Daech et Trump, même combat. Mêmes symptômes, plutôt. En tout cas, à en juger par les innombrables analyses d'après triomphe du milliardaire américain dans la course à la Maison-Blanche. Qui ressemblent à s'y méprendre aux innombrables analyses d'après attentats islamistes commis en France et en Belgique par des djihadistes français et belges.
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Daech et Trump, même combat. Mêmes symptômes, plutôt. En tout cas, à en juger par les innombrables analyses d'après triomphe du milliardaire américain dans la course à la Maison-Blanche. Qui ressemblent à s'y méprendre aux innombrables analyses d'après attentats islamistes commis en France et en Belgique par des djihadistes français et belges.En substance, on rejoint l'un et on élit l'autre parce qu'on est exclu du modèle de société dans lequel on évolue. Parce qu'on n'y aperçoit plus aucun espoir de réhabilitation, de progression, d'émancipation. On nous a abandonnés. On nous a oubliés. Et on nous humilie, en continuant à vanter ce modèle comme celui de la prospérité. En nous faisant passer pour des ombres, des chiffres dans une marge, des gens de peu d'éducation, de peu de goût, de peu d'intelligence. De peu d'importance. Responsables, presque, en plus, du marasme dans lequel on se débat. Alors, on rejette ce modèle. On le hait. Et on finit par suivre, volontairement, en chantant, coeur vaillant, ceux qui veulent l'abattre pour le remplacer par un autre, plus ancien, sacré, qui brillait par sa grandeur, où tout était plus simple, plus unifié, plus juste. Et donc, ici on tire dans le tas ou on pose des bombes, et là on vote pour tout ce qui apparaît comme une alternative radicale aux autorités traditionnelles et qui nous promet le retour vers un temps meilleur. Ce type d'alternative est en pleine expansion. Par le nombre et le succès. Il déborde des frontières, revêt différentes formes (extrême droite, extrême gauche, mouvement citoyen...) et, façon tsunami, frappe allègrement l'Occident. Les victoires de Trump, du Brexit ou de Syriza, les conquêtes du FN, de 5 Stelle ou de Podemos démontrent qu'une authentique révolution est en cours. Et que, sans antidotes très puissants, et mis au point très rapidement, elle va finir par emporter tout le système actuel de gouvernance politique et économique. Le 24 octobre dernier, le Futuromètre citoyen (RTBF/Le Soir/Aqrate), se basant sur une enquête auprès de 3 500 Belges francophones de 18 ans et plus, assénait encore que 90,9 % des sondés veulent " un changement de système pour sortir de la crise " ; que 82 % se disent " prêts à changer les choses " ; que pour 90 % des femmes, " nous fonçons droit dans le mur et il est urgent de changer nos modes de vie ". Cette révolution en cours n'est donc objectivement pas une surprise. Nous l'écrivons, ici même, sans relâche, depuis des années. En substance à nouveau : " les gens ", les citoyens, les électeurs donc, veulent, la rage au ventre, autre chose ; d'autres figures, d'autres structures, d'autres politiques, d'autres médias ; ils ne font plus confiance à ceux qui détiennent le pouvoir ; ils sont de plus en plus nombreux à vouloir moins de ce qui fait peur, moins de ce qui fait perdre son job ou vous prive d'en décrocher un. L'avertissement est là, depuis longtemps, écrit en lettres gigantesques, avec gyrophares allumés et sirènes hurlantes. Ne pas s'en être rendu compte, ne le découvrir que maintenant, c'est démontrer que les vrais exclus ne sont peut-être pas ceux qu'on croit. Que ce sont ces élites, cet establishment, à chaque scrutin toujours davantage taillés en pièce, qui sont hors champ de la réalité. De quoi renforcer la plausibilité d'une victoire de Marine Le Pen à l'élection présidentielle française au printemps prochain. Avant que tombent d'autres Bastille, ici et là. Jusque chez nous ?