Question d'un lecteur: "Si l'on pouvait changer le monde d'après, comment générer plus de dynamique de solidarité au niveau local?"

Réponse de Philippe De Leener, professeur à l'école des Sciences politiques et sociales de l'UCLouvain

Lors de la crise sanitaire, de nombreuses initiatives solidaires ont vu le jour, notamment à un niveau local, comme l'aide à des voisins âgés concernant leurs courses alimentaires ou la confection de masques buccaux pour sa commune par exemple. Pérenniser cet élan solidaire local dans le "monde d'après", c'est possible, mais à plusieurs conditions.

Réciprocité

D'emblée, il est nécessaire de concevoir cette solidarité de façon réciproque. La solidarité se comprend alors comme la rencontre du "donner" et du "recevoir". À défaut, elle s'enferme rapidement dans des enclaves de générosité privative. Aussi, il importe d'identifier les besoins sociaux concrets du quotidien autour desquels des réflexes de solidarité réciproque peuvent s'établir de façon structurelle. Car la solidarité se creuse dans de l'action et dans des gestes concrets. Par exemple, certains cèderont ou donneront accès à leur jardin pour des activités maraîchères animées par des voisins, d'autres mettront en partage leurs équipements ou leur savoir-faire. La réciprocité engage la mise en circulation des ressources, notamment les compétences, mais aussi les risques.

Un projet politique

Une culture ou "routine"" de la réciprocité redistributive peut ainsi être forgée par les individus. Encore ces initiatives (inter)individuelles doivent-elles être déployées dans une perspective collective pour être adoptées par le corps social auquel les individus donnent vie et consistance. Un patrimoine de réflexes de réciprocité doit être construit. C'est là que le politique entre en jeu. Comment ? En consacrant la réciprocité comme principe organisateur des décisions, des conceptions et des visées. C'est le cas dans les coopératives qui reposent sur la redistribution concertée des richesses et capacités ainsi créées. C'est le cas aussi lorsqu'on crée des communs (des espaces ou des biens qui ne sont pas, ou plus, appropriables exclusivement).

Enfin, une question décisive ne doit pas être oubliée : qu'est-ce qui, dès aujourd'hui, nous empêche d'être solidaires et de pratiquer la réciprocité? Sans réponse à cette question, on ne peut construire d'alternatives sur des bases solides.

Question d'un lecteur: "Si l'on pouvait changer le monde d'après, comment générer plus de dynamique de solidarité au niveau local?"Réponse de Philippe De Leener, professeur à l'école des Sciences politiques et sociales de l'UCLouvainLors de la crise sanitaire, de nombreuses initiatives solidaires ont vu le jour, notamment à un niveau local, comme l'aide à des voisins âgés concernant leurs courses alimentaires ou la confection de masques buccaux pour sa commune par exemple. Pérenniser cet élan solidaire local dans le "monde d'après", c'est possible, mais à plusieurs conditions.RéciprocitéD'emblée, il est nécessaire de concevoir cette solidarité de façon réciproque. La solidarité se comprend alors comme la rencontre du "donner" et du "recevoir". À défaut, elle s'enferme rapidement dans des enclaves de générosité privative. Aussi, il importe d'identifier les besoins sociaux concrets du quotidien autour desquels des réflexes de solidarité réciproque peuvent s'établir de façon structurelle. Car la solidarité se creuse dans de l'action et dans des gestes concrets. Par exemple, certains cèderont ou donneront accès à leur jardin pour des activités maraîchères animées par des voisins, d'autres mettront en partage leurs équipements ou leur savoir-faire. La réciprocité engage la mise en circulation des ressources, notamment les compétences, mais aussi les risques.Un projet politiqueUne culture ou "routine"" de la réciprocité redistributive peut ainsi être forgée par les individus. Encore ces initiatives (inter)individuelles doivent-elles être déployées dans une perspective collective pour être adoptées par le corps social auquel les individus donnent vie et consistance. Un patrimoine de réflexes de réciprocité doit être construit. C'est là que le politique entre en jeu. Comment ? En consacrant la réciprocité comme principe organisateur des décisions, des conceptions et des visées. C'est le cas dans les coopératives qui reposent sur la redistribution concertée des richesses et capacités ainsi créées. C'est le cas aussi lorsqu'on crée des communs (des espaces ou des biens qui ne sont pas, ou plus, appropriables exclusivement).Enfin, une question décisive ne doit pas être oubliée : qu'est-ce qui, dès aujourd'hui, nous empêche d'être solidaires et de pratiquer la réciprocité? Sans réponse à cette question, on ne peut construire d'alternatives sur des bases solides.