Accusé d'homicide involontaire, délit passible de cinq ans de prison, un policier comparaît devant le tribunal avec deux Kurdes d'Irak: le chauffeur de la camionnette où se trouvaient Mawda et ses parents, et le passeur soupçonné de les avoir fait monter à son bord pour rejoindre l'Angleterre. L'audience doit durer jusqu'à mardi. Le tribunal correctionnel de Mons devrait ensuite mettre son jugement en délibéré. En raison de l'épidémie de Covid-19, un nombre limité de personnes aura accès à la salle d'audience. Une salle de presse sera ouverte au Théâtre de Mons où le procès sera retransmis.

Les faits remontent à la nuit du 16 au 17 mai 2018, sur une autoroute de Wallonie, au sud de Bruxelles. Une camionnette transportant une trentaine de migrants pris en charge à Grande-Synthe (nord de la France) accélère pour échapper à une voiture de police qui veut l'intercepter.

Face à ce refus d'obtempérer, l'un des policiers sort son arme par la fenêtre et vise, selon ses explications, "le pneu avant gauche" en doublant. Mais un brusque coup de volant de son collègue dévie son tir vers l'habitacle du véhicule pourchassé, où Mawda, installée derrière le chauffeur, est touchée d'une balle dans la tête. Elle décède dans l'ambulance.

- "Epouvantable" -

Dans ce dossier, l'auteur du tir, un homme d'une quarantaine d'années qui comparaît libre, a rapidement reconnu avoir sorti son arme pour stopper la course folle du véhicule.

Mais le policier assure n'avoir jamais su que des migrants se trouvaient à bord et s'est dit "anéanti" par la mort de fillette.

"Avoir l'image de celui qui est responsable de la mort d'un enfant, c'est absolument épouvantable", dit à l'AFP son avocat, Me Laurent Kennes.

"Il a l'impression de tout prendre dans la figure, de porter le poids des erreurs du parquet, de la politique migratoire", ajoute le pénaliste.

Le démarrage de l'enquête a été chaotique. Le procureur qui en était chargé a d'abord été évasif sur la question du tir par un policier. Il a évoqué l'hypothèse d'une personne armée à bord de la camionnette, ce qui a ensuite été démenti.

De leur côté, les parents de Mawda, partis d'Irak en 2015 (à moins de 25 ans), se sont installés en Belgique après le drame.

Leur fillette a été enterrée à Bruxelles en juillet 2018, et le couple bénéficie depuis février 2019 d'un droit de séjour pour des raisons humanitaires.

- "Politique raciste" -

La famille de la petite fille kurde, qui tentait de rejoindre le Royaume-Uni après avoir fui son pays d'origine et la guerre, est soutenue par de nombreux collectifs qui militent contre les violences policières et le racisme. Défendus par des avocats qui réclamaient un procès d'assises pour "homicide volontaire", ils ont en effet reçu sur les réseaux sociaux le soutien d'intellectuels et artistes du monde entier... Du cinéaste Ken Loach au cofondateur des Pink Floyd Roger Waters en passant par des auteurs ou acteurs turc, algérien, belge, qui exigent que cessent "la déshumanisation et la criminalisation des migrants".

Ainsi le bassiste du groupe Pink Floyd, Roger Waters, a aussi publié un message dans une vidéo de plus de deux minutes adressée aux citoyens belges: "Faites du bruit. Ne les laissez pas balayer la mort d'un enfant sous le tapis. Ce n'est pas sa faute si elle est née dans un pays déchiré par la guerre. Mon coeur se brise pour elle et sa famille."

En Belgique aussi, plusieurs personnalités ont manifesté leur soutien.

"On essaie de fermer hermétiquement les frontières, ça fait le jeu des passeurs en renchérissant le coût du passage", déplore de son côté Damien Carême, ex-maire de Grande-Synthe, entre Calais et Dunkerque, "ce trafic devient le troisième le plus juteux au monde après celui des armes et celui des stupéfiants".

