Question d'un lecteur: "Si l'on pouvait changer le monde d'après, comment motiver ou obliger les grosses fortunes à contribuer davantage?"

Réponse de Marcel Gérard, professeur émérite de la Louvain School of Management de l'UCLouvain

Quelle bonne question ! La réponse qui vient de suite à l'esprit est toute simple: en maniant la carotte et le bâton. Essayons. Puis nous verrons que ce n'est pas si simple que cela: le riche n'est pas naïf, mais sans doute un brin vaniteux. Ou alors blindé secret...

La crise que nous vivons actuellement coute cher et coûtera encore. Des économistes français, sur le blog de l'Association Française de Science économique, ont estimé il y a quelques semaines le coût du confinement en points de PIB. Pour eux, la chute du PIB est estimée à 3% annuel par mois de confinement. Comme ce calcul date du tout début de la crise, ils la sous-estiment sans doute, et notamment en sous-évaluent les coûts psychologiques. En Belgique, pour le Bureau Fédéral du Plan "La récession profonde de 2020 sera suivie d'une reprise économique. Mais cette reprise ne suffira sans doute pas à récupérer, à un horizon de cinq ans, le niveau d'activité économique qui aurait été possible sans la pandémie. Si ce scénario se confirme, il aura des conséquences sur l'emploi et le chômage. Les finances publiques, déjà fragiles sans cette crise, en sortiront encore davantage fragilisées."

Appauvrissement multiforme

Les économistes français mettent en évidence plusieurs formes de coûts. Un choc négatif sur la demande intérieure : des ateliers et des usines, peu sollicités, mettent au chômage, total ou partiel, de nombreux travailleurs. Même si la sécurité sociale offre un filet de protection, de la valeur ajoutée n'est pas créée : le coût d'une non-production doit être supporté par la collectivité nationale. Des touristes étrangers, notamment asiatiques, habituellement présents en abondance, commencent à manquer à l'appel, rendant excessives nos capacités Horeca. Ce dernier choc, un choc d'offre, est vu comme déstabilisateur : il créée ou attise de l'incertitude et du risque pour nos concitoyens exposés à une contraction de l'activité économique. Pour les économistes français, "la crise fait peser un risque très significatif sur la santé des populations en raison de ses conséquences sur le marché du travail".

On se trouve ici devant un phénomène de dévalorisation du capital humain de notre pays. Il y a donc bien un coût, un appauvrissement collectif et multiforme, qui appelle à maintenir le pouvoir d'achat et à investir dans l'innovation et le renouvellement de nos capacités. Utilisons notre savoir et notre savoir-faire à plus que compenser la destruction d'actifs que nous subissons.

Citoyen de partout

Le riche a un capital spécifique mobilisable pour ce projet : son réseau de relations, son carnet d'adresses. Il est citoyen de partout plutôt que prisonnier de quelque part. Sa mobilité est sa force et il peut la mettre au service du bien commun... ou de son seul intérêt privé. Mais ce riche existe-t-il ? Certes des noms nous viennent à la bouche - quelques hommes d'affaires, capitaines d'industrie, magnats du luxe, ou génies de l'informatique. Ils pourraient relever le défi de faire d'un village qui leur est cher, ou d'une région qui leur doit son niveau de bien-être, une vitrine de leur accomplissement personnel ou social.

Le riche de la réalité est sans doute davantage rationnel, il n'est pas naïf, et s'il s'offre occasionnellement la réalisation d'un rêve, c'est pour satisfaire sa vanité et montrer qu'il le peut. Ce riche-là va s'efforcer de faire croître son patrimoine dans le respect le plus strict des lois. Et de profiter de leurs défauts, voire de les susciter. Il va aussi jouer de son avantage le plus utile : sa mobilité dans l'espace des activités, des placements, des investissements, des accords fiscaux internationaux... Vis-à-vis de ce riche-là la carotte ne suffit pas, elle doit être pilotée par le bâton.

