Les sourires sont de circonstance, en ce 28 février, pour présenter à la presse la société française Kléber Rossillon, nouveau gestionnaire privé chargé de s'occuper du site du champ de bataille de Waterloo jusqu'en 2035. Les discours s'enchaînent, rappelant les investissements consacrés par les autorités (40 millions d'euros), l'énorme potentiel du site touristique et tout l'intérêt de l'arrivée d'un professionnel pour le gérer. L'objectif est simple : atteindre les 300 000 visiteurs par an.
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Les sourires sont de circonstance, en ce 28 février, pour présenter à la presse la société française Kléber Rossillon, nouveau gestionnaire privé chargé de s'occuper du site du champ de bataille de Waterloo jusqu'en 2035. Les discours s'enchaînent, rappelant les investissements consacrés par les autorités (40 millions d'euros), l'énorme potentiel du site touristique et tout l'intérêt de l'arrivée d'un professionnel pour le gérer. L'objectif est simple : atteindre les 300 000 visiteurs par an. Pour les attirer, Kléber Rossillon ne s'en cache pas : elle entend miser sur la marque Waterloo. Ces dernières années, celle-ci avait pourtant été mise de côté par l'intercommunale Mémorial 1815, présidée par la Brainoise Nathalie du Parc Locmaria, afin de mettre en avant également les autres communes liées au site comme Genappe, Lasne ou Braine-l'Alleud. " Il n'y a jamais eu de discordance sur le fait qu'il s'agissait bel et bien de la bataille de Waterloo. C'est un fait historique, rappelle la présidente de l'intercommunale. Par contre, nous avons toujours réclamé, en tant que Brainois, qu'on localise correctement le Mémorial, la Butte ou le Panorama. Pour une raison simple : tout se trouve sur la commune de Braine-l'Alleud. Si le groupe français choisit la marque de Waterloo, libre à lui, tant qu'on ne dit pas aux touristes qu'ils sont à Waterloo, en venant visiter la Butte... " Pour le gestionnaire privé, tabler sur Waterloo est une évidence. " Ce nom a une notoriété incroyable. De la même façon qu'on ne peut pas escamoter le nom de Napoléon de cette bataille, même s'il a perdu ici. Ce sont deux piliers sur lesquels nous comptons communiquer. Comment voulez-vous développer le site, attirer du monde, créer des événements si vous ne misez pas sur la notoriété ? Continuer à s'appeler Mémorial 1815, comme c'est le cas actuellement, c'est insuffisant en matière de communication. La date de 1815 est certes connue, mais pas suffisamment du grand public. C'est la raison pour laquelle on mise à nouveau sur Waterloo ", insiste Jacques Galland, secrétaire général du groupe, en charge du développement. Sans vouloir entrer dans la polémique, Brian Grillmaier, jeune échevin du tourisme à Waterloo, se félicite de ce " retour en grâce ". " La commune de Braine a voulu que Waterloo n'apparaisse nulle part. C'est une grosse erreur car la notoriété de Waterloo est essentielle dans la communication du champ de bataille. On ne peut pas changer le passé. C'est la bataille de Waterloo, c'est Waterloo qui est connu et qui amène le touriste, c'est grâce à ce nom qu'on aura plus de visiteurs. Autant pour Braine que pour Waterloo, il faut que Waterloo revienne dans la communication. Mémorial 1815, ça ne parle pas aux visiteurs. Si vous ajoutez Waterloo, les touristes même du bout du monde voient tout de suite de quoi on parle... " L'échevin se réjouit de l'arrivée de cet acteur privé et des potentielles retombées économiques pour sa commune : " L'aura que dégage la marque Waterloo est très intéressante pour nous, la notoriété du site du champ de bataille a fait que Waterloo est devenu ce qu'elle est maintenant. Les commerces veulent s'implanter chez nous, pas besoin d'aller les chercher. Même chose pour les touristes, Waterloo est connu mondialement et grâce à cette notoriété, on a une retombée économique indirecte. " La société Kléber Rossillon n'a pas envie, en revanche, de s'attirer les foudres de Vincent Scourneau, le bourgmestre de Braine-l'Alleud, commune sur laquelle se situe la Butte du Lion, ni même de voir arriver une taxe communale sur les attractions touristiques comme par le passé. Depuis son accession au pouvoir, le Brainois n'a cessé de vouloir placer sa commune au centre de l'échiquier touristique, en reprochant à Waterloo de tirer à soi la couverture, quitte à rallumer des tensions, aussi vieilles que la bataille, entre les deux communes. " C'est vrai que pendant longtemps, Braine-l'Alleud a été complètement oubliée, ostracisée, au profit de Waterloo, à cause de cette confusion entre le champ de bataille et la commune, rappelle Valérie Denis-Simon, échevine brainoise du tourisme. Aujourd'hui, Braine est enfin arrivée à s'imposer, même si notre commune reste encore trop modeste, quant à son potentiel touristique. L'arrivée de Kléber Rossillon doit être un moteur pour nous, avec, d'ici à quelques années, la construction d'un hôtel. " Les Français sont bien conscients de ces enjeux locaux. " Nous savons parfaitement que le mémorial, la Butte du Lion et le Panorama se situent sur le territoire de Braine-l'Alleud. C'est important, et nous avons bien compris qu'il ne fallait pas résumer le site à Waterloo ", répond Jacques Galland. Pour rappel, c'est Arthur Wellesley, duc de Wellington, qui choisit de donner le nom à cette bataille car son quartier général se trouvait à Waterloo, même si la bataille s'est à peine déroulée sur la commune. Le 18 juin 1815, c'est principalement sur le territoire de Braine-l'Alleud et de Plancenoit que l'armée de Napoléon affronta celle de Wellington. La société française a même eu droit à sa leçon d'histoire avec un bourgmestre brainois qui lui a rappelé où Kléber Rossillon débarquait. " Honnêtement, on veut éviter tout malentendu. On va veiller à communiquer adroitement, sans vexer personne ", promet le Français. Il est vrai que la lutte pour l'accès au champ de bataille et la gestion du site n'est pas neuve. En 1972, le plan Costard avait pour projet d'établir une agglomération de 45 000 habitants, englobant plusieurs communes dont Braine-l'Alleud sous le nom de Waterloo. L'idée était alors de regrouper l'entièreté du champ de bataille sous l'étiquette Waterloo. Autant dire la guerre ! Trois ans plus tard, un nouveau plan fut mis en place sous l'égide du ministre Joseph Michel. Il prévoyait de céder une nouvelle fois du terrain brainois à Waterloo. En l'occurrence, le hameau de Chenois, dont une partie du territoire mène jusqu'au pied de la Butte du Lion. Le gouvernement tranchera en faveur de Waterloo. Si le Lion est sain et sauf pour Braine-l'Alleud, le bourgmestre de Waterloo pourra désormais y accéder avec son écharpe via la route du Lion. En 2019, les tensions apparaissent moins fortes, même si elles ne sont pas tout à fait éteintes. Elles pourraient renaître très vite si la marque Waterloo fait trop d'ombre aux ambitions brainoises.