Le foot et le Standard, pour Bruno Venanzi, c'est une histoire de coeur qui remonte à l'enfance. " Je ne suis pas né dans une famille particulièrement passionnée de football, confie-t-il. Mon père et mes frères ne s'y intéressaient pas. Pourtant, depuis que je suis tout petit, je tape dans un ballon. A 8 ans, en 1978, le père d'un ami m'a proposé d'aller voir le Standard contre le Cercle de Bruges. C'était un des plus beaux jours de ma jeune vie. A la suite de cela, j'ai pris l'habitude d'assister régulièrement à des matchs avec des amis. A l'époque, c'était gratuit pour les moins de 12 ans. J'habitais à Fragnée, c'était à deux pas du stade et il y avait des services de bus express. Puis, quand l'entrée est devenue payante, j'écoutais les commentaires de Luc Varenne sur mon transistor pendant la première mi-temps et, ensuite, je venais voir la deuxième mi-temps, qui restait gratuite. " Le petit Bruno ne se doutait pas, alors, qu'il serait un jour amené à gérer la destinée des Rouches dans une période de mutation profonde de ce sport. Et alors que les affaires ternissent l'image du club.
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Le foot et le Standard, pour Bruno Venanzi, c'est une histoire de coeur qui remonte à l'enfance. " Je ne suis pas né dans une famille particulièrement passionnée de football, confie-t-il. Mon père et mes frères ne s'y intéressaient pas. Pourtant, depuis que je suis tout petit, je tape dans un ballon. A 8 ans, en 1978, le père d'un ami m'a proposé d'aller voir le Standard contre le Cercle de Bruges. C'était un des plus beaux jours de ma jeune vie. A la suite de cela, j'ai pris l'habitude d'assister régulièrement à des matchs avec des amis. A l'époque, c'était gratuit pour les moins de 12 ans. J'habitais à Fragnée, c'était à deux pas du stade et il y avait des services de bus express. Puis, quand l'entrée est devenue payante, j'écoutais les commentaires de Luc Varenne sur mon transistor pendant la première mi-temps et, ensuite, je venais voir la deuxième mi-temps, qui restait gratuite. " Le petit Bruno ne se doutait pas, alors, qu'il serait un jour amené à gérer la destinée des Rouches dans une période de mutation profonde de ce sport. Et alors que les affaires ternissent l'image du club. Les années 1970-1980 sont une période dorée pour le Standard et les clubs belges. " J'étais présent au stade lorsque nous avons été champions de Belgique contre Waterschei en 1982, même si cela ne s'est pas avéré très glorieux avec l'affaire de corruption qui a suivi, se souvient-il. L'année suivante, nous avons aussi été à nouveau champions et j'ai assisté au match du titre contre Lokeren. J'étais dans le stade pour nos quatre derniers titres ! A partir de 25-26 ans, j'ai pris un abonnement dans la T3, la tribune populaire, au deuxième étage. Nous nous retrouvions à six ou sept amis. Puis, avec mon activité professionnelle, j'ai opté pour les business seats, avant de prendre une loge. Et il est advenu ce qu'il est advenu... " C'est bien un supporter de toujours qui a racheté le club de son coeur. " Je compare le football à une catharsis, s'enthousiasme Bruno Venanzi. C'est un moyen de se libérer de ses mauvaises énergies. On vient au stade pour crier sur des joueurs que l'on aime ou que l'on n'aime pas. Avec mes amis d'enfance, il nous est arrivé de nous disputer en s'amusant au sujet d'Alain Bettagno ou de Patrick Asselman - un joueur que j'affectionnais. Nous mangions des pains-saucisses et il y avait toujours l'un de nous qui massacrait sa veste avec la sauce. Ce phénomène de groupe m'a fait un bien fou. Au Standard, il y a depuis toujours une ambiance très particulière, avec une chaleur hors du commun. Lors de certains matchs, j'étais en lévitation quand toute la tribune chantait et dansait. J'adore ces moments où l'on saute de joie dans les bras de gens que l'on ne connaît pas. Il y a un métissage extraordinaire. On communie entre chefs d'entreprise, professions libérales, ouvriers, étudiants, chômeurs, musulmans, chrétiens, juifs, riches ou pas riches... La vareuse nous rassemble tous. Les enquêtes montrent que les supporters sont davantage fidèles à leur club qu'à leur épouse ou à leur parti politique. " C'est une famille qui prend, pour certains, une place vitale. Dans ses jeunes