Big Society' britannique ou la "société de participation néerlandaise". Les départs et l'autonomie dont parle Duchateau s'accompagnent de ce qu'on appelle aujourd'hui la "socialisation des soins". Là aussi, il y a potentiellement un point positif : l'idée, c'est que le tissu social se renforce, de sorte que les citoyens - en pratique souvent de la famille et des amis - reprennent les soins pour les nécessiteux. Cela peut ressembler à un sentiment de nostalgie de la situation d'autrefois, lorsque ce si précieux tissu n'était pas encore réduit à peau de chagrin, car le problème est là : en intensifiant la compétitivité dans de plus en plus de domaines, ce tissu social se délite lentement, mais sûrement. Ou comme l'exprime l'écrivain Michel Houellebecq : c'est l'extension du domaine de la lutte. Tout le monde au boulot, plus durement au boulot, tout le monde plus dur tout court.Du coup, l'état s'est retrouvé confronté à une demande croissante dans le domaine des soins. Mais cet état-là est aussi progressivement démantelé. Il risque de ne plus rien y avoir du tout, et certainement pas pour la sous-classe , les gens qui vivent dans la rue. Les personnes qui s'occupent d'un proche sont déjà au bout de leurs forces. Peut-on les aider ? L'état peut-il encore faire preuve de compassion anonyme ? La compassion offre une plus-value fantastique, c'est de la Pattex pour la société. Et elle est totalement exemptée de TVA.