Pour la Ligue des droits humains (LDH) , "le meurtre de Mawda a eu lieu dans le cadre d'opérations de traques qui s'inscrivent dans une politique raciste de fermeture des frontières" au niveau européen. Au procès, la question du partage d'informations entre autorités françaises et belges devrait également être évoquée. La camionnette était surveillée via une balise GPS posée dans le cadre d'une enquête en France, ce que les Belges ignoraient, selon l'enquête.

En Belgique aussi, plusieurs personnalités ont manifesté leur soutien.

Un millier d'espaces publicitaires détournés par des citoyens la veille du procès

Des espaces publicitaires ont été détournés dimanche soir dans plusieurs villes du Sud de la Belgique et à Gand dans le cadre d'une campagne d'affichage menée par le comité de citoyens demandant justice pour Mawda.

Environ un millier d'espaces publicitaires ont été détournés par 200 citoyens à Bruxelles, Liège, Namur, Louvain-la-Neuve, Ottignies, Charleroi, La Louvière, Verviers, Mons et Gand. Des affiches à la mémoire de Mawda Shawri y ont été apposées. "En Belgique, des hommes, des femmes et des enfants meurent parce qu'ils et elles traversent les frontières. Mawda, 2 ans, tuée par la police le 17 mai 2018 pour avoir pris la route de l'Angleterre", est-il écrit en blanc sur fond noir à côté du portrait de l'enfant.

null, Belga
null © Belga

Cette campagne d'affichage s'ajoute à d'autres actions de citoyens menées au cours de jours passés, alors que s'ouvre lundi à Mons le procès des trois hommes impliqués dans la mort de la petite Kurde. Elle avait été tuée d'un coup de feu lors d'une course-poursuite entre la police et un véhicule transportant des migrants sur l'autoroute E42. Le chauffeur de la camionnette, le passeur et le policier qui a tiré seront jugés devant le tribunal correctionnel de Mons.

"Cette action d'affichage est née d'une volonté de rappeler aux citoyen.ne.s belges les conséquences de la politique belge et européenne en matière migratoire", explique dans un communiqué de presse le comité de citoyens dimanche soir.

