Pieter Timmermans
Pieter Timmermans
Administrateur délégué de la FEB
Opinion

16/05/18 à 09:12 - Mise à jour à 10:08

"Le travail est votre sécurité sociale"

" Le débat sociétal sur la réforme de notre régime de pension est dans l'impasse totale. Le positionnement unilatéral du gouvernement et la réaction crispée des partenaires sociaux l'ont rendu impossible ", écrivaient lundi dernier les experts Bea Cantillon et Erik Schokkaert à propos de nos pensions. La FEB ne se sent pas visée. Mais il ne fait aucun doute qu'ils ont mille fois raison.

"Le travail est votre sécurité sociale"

Manifestation de décembre dernier © BELGA

Aujourd'hui, on manifeste une fois de plus à Bruxelles. Pourquoi ? Pour obtenir des exceptions : les pilotes, les enseignants, les conducteurs de train... Chaque catégorie professionnelle exerce un métier lourd et a dès lors le droit de prendre sa pension plus tôt. J'aimerais adresser un message clair à tous les jeunes qui sont sur le point de se lancer sur le marché du travail ou y sont actifs depuis quelques années : ne vous méprenez pas aujourd'hui ! L'enjeu, ce n'est pas de votre pension, mais de celle de la génération qui s'apprête à quitter le marché du travail. Prenons-le comme un plaidoyer pour plus de solidarité et de sécurité sociale. Il faut bien que quelqu'un se mobilise.

Les employeurs représentent en effet une voix importante dans le débat sur les pensions. Ils sont toujours les principaux contributeurs au système des pensions en Belgique, ils financent la pension légale par le biais des cotisations sociales ainsi que la majeure partie des pensions complémentaires. Or, les syndicats dominent le débat à coup de faits alternatifs dans leurs journaux des pensions.

Permettez-moi dès lors de vous communiquer, au moyen de cette infographie, quelques chiffres à couper le souffle : les dépenses en matière de pensions (46 milliards EUR) représentent 1/5e des dépenses primaires totales (201 milliards EUR) et ne feront que croître à politique inchangée. La durée effective de notre carrière s'élève à 32,6 ans à peine, un chiffre bien en deçà de la moyenne de l'OCDE. Un décalage risque par conséquent de se produire entre les dépenses et les recettes : nos carrières sont en effet trop courtes et le nombre d'actifs rapporté au nombre de pensionnés passera de 2,6 aujourd'hui à 1,7 en 2060. N'hésitez pas à interpréter ce document de notre service d'étude comme un pamphlet numérique sur les pensions, que nous avons réalisé en compilant diverses sources indépendantes.

Outre une réforme globale des pensions, il est évident que la durée de la carrière et le taux d'emploi doivent augmenter. La logique du raisonnement est assez simple : nous étudions et vivons plus longtemps. Quitter le marché du travail à l'âge de 60 ans est donc devenu intenable. Étudier plus longtemps, vivre plus longtemps et cesser de travailler plus tôt tout en exigeant des pensions plus élevées est une équation qui ne tient pas la route.

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Proposer de promettre à chacun, sans condition, 1.500 EUR de pension par mois et de trouver l'argent via des hausses d'impôts est aussi populiste qu'irréaliste

La FEB se démène pourtant à la table des négociations des partenaires sociaux, contrairement à la rhétorique syndicale de ces dernières années : les employeurs ne seraient pas intéressés par la concertation sociale et se réfugieraient derrière le gouvernement fédéral. Rien n'est moins vrai. Il n'est en revanche pas évident de se voir constamment confronté à des propositions qui ne font qu'augmenter la pression fiscale sous le couvert de la justice fiscale, ou à des concepts du marché du travail d'un autre temps, comme la diminution du temps de travail. Proposer de promettre à chacun, sans condition, 1.500 EUR de pension par mois et de trouver l'argent via des hausses d'impôts est aussi populiste qu'irréaliste. De la même manière qu'il est facile d'organiser une fête lorsque c'est quelqu'un d'autre qui paie la note...

Autre matière à réflexion : nous avons adopté dans le passé toute une série de régimes de congé devant offrir aux travailleurs belges les pauses nécessaires dans leur carrière, et ainsi leur permettre de travailler plus longtemps. Or, c'est l'inverse qui se produit ! Les travailleurs belges quittent bien plus vite le marché du travail que dans d'autres pays comparables. Conclusion : travailler plus longtemps, et ainsi continuer à garantir notre sécurité sociale ne signifie pas travailler moins, mais autrement : le travail est votre sécurité sociale !

Plaider pour une mise au frigo des réformes des pensions revient à se mettre la tête dans le sable et, dans le contexte du vieillissement, cela débouchera inéluctablement sur l'impayabilité à terme. Les jeunes d'aujourd'hui n'ont rien à y gagner. J'espère que le manifestant d'aujourd'hui à Bruxelles s'en rendra compte.

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