Président des Jeunes CD&V depuis 2017, fils d'un couple belgo-irakien, Sammy Mahdi est une voix qui compte en Flandre. Possible futur président du parti, il envoie des signaux clairs aux francophones alors que le pays reste bloqué, plus de cent jours après les élections.
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Président des Jeunes CD&V depuis 2017, fils d'un couple belgo-irakien, Sammy Mahdi est une voix qui compte en Flandre. Possible futur président du parti, il envoie des signaux clairs aux francophones alors que le pays reste bloqué, plus de cent jours après les élections. Vivons-nous au moment décisif pour l'avenir de la Belgique ? Nous vivons dans un pays depuis toujours surréaliste... Mais ne considérons pas pour autant qu'une crise longue de 541 jours, comme en 2010-2011, va de soi. Un gouvernement fédéral doit être formé aussi vite que possible. Je suis frustré quand on me dit que ça prendra des mois ou des années. Pour la confiance en la démocratie, c'est un message extrêmement négatif. C'est pourquoi je lance un signal à Elio Di Rupo, le président du PS, et aux responsables politiques francophones pour qu'ils entament un dialogue. Chaque jour qui passe, la situation actuelle renforce les extrémistes et les nationalistes parce qu'elle démontre que ça ne marche pas. Le premier parti de Flandre a beau jeu de dénoncer l'arrogance de ces francophones. Les partisans d'une scission du pays y puisent des arguments. Je peux comprendre qu'il est difficile pour le PS de parler avec la N-VA, de crainte que des électeurs partent vers le PTB, mais c'est lui qui a en main les clés de l'avenir de la Belgique. Le pays risque un blocage définitif. La dernière chose à faire serait de convoquer des élections anticipées, du moins sans avoir tenté de dialoguer. Des voix s'élèvent pour un gouvernement de gestion minimale et, en parallèle, une discussion pour une réforme de l'Etat. Une bonne idée ? Nous sommes favorables à une discussion menée durant cinq ans dans les parlements pour préparer une réforme de l'Etat. Nous pourrions y débattre de ce qui nous rassemble encore et déterminer une liste fermée de compétences exercées au fédéral, le reste se situant au niveau des Régions. Ce serait plus cohérent. Il faut veiller à l'efficacité, ce doit être le mot clé de ces discussions ! En parallèle, ce ne serait pas impensable d'avoir un gouvernement d'urgence pour préparer le budget et gérer le pays. Le tout est de savoir comment le composer : il faudrait au moins avoir une majorité tant du côté flamand que francophone. J'entends régulièrement du côté francophone la suggestion de faire une majorité sans la N-VA et sans le Vlaams Belang, avec tous les autres partis flamands, mais ce ne sont pas les francophones qui vont décider au départ de leurs propres veto. Former un gouvernement, c'est forcément faire des compromis au départ du contenu. Je trouve inquiétant de voir que les partis s'éloignent de plus en plus, au point de pratiquement devenir des ennemis. Cette polarisation extrême se reflète aussi dans l'opinion publique, dans la rue, dans les cafés... Dans le même temps, les partis du centre, le vôtre et le CDH, reculent fortement... Etre au centre ne suffit pas. Les électeurs recherchent de la clarté et de l'authenticité : N-VA, Groen ou Ecolo prennent des points de vue plus tranchés et les communiquent clairement. Les partis traditionnels ne parviennent plus à se faire entendre alors que la démocratie-chrétienne, le libéralisme ou le socialisme sont des idéologies très différentes. Nous devons à nouveau le faire savoir. Les politiques ont le même problème que les joueurs de football : ils reçoivent des entraînements aux médias pour éviter de répondre clairement aux questions. Il faut arrêter avec ça. Nous défendons le personnalisme contre l'individualisme, la création de liens entre les gens, les associations, la famille... C'est fondamental : nous avons, en Belgique, un des taux de suicide les plus importants d'Europe et des enquêtes récentes montrent que le problème majeur des jeunes, c'est un sentiment de solitude. La démocratie-chrétienne doit pouvoir apporter des réponses à ce malaise. En tant que fils d'un père réfugié irakien, êtes-vous inquiet de la montée de la question identitaire en Flandre ? Je vais peut-être vous surprendre, mais il y a des recettes démocrates-chrétiennes dans le discours de Bart De Wever au sujet de l'intégration, quand il insiste sur l'importance de la communauté. Je partage à plus de 90 % le propos qu'il tient dans son dernier livre, Over identiteit. Si on met ensemble dix Chinois, dix Brésiliens et dix Nigérians, je ne pense pas qu'ils vivront en parfaite harmonie, simplement en signant la Convention des droits de l'homme de l'ONU. Face à la vague migratoire que nous connaissons, il est important de voir comment intégrer vraiment ces nouveaux venus dans la société flamande ou belge. Il s'agit d'apprendre la langue et de connaître ses droits et devoirs. Je pense aussi que la situation de ces gens doit être financièrement tenable : c'est là la grande différence de ma vision par rapport à celle de De Wever, qui veut couper les aides sociales. Sa vision risque de créer des citoyens A et B. Petite parenthèse intéressante : j'ai lu récemment une étude révélant que les électeurs du PS ont les mêmes réflexes que ceux de la N-VA par rapport à l'immigration. Arrêtons avec l'idée que les N-VA seraient des racistes et les PS les bons samaritains... Faut-il aussi des exemples positifs d'intégration, comme vous ? Il est surtout essentiel d'avoir une diversité d'opinions au sein de toutes les communautés et que ses représentants se trouvent dans tous les partis. La dernière chose à faire serait de considérer quelqu'un comme un porte-parole de sa communauté. Mon père est Irakien, ma mère est Belge, je ne peux pas parler au nom des Irakiens, je ne veux d'ailleurs être le porte-parole de personne, au-delà de mes convictions chrétiennes-démocrates. Je ne veux pas vivre avec un modèle américain où Little Italy côtoie Chinatown. Nous devons oeuvrer à ce que tout le monde ait une base de valeurs communes. La réflexion sur l'identité est importante. Un drapeau n'est pas négatif. La différence entre De Wever et moi, c'est que je crois qu'une identité belge peut être renforcée. Wouter Beke quitte la présidence du CD&V. Qui lui succédera ? Nous devons d'abord savoir comment le parti va être rénové. Je sais que mon nom circule, je ne dis pas que je n'y pense pas, mais ça reste prématuré. Il faut un président capable d'incarner ce renouveau : un Macron, un Obama ou un Trudeau... En attendant, je suis candidat à renouveler mon mandat à la présidence des Jeunes.