"Je me fais rarement l'avocat d'une sollicitation sectorielle, mais j'estime que la revendication des enseignants d'être priorisés dans la vaccination est parfaitement fondée! On ne les remerciera jamais assez pour la poursuite de l'éducation !". Ce n'est pas le responsable d'un syndicat généraliste qui s'exprime la sorte, mais bien... le ministre libéral wallon Jean-Luc Crucke, en charge des Finances et du Budget. Il soutient les récriminations de syndicats enseignants, CGSP en tête, qui s'indignent de ne pas voir les professeurs repris dans la liste des personnes prioritaires à la vaccination parmi les 18-55 ans. Ces derniers menacent tout simplement de faire grève.
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"Je me fais rarement l'avocat d'une sollicitation sectorielle, mais j'estime que la revendication des enseignants d'être priorisés dans la vaccination est parfaitement fondée! On ne les remerciera jamais assez pour la poursuite de l'éducation !". Ce n'est pas le responsable d'un syndicat généraliste qui s'exprime la sorte, mais bien... le ministre libéral wallon Jean-Luc Crucke, en charge des Finances et du Budget. Il soutient les récriminations de syndicats enseignants, CGSP en tête, qui s'indignent de ne pas voir les professeurs repris dans la liste des personnes prioritaires à la vaccination parmi les 18-55 ans. Ces derniers menacent tout simplement de faire grève.Le ministre MR rejoint, entre autres, la voix de l'ancienne ministre francophone de l'Education, Joëlle Milquet (CDH): "En toute objectivité, il me semble vraiment, vu la situation dans les classes, que les enseignants doivent être vaccinés prioritairement au même titre que les policiers et les militaires. Mission essentielle menée dans des conditions de risques évidents! Qui décide? Sur quelles bases?"Frank Vandenbroucke (SP.A), ministre fédéral de la Santé, a justifié la décision de limiter la liste des fonctions prioritaires concernées dans unpremier temps par le vaccin AstraZeneca, que les autorités ont décidé de réserver aux personnes de moins de 55 ans, faute d'essais cliniques suffisants pour les catégories d'âge supérieures. Sont considérés prioritaires: le personnel soignants, les résidents et le personnel d'autres institutions collectives, les personnes souffrant de comorbidités et les policiers en interventions de même que certains militaires. "Il a été explicitement décidé de se limiter à ces fonctions critiques, souligne Frank Vandenbroucke. Cela n'exclut pas que des gouvernements qui le souhaiteraient pourraient encore revenir à un stade ultérieur sur la demande de vacciner également d'autres groupes de façon prioritaire, mais il faut tenir compte du fait que le calendrier de vaccination est déjà plein pour les prochains mois, par la vaccination du personnel soignant, des plus de 65 ans et des personnes qui présentent un risque particulier en raison de leurs comorbidités. La vaccination de ces groupes prendra plusieurs mois." En substance, il n'y a pas assez de doses pour les enseignants, pour l'instant du moins. Un choix purement pragmatique."C'est surprenant, inadmissible, inacceptable...", a pointé lundi dans le Soir Joseph Thonon, président de la CGSP Enseignement, en agitant la menace d'une grève. "Les enseignants ne sont plus considérés comme essentiels", se désolent des responsables syndicaux dans la presse ce mardi, en rappelant toute la pression mise sur eux depuis le début de la pandémie.Le sujet agite les débats dans l'opinion publique. "Le vaccin vaut-il une grève?": c'est la question que posait ce mardi matin Bertrand Henne, dans sa chronique sur la RTBF. "Il y a à peu près 100.000 profs en communauté française. Or la phase 1A, concerne actuellement 120.000 personnes en Wallonie, 40.000 à Bruxelles, souligne-t-il. Il est concrètement impossible d'inclure les profs dans la phase actuelle faute de doses suffisantes. Donc, la nécessité oblige à hiérarchiser. Une grève ne changera pas le timing des livraisons. Elle pourrait en outre avoir des conséquences désastreuses dans la population et renforcer le cliché infondé d'une "profession de privilégiés"."Et l'éditorialiste de prolonger: "Par contre cette menace de grève se comprend comme un vrai appel au politique. Promettre le vaccin aux jeunes, la réouverture de l'horeca le premier mars, des priorités aux profs, en l'état actuel de l'épidémie et des livraisons de vaccin n'est pas raisonnable. Qui sème les faux espoirs, récolte la colère." La relation entre le monde politique - tout comme la société en général, d'ailleurs - et le monde enseignant souffre d'un déficit de confiance, sur fond de déconsidération perçue par le monde enseignant en raison du désinvestissement dans les écoles, depuis les années 1990, et de perte de statut d'autorité de référence.Sans entrer dans le débat relatif aux "enseignants privilégiés", certains font rebondir le débat dans un autre sens: "Je suis entouré de nombreux enseignants et - malheureusement - une majorité semble désespérément vaccino-sceptiques. Encore une fois, est-on certain que les syndicats représentent encore les gens du terrain?" Bien des questions pour un débat bel et bien essentiel - mais tranché par le politique. Au risque de réveiller d'anciennes plaies.