Question d'un lecteur: "Nous savons que le confinement n'est là que pour lisser sur trois mois le nombre de décès et ne pas encombrer les hôpitaux, mais avec le risque de saper l'économie mondiale. Le système hollandais n'est-il pas plus intéressant, plus de décès très vite mais une économie sauvée. Le pourcentage de morts sur trois mois ou sur un mois sera quasi le même."

Réponse de Sandy Tubeuf, professeure en Economie de la Santé à l'Institut de recherche santé et société (IRSS) et à l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES), UCLouvain, qui mesure les conséquences sanitaires et économiques des choix stratégiques de lutte contre l'épidémie.

Il semble important de clarifier deux éléments dans la question qui est posée ci-dessus. Les Pays-Bas ont mis en place un confinement moins strict que la Belgique mais leur stratégie de confinement inclut la fermeture des écoles, restaurants, cafés, salle de sports et de spectacles et recommande de rester à la maison autant que possible et de télé-travailler. Ainsi l'économie néerlandaise n'est peut-être pas aussi ralentie que l'économie belge, mais elle ne fonctionne pas à plein régime et il est difficile de conclure que les Pays-Bas ne connaitront pas une baisse importante de la croissance. De plus, on n'observe pas une mortalité plus rapide au Pays-Bas (au 15/04, on compte 3,134 morts contre 4,440 en Belgique). Ainsi si l'on souhaitait réellement comparer les stratégies de lutte contre l'épidémie en terme de vies sauvées ou d'économie épargnée, c'est probablement à la Suède que l'on devrait comparer la Belgique. En effet, la Suède a fait le choix de ne fermer ni les restaurants ni les écoles ou lieux publics et de mettre en place des mesures de distanciation sociale que les citoyens suédois ont intrinsèquement la capacité d'accepter et de respecter.

On ne peut identifier la meilleure stratégie

Néanmoins à l'heure où nous en sommes il y a tant d'éléments incertains sur la progression future de l'épidémie, sur les choix stratégiques de confinement qui seront poursuivis ou les nouveaux choix qui seront faits qu'on ne peut raisonnablement identifier la "meilleure" stratégie. Et par meilleure stratégie, j'entends la stratégie qui aura su éviter autant de morts que possible qu'il s'agisse de morts liées au Covid-19 ou de morts dues au report, au renoncement aux soins ou aux urgences habituelles - et qui aura su limiter les conséquences négatives sur la croissance économique.

Ce n'est hélas qu'à posteriori que l'on pourra mesurer avec certitude les conséquences sanitaires et économiques en utilisant les données observées et en les considérant à plus long terme aussi. Pour le moment, il est vrai que le confinement présente des avantages sur le ralentissement de l'apparition de nouveaux cas et de ce fait, sur la capacité du système de soins à pouvoir y faire face. Cependant il ne permet pas seulement de lisser le nombre de décès sur trois mois.

Oui, cette stratégie permet sans aucun doute de sauver des vies mais elle permet aussi de limiter les conséquences sur l'économie. Si l'on s'appuie en partie sur les enseignements obtenus par des travaux scientifiques sur d'autres épidémies de grande ampleur, il apparait que les épidémies ont eu, de fait, un impact fort sur l'économie avec de 3 à 8% de recul du PIB en moyenne mais les objectifs sanitaires et économiques semblent converger. Dans le cas de la grippe espagnole, Barro et collègues montrent que les villes américaines, qui avaient mis en oeuvre des interventions de confinement les plus rigoureuses et le plus rapidement, sont aussi celles qui ont connu des ralentissements moins importants de leur économie (voir l'article ).

Néanmoins, si le parallèle avec ces épidémies est stimulant il n'est pas possible d'appliquer directement ces résultats à la situation que nous vivons aujourd'hui. Nous ne pouvons prévoir la conjoncture économique future particulièrement parce que la mise en place de stratégies de confinement à l'international tel que nous la vivons actuellement est sans précédent et les mécanismes de contagion et d'immunité sont encore trop inconnus.

Pour aller plus loin

Barro R.J, Ursua, J.F, Weng J. (2020): "The Coronavirus and the Great Influenza Pandemic: Lessons from the "Spanish Flu" for the Coronavirus's Potential Effects on Mortality and Economic Activity", National Bureau of Economic Research, 26866. https://www.nber.org/papers/w26866

Correia S. Luck S., Verner E. (2020) "Pandemics Depress the Economy, Public Health Interventions Do Not: Evidence from the 1918 Flu," Tech. rep., SSRN. http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.356156

Ma C., Rogers J., Zhou S. (2020) "Global economic and financial effects of 21st century pandemics and epidemics". Available at SSRN: https://ssrn.com/abstract=3565646

[ST1]https://libertystreeteconomics.newyorkfed.org/2020/03/fight-the-pandemic-save-the-economy-lessons-from-the-1918-flu.html

Question d'un lecteur: "Nous savons que le confinement n'est là que pour lisser sur trois mois le nombre de décès et ne pas encombrer les hôpitaux, mais avec le risque de saper l'économie mondiale. Le système hollandais n'est-il pas plus intéressant, plus de décès très vite mais une économie sauvée. Le pourcentage de morts sur trois mois ou sur un mois sera quasi le même."Réponse de Sandy Tubeuf, professeure en Economie de la Santé à l'Institut de recherche santé et société (IRSS) et à l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES), UCLouvain, qui mesure les conséquences sanitaires et économiques des choix stratégiques de lutte contre l'épidémie.Il semble important de clarifier deux éléments dans la question qui est posée ci-dessus. Les Pays-Bas ont mis en place un confinement moins strict que la Belgique mais leur stratégie de confinement inclut la fermeture des écoles, restaurants, cafés, salle de sports et de spectacles et recommande de rester à la maison autant que possible et de télé-travailler. Ainsi l'économie néerlandaise n'est peut-être pas aussi ralentie que l'économie belge, mais elle ne fonctionne pas à plein régime et il est difficile de conclure que les Pays-Bas ne connaitront pas une baisse importante de la croissance. De plus, on n'observe pas une mortalité plus rapide au Pays-Bas (au 15/04, on compte 3,134 morts contre 4,440 en Belgique). Ainsi si l'on souhaitait réellement comparer les stratégies de lutte contre l'épidémie en terme de vies sauvées ou d'économie épargnée, c'est probablement à la Suède que l'on devrait comparer la Belgique. En effet, la Suède a fait le choix de ne fermer ni les restaurants ni les écoles ou lieux publics et de mettre en place des mesures de distanciation sociale que les citoyens suédois ont intrinsèquement la capacité d'accepter et de respecter.Néanmoins à l'heure où nous en sommes il y a tant d'éléments incertains sur la progression future de l'épidémie, sur les choix stratégiques de confinement qui seront poursuivis ou les nouveaux choix qui seront faits qu'on ne peut raisonnablement identifier la "meilleure" stratégie. Et par meilleure stratégie, j'entends la stratégie qui aura su éviter autant de morts que possible qu'il s'agisse de morts liées au Covid-19 ou de morts dues au report, au renoncement aux soins ou aux urgences habituelles - et qui aura su limiter les conséquences négatives sur la croissance économique. Ce n'est hélas qu'à posteriori que l'on pourra mesurer avec certitude les conséquences sanitaires et économiques en utilisant les données observées et en les considérant à plus long terme aussi. Pour le moment, il est vrai que le confinement présente des avantages sur le ralentissement de l'apparition de nouveaux cas et de ce fait, sur la capacité du système de soins à pouvoir y faire face. Cependant il ne permet pas seulement de lisser le nombre de décès sur trois mois. Oui, cette stratégie permet sans aucun doute de sauver des vies mais elle permet aussi de limiter les conséquences sur l'économie. Si l'on s'appuie en partie sur les enseignements obtenus par des travaux scientifiques sur d'autres épidémies de grande ampleur, il apparait que les épidémies ont eu, de fait, un impact fort sur l'économie avec de 3 à 8% de recul du PIB en moyenne mais les objectifs sanitaires et économiques semblent converger. Dans le cas de la grippe espagnole, Barro et collègues montrent que les villes américaines, qui avaient mis en oeuvre des interventions de confinement les plus rigoureuses et le plus rapidement, sont aussi celles qui ont connu des ralentissements moins importants de leur économie (voir l'article ). Néanmoins, si le parallèle avec ces épidémies est stimulant il n'est pas possible d'appliquer directement ces résultats à la situation que nous vivons aujourd'hui. Nous ne pouvons prévoir la conjoncture économique future particulièrement parce que la mise en place de stratégies de confinement à l'international tel que nous la vivons actuellement est sans précédent et les mécanismes de contagion et d'immunité sont encore trop inconnus. Barro R.J, Ursua, J.F, Weng J. (2020): "The Coronavirus and the Great Influenza Pandemic: Lessons from the "Spanish Flu" for the Coronavirus's Potential Effects on Mortality and Economic Activity", National Bureau of Economic Research, 26866. https://www.nber.org/papers/w26866 Correia S. Luck S., Verner E. (2020) "Pandemics Depress the Economy, Public Health Interventions Do Not: Evidence from the 1918 Flu," Tech. rep., SSRN. http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.356156Ma C., Rogers J., Zhou S. (2020) "Global economic and financial effects of 21st century pandemics and epidemics". Available at SSRN: https://ssrn.com/abstract=3565646[ST1]https://libertystreeteconomics.newyorkfed.org/2020/03/fight-the-pandemic-save-the-economy-lessons-from-the-1918-flu.html