années, Bruno Venanzi joue, aussi. En première provinciale, à Neupré. Il y occupe des places offensives. " Numéros 7, 10 ou 11, précise-t-il. Mes joueurs préférés étaient les stars du Standard comme Asgeir Sigurvinsson, Eric Gerets, Michel Preud'homme ou Simon Tahamata. En France, c'était la grande époque du Saint-Etienne de Michel Platini. Mais à partir de mes 15 ans, j'ai basculé vers l'Olympique de Marseille, je n'ai pas eu la même continuité dans ma passion pour les clubs étrangers. En Italie, c'était l'AS Roma parce que c'est la ville d'origine de mon père. Je suis Chelsea parce que j'aime Eden Hazard : sa désinvolture, son talent, son respect de l'adversaire, c'est quelqu'un qui a reçu une belle éducation. J'apprécie Ronaldo et son tempérament de feu : il s'entraîne avec un grand professionnalisme et ne vit que pour la victoire. Un conquérant. " Mais en Belgique, le Standard, c'est pour la vie. Bruno Venanzi reste un supporter acharné, tout en s'adaptant à son nouveau costume de patron. " Je bouillonne toujours intérieurement, mais je dois davantage maîtriser mes émotions, sourit-il. Il m'est encore arrivé de bondir dans les loges, avec mon ami Jean-Michel Javaux, notamment en 2009 lors de notre incroyable qualification contre l'AZ en Champions League, après ce but de la tête marqué par notre gardien Sinan Bolat dans les arrêts de jeu. Mais, au fil du temps, le Standard est davantage devenu un lieu où j'invitais des relations d'affaires ou des collaborateurs dans un autre contexte que celui du quotidien. C'est indéniablement un bel outil de travail. Le football, c'est comme l'opéra ou le théâtre : même ceux qui ont des idées préconçues, qui trouvent cela trop populaire, se rendent compte que c'est un vrai spectacle. Les supporters sont, eux aussi, acteurs du match, avec leurs animations. Un tifo recouvrant une tribune, c'est impressionnant : il faut des mois de travail et de passion pour le réaliser. " En juin 2015, la destinée de Bruno Venanzi, qui vient de revendre son entreprise Lampiris, active dans le secteur de l'énergie verte, bascule. " Je savais que le club était à vendre puisque j'entretenais des relations étroites avec le propriétaire d'alors, Roland Duchatelet, explique-t-il. Il m'a introduit comme vice-président : cela nous a permis de négocier en douceur. Pour moi, à la base, il s'agissait avant tout d'une opportunité de rachat d'entreprise. Le Standard avait, selon moi, un potentiel sous-estimé de développement de marque, d'utilisation du stade et de résultats sportifs. Mais ma fibre de supporter était évidemment essentielle. Dans tout projet personnel, que ce soit en affaires ou en relations amoureuses, rien ne peut fonctionner sans passion. " Les premiers pas de Bruno Venanzi à la présidence sont pourtant chahutés. Les résultats ne suivent pas et la grogne monte. " Cela reste compliqué, même si les résultats sont meilleurs, avoue-t-il. Cela ne m'a pas fait plaisir de recevoir des critiques, à l'époque. Mais j'ai moi-même été supporter et je sais combien on peut être impatient. Réorganiser une entreprise, cela prend du temps, cela ne se fait pas du jour au lendemain. Regardez Marc Coucke à Anderlecht : il avait l'expérience d'un autre club, il dispose de moyens importants, mais lui non plus ne le fait pas d'un coup de cuillère à pot. Il faut comprendre les rouages, apprendre à travailler avec certaines personnes et imposer sa griffe. Or, la différence entre un club de football du top comme le Standard, Bruges ou Anderlecht et une entreprise traditionnelle, c'est que l'on n'a pas le temps, il y a des échéances chaque semaine, là où des résultats trimestriels ou semestriels permettent une gestion plus sereine. Dans une entreprise, on peut envisager de rester à l'équilibre, tandis qu'un club se doit de progresser constamment. " Traduction : la pression est permanente. " Une autre spécificité du sport en général, c'est que l'on se bat toujours contre quelqu'un. Si on l'emporte, c'est toujours au détriment d'un adversaire. Dans l'énergie, pour prendre un secteur que je connais, on pouvait toujours espérer que le marché dans son ensemble progresse de 10 % : dans ce cas, tout le monde est content. En football, il n'y a qu'un premier. C'est particulier de regarder les mauvais résultats des autres en se