Le gouvernement bruxellois affiche sa volonté sans faille d'améliorer la mobilité dans la capitale et de réduire les nuisances liées à la voiture. Pour y arriver, il doit poursuivre à marche forcée une politique de grands travaux entamée par ses prédécesseurs. Avec l'appui des citoyens, désormais associés à la réflexion. " Une ville fluide, sûre et conviviale, avec plus de solutions intermodales " : c'est ce qu'attendent les Bruxellois, selon Elke Van den Brandt (Groen), la nouvelle ministre régionale de la Mobilité, des Travaux publics et de la Sécurité routière. Un souhait largement exprimé à l'issue de la consultation publique à laquelle a été soumis le plan régional de mobilité Good Move. " Trois participants sur quatre sont disposés à accorder moins d'espace à la voiture, pour autant que ce soit au profit des transports en commun, des pistes cyclables et de trottoirs confortables. "

Porté par l'organisme public régional Bruxelles Mobilité et élaboré en concertation avec tous les acteurs bruxellois concernés, Good Move vise à définir les stratégies à déployer d'ici à 2030 pour améliorer significativement la mobilité dans la capitale, dans le contexte d'urgence climatique qu'on connaît. Approuvé en première lecture par le gouvernement Vervoort en juin dernier, ce plan a été soumis aux Bruxellois, qui ont pu s'exprimer à son sujet du 17 juin au 17 octobre et dont les avis sont en cours d'analyse au parlement ( lire l'encadré ci-contre). Après d'éventuels ajustements, il doit être définitivement validé d'ici à la fin de l'année ou au début 2020, nous a-t-on confirmé au cabinet. " Ensuite, un appel à projets sera lancé en direction des communes et nous tenterons d'en retenir cinq, à exécuter chaque année avec le soutien de la Région. "

Priorités pour la législature

En réalité, Good Move ne viendra que renforcer la politique de grands travaux déjà lancée en Région de Bruxelles-Capitale en vue d'améliorer les déplacements, tout en réduisant l'emprise de la voiture. Une excellente chose, a priori. Sauf que beaucoup d'initiatives ont jusqu'ici été prises dans l'urgence et sans beaucoup de concertation. On songe au piétonnier imposé d'autorité par la Ville de Bruxelles sur les boulevards du centre, à la rénovation de plusieurs tunnels, indispensable tant ils menaçaient la sécurité des usagers, ou encore à la démolition chaotique du viaduc Reyers, entre autres dossiers dont on n'entrevoit pas encore l'issue. Et dont l'impact est majeur sur les riverains et les navetteurs. Car, en matière de chantiers censés rendre la circulation plus fluide et moins polluante, c'est souvent l'effet inverse qui a été constaté, du moins pendant la durée des travaux. Cela ne va d'ailleurs pas s'arrêter de si tôt : beaucoup d'autres sont déjà en vue, les uns à l'état de projet, certains en phase d'exécution, d'autres en attente de permis... ou de financement.

Impossible, à ce stade, d'établir un calendrier précis des travaux envisagés ou programmés dans les cinq ans à venir (soit la législature en cours), à l'horizon 2030, voire au-delà. Une partie d'entre eux sont d'ores et déjà inscrits dans les plans pluriannuels d'investissements définis par le gouvernement avec des acteurs comme la Stib, pour un budget de six milliards d'ici à 2028. Ou avec Bruxelles-Mobilité, avec 50 à 60 millions dédiés à la rénovation des tunnels et 46 millions à celle des ponts et viaducs, d'ici à 2021, parfois en partenariat avec Infrabel ( lire aussi page 98). D'autres projets font partie des " priorités du gouvernement pour la législature ", selon la ministre Elke Van den Brandt, qui cite en vrac le réaménagement de l'avenue de la Toison d'Or, la transformation du rond-point Schuman, la démolition du viaduc Herrmann-Debroux, le développement de pistes cyclables le long de la petite ceinture, avec trottoirs élargis, l'aménagement du boulevard Adolphe Max et de la place Sainctelette ou la construction d'une nouvelle ligne de métro et la rénovation prioritaire des tunnels Léopold II et Belliard et Loi.

Une meilleure coordination

Et puis il y a les projets des dix-neuf communes, aussi nombreux qu'ambitieux ( lire aussi page 100). Ou ceux, liés au nécessaire entretien et à la rénovation des infrastructures existantes, prévus par Infrabel pour ce qui concerne les voies de chemin de fer et ponts, Vivaqua pour les égouts et canalisations, Proximus ou Sibelga pour le gaz et électricité. Sans parler des chantiers privés avec emprise sur la voie publique, notamment les gros développements immobiliers. Ni oublier les projets chapeautés ou cofinancés par Beliris, l'organisme fédéral mis sur pied pour promouvoir le rayonnement de Bruxelles en tant que capitale de l'Europe.

Chronique d'un chaos annoncé ? Pas forcément. Depuis 2014, en effet, différentes structures ont été mises en place afin d'oeuvrer à une meilleure coordination des grands chantiers en Région bruxelloise et en limiter ainsi au maximum les impacts négatifs. C'est le cas, notamment, de la plate-forme Osiris, créée par les pouvoirs publics. Concrètement, un logiciel, qui reste perfectible, définit le type de procédure à suivre, selon l'importance du chantier prévu. De manière générale, la plupart de nos interlocuteurs au sein des collèges communaux le reconnaissent clairement : loin d'être parfaite, la gestion des travaux publics est aujourd'hui incomparablement plus efficace que par le passé. Excellente nouvelle pour les Bruxellois, vu le nombre de pelleteuses qui vont s'activer dans leur quartier au cours des prochaines années.

Ce que pensent les Bruxellois de Good Move

- 71 % des répondants à l'enquête publique sont séduits à l'idée de vivre dans des quartiers plus arborés, calmes et sécurisés, avec davantage d'espaces dédiés aux activités du voisinage, même si cela implique moins de places réservées au stationnement.

- 74 % approuvent l'idée d'évoluer dans des quartiers apaisés, où roulent moins de voitures et à une vitesse compatible avec la vie locale (30 km/h).

- 76 % sont favorables à la réduction du trafic de transit dans les quartiers résidentiels, grâce à un plan de circulation et des aménagements (sens unique, etc.).

- 79 % sont d'accord de moins utiliser leur voiture personnelle, en privilégiant la marche ou en profitant de l'offre multimodale pour se déplacer en ville.

- 75 % accepteraient de combiner plusieurs modes de déplacement pour gagner du temps sur un trajet aux heures de pointe.

- 81 % seraient prêts à essayer l'offre de mobilité multimodale si leur employeur leur proposait de la tester gratuitement.