Accusé d'homicide involontaire, délit passible de cinq ans de prison, un policier comparaît devant le tribunal avec deux Kurdes d'Irak: le chauffeur de la camionnette où se trouvaient Mawda et ses parents, et le passeur soupçonné de les avoir fait monter à son bord pour rejoindre l'Angleterre. L'audience doit durer jusqu'à mardi. Le tribunal correctionnel de Mons devrait ensuite mettre son jugement en délibéré. En raison de l'épidémie de Covid-19, un nombre limité de personnes aura accès à la salle d'audience. Une salle de presse sera ouverte au Théâtre de Mons où le procès sera retransmis.Les faits remontent à la nuit du 16 au 17 mai 2018, sur une autoroute de Wallonie, au sud de Bruxelles. Une camionnette transportant une trentaine de migrants pris en charge à Grande-Synthe (nord de la France) accélère pour échapper à une voiture de police qui veut l'intercepter.Face à ce refus d'obtempérer, l'un des policiers sort son arme par la fenêtre et vise, selon ses explications, "le pneu avant gauche" en doublant. Mais un brusque coup de volant de son collègue dévie son tir vers l'habitacle du véhicule pourchassé, où Mawda, installée derrière le chauffeur, est touchée d'une balle dans la tête. Elle décède dans l'ambulance.Dans ce dossier, l'auteur du tir, un homme d'une quarantaine d'années qui comparaît libre, a rapidement reconnu avoir sorti son arme pour stopper la course folle du véhicule.Mais le policier assure n'avoir jamais su que des migrants se trouvaient à bord et s'est dit "anéanti" par la mort de fillette."Avoir l'image de celui qui est responsable de la mort d'un enfant, c'est absolument épouvantable", dit à l'AFP son avocat, Me Laurent Kennes."Il a l'impression de tout prendre dans la figure, de porter le poids des erreurs du parquet, de la politique migratoire", ajoute le pénaliste.Le démarrage de l'enquête a été chaotique. Le procureur qui en était chargé a d'abord été évasif sur la question du tir par un policier. Il a évoqué l'hypothèse d'une personne armée à bord de la camionnette, ce qui a ensuite été démenti.De leur côté, les parents de Mawda, partis d'Irak en 2015 (à moins de 25 ans), se sont installés en Belgique après le drame.Leur fillette a été enterrée à Bruxelles en juillet 2018, et le couple bénéficie depuis février 2019 d'un droit de séjour pour des raisons humanitaires. La famille de la petite fille kurde, qui tentait de rejoindre le Royaume-Uni après avoir fui son pays d'origine et la guerre, est soutenue par de nombreux collectifs qui militent contre les violences policières et le racisme. Défendus par des avocats qui réclamaient un procès d'assises pour "homicide volontaire", ils ont en effet reçu sur les réseaux sociaux le soutien d'intellectuels et artistes du monde entier... Du cinéaste Ken Loach au cofondateur des Pink Floyd Roger Waters en passant par des auteurs ou acteurs turc, algérien, belge, qui exigent que cessent "la déshumanisation et la criminalisation des migrants".Ainsi le bassiste du groupe Pink Floyd, Roger Waters, a aussi publié un message dans une vidéo de plus de deux minutes adressée aux citoyens belges: "Faites du bruit. Ne les laissez pas balayer la mort d'un enfant sous le tapis. Ce n'est pas sa faute si elle est née dans un pays déchiré par la guerre. Mon coeur se brise pour elle et sa famille." En Belgique aussi, plusieurs personnalités ont manifesté leur soutien. "On essaie de fermer hermétiquement les frontières, ça fait le jeu des passeurs en renchérissant le coût du passage", déplore de son côté Damien Carême, ex-maire de Grande-Synthe, entre Calais et Dunkerque, "ce trafic devient le troisième le plus juteux au monde après celui des armes et celui des stupéfiants".Pour la Ligue des droits humains (LDH) , "le meurtre de Mawda a eu lieu dans le cadre d'opérations de traques qui s'inscrivent dans une politique raciste de fermeture des frontières" au niveau européen. Au procès, la question du partage d'informations entre autorités françaises et belges devrait également être évoquée. La camionnette était surveillée via une balise GPS posée dans le cadre d'une enquête en France, ce que les Belges ignoraient, selon l'enquête. En Belgique aussi, plusieurs personnalités ont manifesté leur soutien. Des espaces publicitaires ont été détournés dimanche soir dans plusieurs villes du Sud de la Belgique et à Gand dans le cadre d'une campagne d'affichage menée par le comité de citoyens demandant justice pour Mawda. Environ un millier d'espaces publicitaires ont été détournés par 200 citoyens à Bruxelles, Liège, Namur, Louvain-la-Neuve, Ottignies, Charleroi, La Louvière, Verviers, Mons et Gand. Des affiches à la mémoire de Mawda Shawri y ont été apposées. "En Belgique, des hommes, des femmes et des enfants meurent parce qu'ils et elles traversent les frontières. Mawda, 2 ans, tuée par la police le 17 mai 2018 pour avoir pris la route de l'Angleterre", est-il écrit en blanc sur fond noir à côté du portrait de l'enfant. Cette campagne d'affichage s'ajoute à d'autres actions de citoyens menées au cours de jours passés, alors que s'ouvre lundi à Mons le procès des trois hommes impliqués dans la mort de la petite Kurde. Elle avait été tuée d'un coup de feu lors d'une course-poursuite entre la police et un véhicule transportant des migrants sur l'autoroute E42. Le chauffeur de la camionnette, le passeur et le policier qui a tiré seront jugés devant le tribunal correctionnel de Mons. "Cette action d'affichage est née d'une volonté de rappeler aux citoyen.ne.s belges les conséquences de la politique belge et européenne en matière migratoire", explique dans un communiqué de presse le comité de citoyens dimanche soir.