réjouissant... " Depuis le cockpit de son club d'enfance, Bruno Venanzi a mis en place de nouvelles mesures. La nomination de Michel Preud'homme au poste de directeur sportif aux pleins pouvoirs livre de premiers espoirs. Les Liégeois ont entamé les play-offs dans la peau d'outsiders crédibles. Et le transfert du Roumain Marin vers l'Ajax Amsterdam pour quinze millions d'euros s'annonce une première bonne affaire lors du prochain mercato. " Nous sommes tenus à une balance positive des transferts si on veut payer les salaires des joueurs parce que nous n'avons pas assez avec les droits télévisés, souligne le président. Nous voulons aussi aller vers une plus grande stabilité sportive. Nous voulons nous fixer des objectifs de trois à cinq ans, ce qui est très long dans le football alors que c'est normal dans une entreprise. Concrètement, on a l'ambition d'être systématiquement dans le top 3. On travaille pour cela. " Le football est-il devenu un monde brutal, qui dérape ? " On m'a souvent demandé ce que je venais y faire. Tout d'abord, j'aime ça. Ensuite, le foot est-il davantage pourri que d'autres secteurs ? Je réponds toujours : ouvrez les yeux, malheureusement, notre monde est pourri, en général. Les connivences existent dans tous les milieux, ce n'est pas l'apanage du foot. Voyez les relations entre les avocats et les juges, par exemple. Coluche disait : "Il y a deux types de bons avocats, ceux qui connaissent bien la loi et ceux qui connaissent bien le juge." On peut critiquer de la même façon les politiques, les journalistes... il existe malheureusement des dérives dans toute la société. " Le football a explosé plus que toute autre activité. " Il suffit de regarder le quotidien La Meuse, enchaîne Bruno Venanzi. Sur six éditions par semaine, il y en a au moins trois ou quatre avec le Standard en première page. Quitte à dire qu'un joueur est de retour de blessure. C'est très émotionnel et il faut gérer cela. Tout prend tout de suite d'énormes proportions. Et sincèrement, je ne m'attendais pas à être confronté à certaines choses en arrivant dans ce milieu : de l'arrangement de matchs, par exemple, si les soupçons se confirment. Dans les divisions inférieures, à la limite, je n'aurais pas été surpris. Mais en première division... " Face aux affaires, c'est une gestion de crise. " Nous avons eu des perquisitions, ici aussi. Les enquêteurs ont saisi tous les contrats des agents qui ont été auditionnés. Ce n'est jamais agréable, même si je n'ai aucun doute : chez nous, tout a toujours été déclaré. Si cela permet d'évoluer vers plus de transparence, c'est une bonne chose. On s'offusque du salaire de certains chefs d'entreprises, mais celui de certains sportifs est bien plus élevé et cela ne choque personne. Vous connaissez beaucoup d'entreprises où les ouvriers gagnent davantage que le directeur ? Bien sûr, la carrière des joueurs est plus courte, mais avec 500 000 euros net, il y a de quoi voir venir... " Stressant ? " Davantage que chez Lampiris en raison de cette pression hebdomadaire, oui. Et ce l'est davantage au Standard que dans un autre club. Mais la joie qu'on en retire est proportionnelle. Cette année, les matchs contre Séville, Bruges ou Anderlecht furent des moments jouissifs. " Le football est un phénomène social, énorme, au Standard plus qu'ailleurs. Et un enjeu économique majeur pour toute la région " Liège est une ville particulière et son club l'est tout autant, affirme Bruno Venanzi. Le rayonnement de ce club est fabuleux dans toute l'Europe. 28 % de nos abonnés viennent de Flandre. Ces supporters, comme l'ancien Premier ministre Yves Leterme, sont issus de familles qui ont supporté le Standard à l'époque des premières coupes d'Europe, diffusées dans les années 1960 à la télévision. Quand on jouait contre le Stade de Reims ou le Real Madrid. Nous avons eu récemment des analyses de téléphonie mobile : lors d'un Standard-Anderlecht, 40 000 personnes circulent autour du stade avant et après le match, un millier de personnes dorment dans les environs de Liège. Cela draine une activité importante. Et croyez-moi, plus on gagne des matchs, plus ce retentissement est grand. " Ses yeux brillent. Venanzi le patron entend désormais prolonger la belle histoire de Bruno, l'enfant de Fragnée. Faites venir le Real...