Le constat est cruel et c'est Edouard Delruelle, professeur de philosophie politique (Ulg) qui le pose, dans levif.be : "La social-démocratie traverse une crise existentielle. En Europe, la plupart des partis socialistes sont devenus des figurants (PS français,Pasok grec, PVDA hollandais...) ou des seconds rôles (SPD finlandais, Vooruit flamand... ). Seuls quelques rares PS réussissent encore à se hisser en haut de l'affiche, avec des scores de 25 à 30% (PS portugais, PSOE espagnol, PS belge francophone) (1).

Le PS abonné au pouvoir

Le PS belge francophone vit une situation paradoxale, et cela ne date pas d'aujourd'hui En 2005 déjà, j'analysais dans un livre (2) l'évolution d'un parti qui est "une exception européenne ". Il est au pouvoir. Il s'y trouve pratiquement sans interruption depuis trente ans (hormis la parenthèse du gouvernement de Charles Michel avec la NV.A). Il dirige presque toutes les grandes villes (Liège, Charleroi, Mons, Bruxelles...) et les villes moyennes. Le PS gère seul, ou en coalition, certains de ses bastions depuis plusieurs décennies.

Partout en Europe, la sanction des gouvernants est la règle. L'usure du pouvoir est implacable, particulièrement pour la gauche. En coalition avec la droite ou le centre-droit, celle-ci a multiplié les concessions au néolibéralisme. Le peuple de gauche n'a pas apprécié et s'est détourné de la gauche gestionnaire. Le PS francophone a limité les dégâts. Au début des années 2000, sous la présidence d'Elio Di Rupo, les socialistes ont même progressé dans les urnes tout en participant au gouvernement. Un scénario inédit en Europe.

Fidèle à l'Etat providence

Ces dix dernières années, le PS a perdu une partie de son électorat (essentiellement au profit du PTB), mais il est toujours le premier parti francophone. L'effondrement constaté dans de nombreux pays n'a pas eu lieu chez nous. Sans doute parce que, malgré plusieurs faux pas et quelques peu glorieuses 'affaires' politico-financières, le PS n'a pas perdu son ancrage local et est resté "proche des gens". Sans doute aussi parce qu'il a moins concédé que d'autres partis-frères à l'agenda néolibéral.

Le PS francophone est le parti socialiste européen qui est resté le plus fidèle au modèle de l'Etat providence. Il a obtenu un refinancement important des soins de santé, le maintien pour l'essentiel du système belge d'allocations de chômage non limitées dans le temps, l'indexation automatique des salaires... Ces acquis - en fait ces conquêtes sociales - peuvent paraître banals, mais ils sont tout sauf anodins.

Son "socialisme de proximité" est un atout majeur pour le PS. Il en va de même de sa capacité à renouveler régulièrement son personnel politique de premier rang : Pierre-Yves Dermagne, Christie Morreale, Caroline Désir, Philippe Close...se sont imposés en peu de temps comme figures de proue des socialistes francophones.

Tout ne va pas bien, pour les socialistes

Le PS reste une exception européenne en conservant sa pole position sur l'échiquier politique, tout en campant dans les allées du pouvoir. Mais tout ne va pas bien, pour les socialistes. L'inconfort des alliances avec le MR, et plus encore avec l'Open-VLD se vérifie dès que sont abordées les questions sociales (pensions, chômage...). Le PS joue souvent "en défense" dans les gouvernements de coalition avec le centre-droit. Il limite les dégâts, mais éprouve les pires difficultés à engranger de nouvelles conquêtes sociales. A Bruxelles, la défense en zig zag, par le PS, de la laïcité, mécontente une partie importante de l'électorat socialiste. L'hémorragie des militants est inquiétante. Enfin, les sondages ne sont pas bons (mais le prochain scrutin n'aura lieu qu'en 2024, une éternité!) : le PS pourrait être devancé par Ecolo en région bruxelloise et être talonné par le PTB en région wallonne.

"Tous pourris ?

"La social-démocratie n'est pas morte, écrit Edouard Delruelle. Elle a été, historiquement, le seul remède efficace pour domestiquer le capitalisme. S'il se rénove, le PS peut garder son leadership à gauche". Je partage son analyse. Le PS francophone ne va pas s'effondrer et pourrait se maintenir à un niveau électoral enviable. A condition de se renouveler et d'être plus offensif sur les questions sociales. A condition, aussi, de trouver la parade pour contrer le PTB. Ce ne sera pas simple, car ce parti a adopté une tactique qui jusqu'à ce jour, est payante. Il utilise une phraséologie 'de gauche' mais dans les faits, il décline une version archéo-communiste du 'tous pourris'. Le PTB trouve infréquentable tous les autres partis, considérés comme des relais du capitalisme, des traîtres à la classe ouvrière, des ripoux.

Le PTB, cauchemar des socialistes

"Demain, on rase gratis !", promet le parti de Raoul Hedebouw. Mais il ne réalisera jamais aucune de ses promesses, car il ne sera jamais au pouvoir. Il ne le veut pas. Ce faisant, le PTB neutralise une partie des voix de gauche qui jadis se reportaient quasi automatiquement sur le PS. Le PTB est le cauchemar des socialistes. Il risque de le rester jusqu'en 2024, et sans doute au-delà.

Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

Le constat est cruel et c'est Edouard Delruelle, professeur de philosophie politique (Ulg) qui le pose, dans levif.be : "La social-démocratie traverse une crise existentielle. En Europe, la plupart des partis socialistes sont devenus des figurants (PS français,Pasok grec, PVDA hollandais...) ou des seconds rôles (SPD finlandais, Vooruit flamand... ). Seuls quelques rares PS réussissent encore à se hisser en haut de l'affiche, avec des scores de 25 à 30% (PS portugais, PSOE espagnol, PS belge francophone) (1).Le PS abonné au pouvoirLe PS belge francophone vit une situation paradoxale, et cela ne date pas d'aujourd'hui En 2005 déjà, j'analysais dans un livre (2) l'évolution d'un parti qui est "une exception européenne ". Il est au pouvoir. Il s'y trouve pratiquement sans interruption depuis trente ans (hormis la parenthèse du gouvernement de Charles Michel avec la NV.A). Il dirige presque toutes les grandes villes (Liège, Charleroi, Mons, Bruxelles...) et les villes moyennes. Le PS gère seul, ou en coalition, certains de ses bastions depuis plusieurs décennies.Partout en Europe, la sanction des gouvernants est la règle. L'usure du pouvoir est implacable, particulièrement pour la gauche. En coalition avec la droite ou le centre-droit, celle-ci a multiplié les concessions au néolibéralisme. Le peuple de gauche n'a pas apprécié et s'est détourné de la gauche gestionnaire. Le PS francophone a limité les dégâts. Au début des années 2000, sous la présidence d'Elio Di Rupo, les socialistes ont même progressé dans les urnes tout en participant au gouvernement. Un scénario inédit en Europe.Fidèle à l'Etat providence Ces dix dernières années, le PS a perdu une partie de son électorat (essentiellement au profit du PTB), mais il est toujours le premier parti francophone. L'effondrement constaté dans de nombreux pays n'a pas eu lieu chez nous. Sans doute parce que, malgré plusieurs faux pas et quelques peu glorieuses 'affaires' politico-financières, le PS n'a pas perdu son ancrage local et est resté "proche des gens". Sans doute aussi parce qu'il a moins concédé que d'autres partis-frères à l'agenda néolibéral.Le PS francophone est le parti socialiste européen qui est resté le plus fidèle au modèle de l'Etat providence. Il a obtenu un refinancement important des soins de santé, le maintien pour l'essentiel du système belge d'allocations de chômage non limitées dans le temps, l'indexation automatique des salaires... Ces acquis - en fait ces conquêtes sociales - peuvent paraître banals, mais ils sont tout sauf anodins.Son "socialisme de proximité" est un atout majeur pour le PS. Il en va de même de sa capacité à renouveler régulièrement son personnel politique de premier rang : Pierre-Yves Dermagne, Christie Morreale, Caroline Désir, Philippe Close...se sont imposés en peu de temps comme figures de proue des socialistes francophones.Tout ne va pas bien, pour les socialistes Le PS reste une exception européenne en conservant sa pole position sur l'échiquier politique, tout en campant dans les allées du pouvoir. Mais tout ne va pas bien, pour les socialistes. L'inconfort des alliances avec le MR, et plus encore avec l'Open-VLD se vérifie dès que sont abordées les questions sociales (pensions, chômage...). Le PS joue souvent "en défense" dans les gouvernements de coalition avec le centre-droit. Il limite les dégâts, mais éprouve les pires difficultés à engranger de nouvelles conquêtes sociales. A Bruxelles, la défense en zig zag, par le PS, de la laïcité, mécontente une partie importante de l'électorat socialiste. L'hémorragie des militants est inquiétante. Enfin, les sondages ne sont pas bons (mais le prochain scrutin n'aura lieu qu'en 2024, une éternité!) : le PS pourrait être devancé par Ecolo en région bruxelloise et être talonné par le PTB en région wallonne."Tous pourris ?"La social-démocratie n'est pas morte, écrit Edouard Delruelle. Elle a été, historiquement, le seul remède efficace pour domestiquer le capitalisme. S'il se rénove, le PS peut garder son leadership à gauche". Je partage son analyse. Le PS francophone ne va pas s'effondrer et pourrait se maintenir à un niveau électoral enviable. A condition de se renouveler et d'être plus offensif sur les questions sociales. A condition, aussi, de trouver la parade pour contrer le PTB. Ce ne sera pas simple, car ce parti a adopté une tactique qui jusqu'à ce jour, est payante. Il utilise une phraséologie 'de gauche' mais dans les faits, il décline une version archéo-communiste du 'tous pourris'. Le PTB trouve infréquentable tous les autres partis, considérés comme des relais du capitalisme, des traîtres à la classe ouvrière, des ripoux.Le PTB, cauchemar des socialistes "Demain, on rase gratis !", promet le parti de Raoul Hedebouw. Mais il ne réalisera jamais aucune de ses promesses, car il ne sera jamais au pouvoir. Il ne le veut pas. Ce faisant, le PTB neutralise une partie des voix de gauche qui jadis se reportaient quasi automatiquement sur le PS. Le PTB est le cauchemar des socialistes. Il risque de le rester jusqu'en 2024, et sans doute au-delà.Claude Demelenne, essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche