"Ces dernières années, le quotidien De Standaard est devenu un journal activiste." Dans une interview accordée à la revue de l'Association flamande des journalistes professionnels, VVJ, le chroniqueur et professeur de droit canon à la KUL Rik Torfs s'en est directement pris au journal pour lequel il a longtemps contribué dans la colonne "opinion". Un journal considéré en Flandre comme étant de qualité, mais auquel Rik Torfs reproche d'adopter trop souvent un ton moralisateur et de favoriser des thèmes "à la mode", tels que l'environnement ou la discrimination, dans le but d'influencer la pensée et le mode de vie des lecteurs. Des accusa...

"Ces dernières années, le quotidien De Standaard est devenu un journal activiste." Dans une interview accordée à la revue de l'Association flamande des journalistes professionnels, VVJ, le chroniqueur et professeur de droit canon à la KUL Rik Torfs s'en est directement pris au journal pour lequel il a longtemps contribué dans la colonne "opinion". Un journal considéré en Flandre comme étant de qualité, mais auquel Rik Torfs reproche d'adopter trop souvent un ton moralisateur et de favoriser des thèmes "à la mode", tels que l'environnement ou la discrimination, dans le but d'influencer la pensée et le mode de vie des lecteurs. Des accusations qui ont choqué, mais qui ont aussi contribué à relancer les discussions sur la liberté d'expression au Nord du pays. Un débat ravivé, quelques jours plus tard, par l'affaire Emmanuelle Praet. Si les déclarations de Rik Torfs ont suscité une certaine indignation, la réaction du conseil de direction de la VVJ a, elle, soulevé un véritable tollé. Dans un communiqué diffusé sur son site à la suite de la parution de l'interview, les représentants de l'association ont jugé nécessaire de souligner qu'ils ne partageaient pas les idées du chroniqueur, qu'ils qualifient de populistes et non nuancées. Ils ont, dans la foulée, annoncé qu'une procédure en interne avait été lancée pour éviter que ce genre de situation ne se reproduise. Les critiques n'ont pas tardé: "Imaginez-vous qu'après chaque interview controversée, un rédacteur en chef réagisse de cette façon", s'est notamment indigné le journaliste de Humo Jeroen Denaeghel, "l'actualité se limiterait uniquement à rapporter ce que la communauté trouve acceptable!" Ce contexte, et le lancement, par Theo Francken, du hashtag #JeSoutiensEmmanuellePraet, semblent expliquer l'incroyable réactivité des médias flamands face à l'affaire Emmanuelle Praet. La polémiste, qui s'en était prise aux "gilets jaunes" et à Ecolo lors du débat dominical, C'est pas tous les jours dimanche, le 24 novembre dernier, a été licenciée par RTL pour propos "outranciers". Jusque-là inconnue en Flandre, la chroniqueuse s'est retrouvée à la Une des journaux, radios et télés du Nord du pays, un cas très rare pour un sujet purement francophone. Fait marquant: la totalité des commentateurs et journalistes flamands, de gauche comme de droite, ont condamné la sanction prise par la chaîne privée, estimant, pour certains, qu'il s'agissait d'un mauvais signal, pour d'autres, que RTL avait cédé à la contrainte politique. Une pression que les rédactions flamandes connaissent bien, et contre laquelle elles résistent généralement sans broncher. En Flandre, ces deux affaires qui ont ébranlé le milieu journalistique sont venues consolider le principe selon lequel toutes les opinions doivent pouvoir être exprimées dans les médias. Le journaliste de la VRT Ivan De Vadder constate toutefois qu'il est difficile de trouver au Sud du pays des représentants d'une idéologie plus conservatrice. "Un problème", selon lui, pour des médias francophones déjà "très sévères envers les discours de droite".