La décrue se prolonge en Belgique. Les contaminations au Covid poursuivent leur baisse, lente mais réelle, tandis que d'autres pays craignent une recrudescence à cause des variants. Notre situation de "bon élève", répètent en choeur depuis des semaines le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) et le ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke (SP.A), est due à la stabilité des mesures sanitaires que nous avons adoptées. Le temps d'un déconfinement progressif approche, toutefois, il devrait être au menu du prochain Comité de concertation, le 26 février. L'heure est à l'urgence en matière de santé mentale des Belges.
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La décrue se prolonge en Belgique. Les contaminations au Covid poursuivent leur baisse, lente mais réelle, tandis que d'autres pays craignent une recrudescence à cause des variants. Notre situation de "bon élève", répètent en choeur depuis des semaines le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) et le ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke (SP.A), est due à la stabilité des mesures sanitaires que nous avons adoptées. Le temps d'un déconfinement progressif approche, toutefois, il devrait être au menu du prochain Comité de concertation, le 26 février. L'heure est à l'urgence en matière de santé mentale des Belges."Il est l'heure d'assouplir progressivement car il y a un ras-le-bol", a répété après d'autres Pierre-Yves Jeholet (MR), ministre-président francophone, à la RTBF ce mardi matin. "Le ministre de la Santé est dans son rôle, en étant prudent. Mais voyez la souffrance des jeunes, des personnages âgées. Il est l'heure de prendre certaines mesures."Face à la souffrance psychologique des jeunes, il est "indispensable" que les étudiants retrouvent leur campus "dans le courant du mois de mars" et que les élèves du secondaire puissent retrouver un enseignement "à 100% en présentiel", après les vacances de Pâques, souligne Pierre-Yves Jeholet. Pour le secteur culturel, à l'arrêt depuis l'automne, le ministre-président estime qu'il est aussi temps de desserrer l'étau pour permettre la reprise de spectacles et concerts tout en appliquant des protocoles sanitaires "très stricts". Interrogé sur une possible reprise des grands festivals cet été, le ministre-président a estimé ici qu'il était encore trop tôt pour s'engager. "Je ne veux pas donner de faux espoirs". Il a aussi jugé important de pouvoir offrir des perspectives de déconfinement au secteur horeca, "mais on ne saura pas tout faire en même temps", a-t-il toutefois reconnu.Le moment semble en effet venu d'un "cercle vertueux", alliant décrue et vaccination en mode accéléré, pour envisager ce déconfinement progressif. L'épidémiologiste Yves Coppieters (ULB) presse depuis quelques jours à aborder la question en mettant en garde contre l'utilisation abusive des modèles épidémiologiques. "On en fait justement pour qu'ils ne se réalisent pas, plaidait-il dans un entretien à La Libre, lundi. Dès lors, les utiliser pour dire à la population que ce sera la catastrophe, je pense qu'on a compris depuis trois mois que c'était une grosse erreur."Sur Twitter, lundi soir, il relayait le message d'une consoeur généraliste: "Enfin une lueur d'espoir et du bon sens qui me redonnent confiance pour attaquer une semaine de consultations avec son défilé de patients déprimés, angoissés, maltraités, insomniaques, addicts, anorexiques, boulimiques, psychosomatiques. Et quand les patients sont jeunes, c'est insupportable. Une autre lueur d'espoir est que nos stratèges s'inspirent de la HAS française en économisant la 2è dose chez les séropositifs. On récupérerait 20% de vaccins. Il suffit de demander aux généralistes, si on leur demande!". Traduction: il faut agir pour la santé mentale, il y a urgence.Politiquement, les messages se multiplient dans le sens d'un assouplissement progressif. Le prochain Comité de concertation, programmé le 26 février, y sera consacré, pour autant que les signaux restent bons, surtout en matière d'hospitalisations. Les autres métiers de contacts -esthéticiens, tatoueurs etc - ouvriront bien le 1er mars."Le déconfinement