Question d'un lecteur : On se rend bien compte qu'un vaccin n'est pas pour tout de suite. Il faudrait donc tester et libérer ceux qui seraient négatif au test. Est-il possible de tester toute la population ? En a-t-on les moyens (les produits et outils nécessaires)? Comment faire retourner les enseignants, à l'école, sans tester les profs voire les élèves : tester, à l'entrée de l'école ? Tester à l'entrée des usines ? ....

Réponse de Jean Ruelle, virologue, chercheur à l'Institut de recherche expérimentale et clinique de l'UCLouvain

Tester l'ensemble de la population dans un délai court n'est pas réaliste.

D'autre part, concernant les tests, il faut préciser de quoi on parle. Certains tests sont dédiés à la recherche d'anticorps, signe d'une immunité, dont la durée et l'efficacité à long terme ne sont pas encore connues. Prochainement, nous aurons la capacité de tester beaucoup de sérologies - c'est-à-dire rechercher des anticorps - mais ces tests sont encore en train d'être validés ou mis en place dans les laboratoires. Par ailleurs, même si le nombre de personnes contaminées et potentiellement immunisées n'est pas documenté à ce jour, il représente une minorité de la population : remettre au travail les seuls personnes positives (ayant des anticorps) n'aiderait pas à la reprise complète des activités. Ce sont les positifs à la recherche du virus (en PCR, c'est-à-dire en phase de réplication du virus et de contagion potentielle), qui doivent être isolés.

Pour faire retourner les enfants et les enseignant·es à l'école, ou les employé·es dans les entreprises, il faut s'assurer que le risque de contamination est minimal. Il faudra donc tester systématiquement tous les cas positifs et leurs contacts réguliers - cela pourrait être toute une classe si un enfant est malade - et les isoler. La levée du confinement est une gestion de risque, risque qui ne peut être pris que s'il est minimal : le risque restera présent, mais minimisé. Il peut impliquer des protections supplémentaires générales (hygiène, distance, décontaminations) ou personnelles (masques) pour accompagner la reprise.

D'autres outils que le dépistage systématique peuvent nous apprendre beaucoup sur les endroits où circulent les virus : grâce à une analyse génétique du virus, des laboratoires spécialisés peuvent comparer les séquences des virus et établir une filiation (phylogénie); en croisant ces données génétiques avec la localisation du prélèvement nous pouvons identifier des foyers de transmission et focaliser les fermetures ou isolements sur ces foyers. Plusieurs laboratoires ou universités en Belgique travaillent sur cette thématique, dont l'UCLouvain. D'autres moyens technologiques, comme des applications smartphone permettant de localiser les cas, vont dans le même sens pour distinguer les foyers épidémiques. Toutefois, ceux-ci n'apportent pas les données scientifiques liées à l'évolution des virus.

Réponse de Jean Macq, spécialiste des systèmes de soins de santé, chercheur à l'Institut de recherches santé et société de l'UCLouvain

Tester toute la population n'a pas de sens.

Il existe une loi en épidémiologie qui dit que, lorsque vous voulez utiliser un test diagnostic, moins il y a de malades au sein de la population testée, plus la qualité du test a tendance à diminuer. Le grand risque en testant trop de personnes est d'arriver à des faux positifs, c'est-à-dire désigner comme malades des personnes qui ne le sont pas. Il semble en outre que le test actuel ne permette pas de discriminer à 100% les malades et les non-malades. Or mener ce genre de test imparfait dans des populations où il y a peu de malades risque d'augmenter le nombre de personnes qui ne sont pas malades. C'est une caractéristique statistique.

Cela n'aurait donc pas beaucoup de sens de tester monsieur et madame Tout le monde. D'autant plus que quelqu'un de négatif aujourd'hui peut ne plus l'être demain.

Question d'un lecteur : On se rend bien compte qu'un vaccin n'est pas pour tout de suite. Il faudrait donc tester et libérer ceux qui seraient négatif au test. Est-il possible de tester toute la population ? En a-t-on les moyens (les produits et outils nécessaires)? Comment faire retourner les enseignants, à l'école, sans tester les profs voire les élèves : tester, à l'entrée de l'école ? Tester à l'entrée des usines ? ....Réponse de Jean Ruelle, virologue, chercheur à l'Institut de recherche expérimentale et clinique de l'UCLouvainTester l'ensemble de la population dans un délai court n'est pas réaliste. D'autre part, concernant les tests, il faut préciser de quoi on parle. Certains tests sont dédiés à la recherche d'anticorps, signe d'une immunité, dont la durée et l'efficacité à long terme ne sont pas encore connues. Prochainement, nous aurons la capacité de tester beaucoup de sérologies - c'est-à-dire rechercher des anticorps - mais ces tests sont encore en train d'être validés ou mis en place dans les laboratoires. Par ailleurs, même si le nombre de personnes contaminées et potentiellement immunisées n'est pas documenté à ce jour, il représente une minorité de la population : remettre au travail les seuls personnes positives (ayant des anticorps) n'aiderait pas à la reprise complète des activités. Ce sont les positifs à la recherche du virus (en PCR, c'est-à-dire en phase de réplication du virus et de contagion potentielle), qui doivent être isolés.Pour faire retourner les enfants et les enseignant·es à l'école, ou les employé·es dans les entreprises, il faut s'assurer que le risque de contamination est minimal. Il faudra donc tester systématiquement tous les cas positifs et leurs contacts réguliers - cela pourrait être toute une classe si un enfant est malade - et les isoler. La levée du confinement est une gestion de risque, risque qui ne peut être pris que s'il est minimal : le risque restera présent, mais minimisé. Il peut impliquer des protections supplémentaires générales (hygiène, distance, décontaminations) ou personnelles (masques) pour accompagner la reprise.D'autres outils que le dépistage systématique peuvent nous apprendre beaucoup sur les endroits où circulent les virus : grâce à une analyse génétique du virus, des laboratoires spécialisés peuvent comparer les séquences des virus et établir une filiation (phylogénie); en croisant ces données génétiques avec la localisation du prélèvement nous pouvons identifier des foyers de transmission et focaliser les fermetures ou isolements sur ces foyers. Plusieurs laboratoires ou universités en Belgique travaillent sur cette thématique, dont l'UCLouvain. D'autres moyens technologiques, comme des applications smartphone permettant de localiser les cas, vont dans le même sens pour distinguer les foyers épidémiques. Toutefois, ceux-ci n'apportent pas les données scientifiques liées à l'évolution des virus.Réponse de Jean Macq, spécialiste des systèmes de soins de santé, chercheur à l'Institut de recherches santé et société de l'UCLouvainTester toute la population n'a pas de sens.Il existe une loi en épidémiologie qui dit que, lorsque vous voulez utiliser un test diagnostic, moins il y a de malades au sein de la population testée, plus la qualité du test a tendance à diminuer. Le grand risque en testant trop de personnes est d'arriver à des faux positifs, c'est-à-dire désigner comme malades des personnes qui ne le sont pas. Il semble en outre que le test actuel ne permette pas de discriminer à 100% les malades et les non-malades. Or mener ce genre de test imparfait dans des populations où il y a peu de malades risque d'augmenter le nombre de personnes qui ne sont pas malades. C'est une caractéristique statistique. Cela n'aurait donc pas beaucoup de sens de tester monsieur et madame Tout le monde. D'autant plus que quelqu'un de négatif aujourd'hui peut ne plus l'être demain.