Si cette victoire a été vécue par certains comme une surprise, elle n'en était pas moins prévisible. Lors des communales d'octobre 2018, le Vlaams Belang avait déjà progressé partout en Flandre. Cette percée constituait les prémices d'un succès discret mais palpable, enclenché il y a cinq ans par Tom Van Grieken, jeune leader aux allures de dandy qui a su lisser l'image de son parti en y imposant une cure de rajeunissement, et en écartant sans grand tapage les figures dérangeantes. Sa mission est aujourd'hui accomplie : au nord du pays, le Belang n'est plus considéré comme un parti raciste, mais bien comme un...

Si cette victoire a été vécue par certains comme une surprise, elle n'en était pas moins prévisible. Lors des communales d'octobre 2018, le Vlaams Belang avait déjà progressé partout en Flandre. Cette percée constituait les prémices d'un succès discret mais palpable, enclenché il y a cinq ans par Tom Van Grieken, jeune leader aux allures de dandy qui a su lisser l'image de son parti en y imposant une cure de rajeunissement, et en écartant sans grand tapage les figures dérangeantes. Sa mission est aujourd'hui accomplie : au nord du pays, le Belang n'est plus considéré comme un parti raciste, mais bien comme un parti antiestablishment. Au lendemain du triple scrutin du 26 mai, une certaine compréhension envers ses électeurs se dégage d'ailleurs dans les réactions politiques et médiatiques. Cette compréhension s'explique notamment par la dédiabolisation du parti. Il y a deux ans, Tom Van Grieken s'en vantait déjà : " La normalisation de certains discours constitue une première victoire. Theo Francken (N-VA), Gwendolyn Rutten (Open VLD) ou Pieter De Crem (CD&V) ont rendu nos idées mainstream ", se réjouissait-il, faisant allusion aux thèmes de la migration et de l'identité. Cette normalisation a également fini par contaminer les médias. Au fil du temps, les rédactions ont cessé de qualifier le Belang de parti d'extrême droite, préférant utiliser le terme de " droite radicale ". Dans les interviews et les débats de campagne, les soldats du parti, Dries Van Langenhove, leader du groupe identitaire Schild en Vrienden en tête, étaient omniprésents. Seule la présence de Tom Van Grieken au grand show électoral proposé par la chaîne pour enfants Ketnet (VRT) finira par provoquer certaines critiques... Sur le terrain, le Belang est parvenu à ratisser dans les zones rurales traditionnellement CD&V grâce à son programme socio-économique axé à gauche. Le thème des pensions lui aura également été bénéfique. En pleine campagne, le leader de la N-VA, Bart De Wever, avait annoncé qu'il fallait encore retarder l'âge de départ à la retraite. Une déclaration qui lui a certainement coûté des plumes, alors qu'un sondage révélait quelques jours plus tôt que ce sujet était la préoccupation numéro un des Flamands. Mais c'est sur les réseaux sociaux que la partie a sans doute été décisive. Le Vlaams Belang y a investi une petite fortune pour propager ses idées. Il est ainsi parvenu à cibler et atteindre un public jeune, souvent masculin et a, dans la foulée, remporté en Belgique la toute première victoire électorale obtenue grâce à la viralité du Net. Qu'il vienne des campagnes ou des cafés estudiantins, des villes ou des quartiers défavorisés, le vote pour le VB est perçu par certains comme un doigt d'honneur aux partis au pouvoir, à leurs querelles, leurs ego et leurs manières de gouverner. On y verra peut-être aussi un acte de défense envers la menace d'une vague verte. Aux yeux des différentes formations politiques flamandes, il s'agit surtout d'un signal assourdissant des électeurs qu'il va falloir entendre. Reste à voir comment elles procèderont.