Question d'un lecteur: "Si l'on pouvait changer le monde d'après, comment motiver ou obliger les grosses fortunes à contribuer davantage?"Réponse de Marcel Gérard, professeur émérite de la Louvain School of Management de l'UCLouvainQuelle bonne question ! La réponse qui vient de suite à l'esprit est toute simple: en maniant la carotte et le bâton. Essayons. Puis nous verrons que ce n'est pas si simple que cela: le riche n'est pas naïf, mais sans doute un brin vaniteux. Ou alors blindé secret...La crise que nous vivons actuellement coute cher et coûtera encore. Des économistes français, sur le blog de l'Association Française de Science économique, ont estimé il y a quelques semaines le coût du confinement en points de PIB. Pour eux, la chute du PIB est estimée à 3% annuel par mois de confinement. Comme ce calcul date du tout début de la crise, ils la sous-estiment sans doute, et notamment en sous-évaluent les coûts psychologiques. En Belgique, pour le Bureau Fédéral du Plan "La récession profonde de 2020 sera suivie d'une reprise économique. Mais cette reprise ne suffira sans doute pas à récupérer, à un horizon de cinq ans, le niveau d'activité économique qui aurait été possible sans la pandémie. Si ce scénario se confirme, il aura des conséquences sur l'emploi et le chômage. Les finances publiques, déjà fragiles sans cette crise, en sortiront encore davantage fragilisées." Appauvrissement multiformeLes économistes français mettent en évidence plusieurs formes de coûts. Un choc négatif sur la demande intérieure : des ateliers et des usines, peu sollicités, mettent au chômage, total ou partiel, de nombreux travailleurs. Même si la sécurité sociale offre un filet de protection, de la valeur ajoutée n'est pas créée : le coût d'une non-production doit être supporté par la collectivité nationale. Des touristes étrangers, notamment asiatiques, habituellement présents en abondance, commencent à manquer à l'appel, rendant excessives nos capacités Horeca. Ce dernier choc, un choc d'offre, est vu comme déstabilisateur : il créée ou attise de l'incertitude et du risque pour nos concitoyens exposés à une contraction de l'activité économique. Pour les économistes français, "la crise fait peser un risque très significatif sur la santé des populations en raison de ses conséquences sur le marché du travail". On se trouve ici devant un phénomène de dévalorisation du capital humain de notre pays. Il y a donc bien un coût, un appauvrissement collectif et multiforme, qui appelle à maintenir le pouvoir d'achat et à investir dans l'innovation et le renouvellement de nos capacités. Utilisons notre savoir et notre savoir-faire à plus que compenser la destruction d'actifs que nous subissons. Citoyen de partoutLe riche a un capital spécifique mobilisable pour ce projet : son réseau de relations, son carnet d'adresses. Il est citoyen de partout plutôt que prisonnier de quelque part. Sa mobilité est sa force et il peut la mettre au service du bien commun... ou de son seul intérêt privé. Mais ce riche existe-t-il ? Certes des noms nous viennent à la bouche - quelques hommes d'affaires, capitaines d'industrie, magnats du luxe, ou génies de l'informatique. Ils pourraient relever le défi de faire d'un village qui leur est cher, ou d'une région qui leur doit son niveau de bien-être, une vitrine de leur accomplissement personnel ou social. Le riche de la réalité est sans doute davantage rationnel, il n'est pas naïf, et s'il s'offre occasionnellement la réalisation d'un rêve, c'est pour satisfaire sa vanité et montrer qu'il le peut. Ce riche-là va s'efforcer de faire croître son patrimoine dans le respect le plus strict des lois. Et de profiter de leurs défauts, voire de les susciter. Il va aussi jouer de son avantage le plus utile : sa mobilité dans l'espace des activités, des placements, des investissements, des accords fiscaux internationaux... Vis-à-vis de ce riche-là la carotte ne suffit pas, elle doit être pilotée par le bâton.