Les tensions entre libéraux et socialistes s'expliquent par des incompatibilités personnelles et idéologiques, mais aussi et surtout par leur match au sommet pour la place de numéro un en Belgique francophone. Désormais, elles s'enracinent dans un contexte différent : les deux partis gouvernent ensemble à tous les niveaux de pouvoir (sauf Bruxelles), mais se trouvent 'challengés' par Ecolo et le PTB qui font désormais jeu égal dans les sondages. Lors de la dernière livraison du baromètre Le Soir/Ipsos/RTL en début de semaine, il était frappant de constater que les quatre partis sont pratiquement au coude-à-coude en Wallonie.
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Les tensions entre libéraux et socialistes s'expliquent par des incompatibilités personnelles et idéologiques, mais aussi et surtout par leur match au sommet pour la place de numéro un en Belgique francophone. Désormais, elles s'enracinent dans un contexte différent : les deux partis gouvernent ensemble à tous les niveaux de pouvoir (sauf Bruxelles), mais se trouvent 'challengés' par Ecolo et le PTB qui font désormais jeu égal dans les sondages. Lors de la dernière livraison du baromètre Le Soir/Ipsos/RTL en début de semaine, il était frappant de constater que les quatre partis sont pratiquement au coude-à-coude en Wallonie.Ce morcèlement de plus en plus marqué du paysage francophone suscite de profondes réflexions dans les états-majors libéraux et socialistes, d'autant qu'il s'accompagne d'une évolution similaire anticipée en Flandre. Il faut de plus en plus de formations politiques pour former un gouvernement, ce qui n'est pas une sinécure. Qui plus est, la montée spectaculaire des populismes - Vlaams Belang et PTB- excluent un nombre croissant de voix des solutions possibles pour gouverner. La Vivaldi est un gouvernement appelé à donner un avenir au pays, mais ce n'est pas une coalition du coeur. L'essentiel du combat démocratique se jouera au sein même des partis: c'était l'un des points principaux de l'interview marquante que nous a accordé le président libéral, mardi.Au MR, cette promesse de révolution démocratique pour ouvrir la deuxième séquence de la présidence de Georges-Louis Bouchez ne gomme évidemment pas d'un trait les récentes tensions internes, nées de la gestion du casting ministériel. Elle entend peut-être même inverser la tendance. Mais des ténors du parti envisagent d'anticiper les prochaines présidentielles internes en 2023 révélait hier L'Echo - l'actuel président s'y oppose - et la volonté de changement radical devra composer avec la fragilisation réelle du capitaine. Le Montois ouvre une nouvelle séquence, déterminé, en ayant du temps pour reprendre des contacts avec les militants et la société au sens large, mais son attitude continue à déconcerter - son utilisation intense des réseaux sociaux, notamment - ou à irriter ceux qui n'apprécient pas ses volontés disruptives.Mais au PS aussi, la réflexion est en cours, dans un contexte peut-être plus maîtrisé, mais encore plus inquitant au vu des résultats du sondage dans un contexte "apais" - c'est dire combien la tendance est structurelle. Au bureau de parti, lundi, le sujet a été sur la table, révèle Le Soir, il est vrai qu'un PTB à 18% alors que le PS lui-même se retrouve à peine au-dessus des 20% en Wallonie, cela a de quoi faire frémir, d'autant qu'Ecolo est lui aussi en forme et vole surtout des voix à gauche - pas seulement, le MR doit s'en inquiéter aussi. Ayant avalé son regret de ne pas décrocher le poste de Premier ministre, le président Paul Magnette doit d'urgence s'atteler un chantier idéologique permettant au PS de retrouver des "marqueurs à gauche". Les socialistes ont certes la main sur tous les ministères sociaux au fédéral, mais l'extrême gauche a beau jeu de dénoncer ses renoncements : pas de retour de la pension à 65 ans, imprécisions sur la taxe des grosses fortunes et la pension minimum...Le gouvernement fédéral à peine formé, ses deux principaux partis francophones doivent déjà songer à exister en-dehors de lui. Et à entamer une autre campagne majeure pour tenter de reconquérir les coeurs d'ici 2024, en rajoutant du rêve et de la vision à la gestion, ce qui sera tout sauf simple en période de crise. La menace est connue : en 2024, des partis nettement moins bien intentionnés pourraient bloquer le pays.