général ne se produira pas", tempérait ce week-end Elio Di Rupo (PS), ministre-président wallon. Seul un déconfinement "étape par étape" est envisageable. Il rappelait que nous sommes encore, en Belgique, sur un plateau et évoquait le début du mois 'avril pour de nouveaux pas éventuels vers le retour à une vie normale. "On est à la fin d'un processus, à quinze jours sans doute d'un déconfinement partiel si les chiffres - il faut toujours rester prudents - continuent de s'améliorer",précisait avant cela sa collègue wallonne de la Santé, Christie Morreale (PS).Georges-Louis Bouchez, président du MR, abonde dans ce sens, tout en se montrant plus pressant: "On s'était fortement engagé pour les coiffeurs afin qu'ils rouvrent ce mois-ci. On ne l'a jamais fait pour les restaurants car les autres métiers de contact doivent d'abord rouvrir. On attendra deux, trois semaines pour voir s'il n'y a pas d'impact et on reviendra avec les restaurants. On en discutera déjà lors du prochain Codeco du 26 février mais on envisage une réouverture pour le printemps. Et le printemps, c'est le 21 mars.""Comme souvent, les experts sont divisés et ceux consultés par le gouvernement plaident davantage pour la prudence. "Il est encore trop tôt pour se féliciter, soulignait lundi Marc Van Ranst. Le plateau sur lequel nous nous trouvons actuellement est encore trop haut." Pour ce membre du Groupe d'experts pour la stratégie de gestion du Covid-19 (GEMS), "il est encore trop tôt pour relâcher nos efforts." "Cela fait 12 semaines que les tendances diminuent tranquillement, prolongeait-il dans Het Laatste Nieuws. Certes, ces diminutions sont faibles mais elles constituent une réussite. Avec les mesures actuelles, nous avons sauvé 10.000 vies." Pour autant: "D'un point de vue scientifique, le seuil (fixé à 800 contaminations par jour, 75 nouvelles hospitalisations par jour et 3% de taux de positivité) reste identique." Le ministre-président wallon, Elio Di Rupo, a quant à lui précisé que ces seuils devaient évoluer car "la population est à bout".Le confinement ne peut pas durer éternellement "car il coûte beaucoup d'argent et il fatigue les gens", concède Marc Van Ranst: "On arrive à un moment où il est envisageable de permettre à l'Horeca de rouvrir, à la culture et aux compétitions sportives de reprendre, ou aux personnes d'accueillir plus de monde chez elles.Sa collègue Erika Vlieghe (Anvers), estime que dex conditions doivent être remplies pour entamer ce déconfinement progressif. "Tout d'abord, il y a l'évolution épidémiologique. Les contaminations et hospitalisations sont bel et bien en train de doucement diminuer, mais il faut que cette baisse aille plus loin encore. Or, il est impossible de prédire si cela se réalisera. Tout ce que nous pouvons faire, c'est continuer à respecter les mesures. Ensuite, il y a l'évolution de la campagne de vaccination. Elle suit également son propre rythme et nous sommes fortement dépendants des livraisons." Le bout du tunnel serait donc en vue. Mais des scientifiques européens continuent à prôner une plus grande prudence et plaident pour une politique "zéro Covid". Dans une tribune publiée dans Le Monde, un collectif de médecins, économistes et politistes plaident ainsi pour que le continent adopte un objectif d'éradication du SARS-CoV-2, en instaurant des "zones vertes" où, quand la transmission est faible, écoles, restaurants, entreprises et lieux culturels pourront rouvrir.De plus en plus de spécialistes plaident pour que cette stratégie du zéro Covid soit appliquée en Europe. "L'avantage est triple pour les pays qui l'ont adoptée", la Nouvelle-Zélande, l'Australie, la Chine, Taïwan et le Vietnam, assure l'épidémiologiste Antoine Flahault à l'AFP. "Sur le plan sanitaire, ils sont les champions du monde incontestés pour le faible nombre de décès par habitant, et sur le plan social, la vie a repris ses droits: bars, restaurants, activités culturelles et sportives, écoles et universités sont normalement ouverts, les gestes barrières quasi-inexistants."L'Europe s'engagera-t-elle dans cette voie? Cela semble peu probable, tant le contexte social et économique semble imposer un relâchement prudent.