Charles Michel savait, en 2014, qu'il prenait un fameux risque en mettant la suédoise en selle avec la N-VA. Seul parti francophone, ultra-minoritaire dans son groupe linguistique, le MR espérait capitaliser sur une politique de centre-droit correspondant parfaitement à son programme, tant sur le plan socio-économique que sécuritaire, tout en se prévalant d'avoir obtenu que le maintien du communautaire au frigo par les nationalistes flamands. Quatre ans plus tard, l'aventure tourne au vinaigre pour Charles Michel, qui vient de reprendre la présidence. L'annonce par le franc-tireur Alain Destexhe de la création d'un nouveau parti est, en effet, révélateur d'un malaise plus large.

Que se passe-t-il au MR ? Le parti se craquèle en raison de forces centrifuges générées à la fois par les incidents de cette législature hors norme, par les effets pervers de la "paix des braves" entre clans Michel et Reynders, ainsi que par un air du temps dominé par les marches climatiques et les sondages favorables aux écologistes. Tiraillé de toutes parts, le parti est menacé d'explosion.

C'est à gauche que cela a d'abord chaviré. Pendant toute la législature, les provocations à répétition de la N-VA et de Theo Francken ont mis à rude épreuve l'aile centriste du parti, forcée d'avaler bien des couleuvres - du moins en terme de communication. Le tout sous les quolibets d'une opposition francophone hypertrophiée (PS, CDH, DéFi, Ecolo, PTB !). Christine Defraigne, ex-présidente du Sénat, ou Richard Miller, patron du centre d'études, ont fait le gros dos. En se ralliant à la "ligne" : jamais le MR n'a concrétisé autant de points de son programme. Mais dans les coulisses, certains ne cachaient pas leur mal-être. Finalement, le Premier ministre a choisi le "bon côté de l'Histoire", en permettant à la Belgique d'approuver le Pacte des migrations de l'ONU. Exit la N-VA. Soulagement.

Résultat ? Ce sont les partisans d'une ligne plus "droitière" qui expriment désormais leur malaise au sein du MR. Ou en dehors. Alain Destexhe veut créer une "N-VA francophone" en raison de divergences au sujet de la question migratoire, du nucléaire ou de la gouvernance. Certains diront - sans avoir tout à fait tort - qu'Alain Destexhe n'a jamais été un parlementaire très actif et qu'il penche dangereusement vers l'extrémisme. Sa liste risque de se muer en "groupuscule". Mais avant lui, mardi, deux autres jeunes libéraux bruxellois, Aymeric De Lamotte et Victoria de Vignera, avaient exprimé leur rejet de la ligne migratoire et climatique du parti. C'est un signal d'alarme.

Ces expressions cachent un autre malaise, étouffé depuis quatre ans : la "paix des braves" entre Charles Michel et son vice-Premier ministre Didier Reynders, scellée après la lutte des clans de 2010/11, s'est transformée en "guerre froide". Préjudiciable pour le parti. La stratégie de pourrissement menée par Reynders, qui n'a souvent soutenu Michel que du bout des lèvres, son obsession maladive pour le pouvoir et son absence de présence sur le terrain ont généré une fronde au sein de la fédération bruxelloise du MR. Après les mauvais résultats des communales, où le MR a perdu quatre maïorats sur six dans la capitale, le vice-président régional, Boris Dilliès, avait dénoncé son "manque d'implication" durant la campagne. Deux jeunes pousses, Nicolas Vanderstappen et Quentin Van den Eyden (du cabinet du ministre-président wallon Willy Borsus !) ont ensuite, en novembre, décidé de quitter le MR pour former un nouveau parti régionaliste, Jump for Brussels. Une initiative audacieuse et marginale, certes, mais qui montre combien le parti se morcèle.

Dans ce contexte houleux, Charles Michel cumule désormais les fonctions de Premier ministre et de président de parti. Un risque : n'avait-il pas, en son temps, reproché à Didier Reynders de cumuler la présidence avec la fonction de vice-Premier ? Le locataire du Seize n'avait pourtant pas le choix : il doit montrer qui est le vrai patron, mettant fin à la parenthèse Chastel. Le moment est d'autant plus délicat que l'air du temps est très écologique. Les marches climatiques ont marqué l'opinion et les verts francophones s'envolent dans les sondages, Ecolo étant même pointé premier à Bruxelles. Il s'agit d'un thème sur lequel sa formation est divisée - là aussi - entre environnementalistes et climato-sceptiques. Michel, serein, dit que le MR peut retourner les tendances ces trois prochains mois. Ce sera difficile. Et au fil des jours qui passent, sans forcer le trait du départ d'Alain Destexhe, on est quand même en droit de se demander s'il ne risque pas de vivre une crise existentielle.

Charles Michel savait, en 2014, qu'il prenait un fameux risque en mettant la suédoise en selle avec la N-VA. Seul parti francophone, ultra-minoritaire dans son groupe linguistique, le MR espérait capitaliser sur une politique de centre-droit correspondant parfaitement à son programme, tant sur le plan socio-économique que sécuritaire, tout en se prévalant d'avoir obtenu que le maintien du communautaire au frigo par les nationalistes flamands. Quatre ans plus tard, l'aventure tourne au vinaigre pour Charles Michel, qui vient de reprendre la présidence. L'annonce par le franc-tireur Alain Destexhe de la création d'un nouveau parti est, en effet, révélateur d'un malaise plus large.Que se passe-t-il au MR ? Le parti se craquèle en raison de forces centrifuges générées à la fois par les incidents de cette législature hors norme, par les effets pervers de la "paix des braves" entre clans Michel et Reynders, ainsi que par un air du temps dominé par les marches climatiques et les sondages favorables aux écologistes. Tiraillé de toutes parts, le parti est menacé d'explosion.C'est à gauche que cela a d'abord chaviré. Pendant toute la législature, les provocations à répétition de la N-VA et de Theo Francken ont mis à rude épreuve l'aile centriste du parti, forcée d'avaler bien des couleuvres - du moins en terme de communication. Le tout sous les quolibets d'une opposition francophone hypertrophiée (PS, CDH, DéFi, Ecolo, PTB !). Christine Defraigne, ex-présidente du Sénat, ou Richard Miller, patron du centre d'études, ont fait le gros dos. En se ralliant à la "ligne" : jamais le MR n'a concrétisé autant de points de son programme. Mais dans les coulisses, certains ne cachaient pas leur mal-être. Finalement, le Premier ministre a choisi le "bon côté de l'Histoire", en permettant à la Belgique d'approuver le Pacte des migrations de l'ONU. Exit la N-VA. Soulagement. Résultat ? Ce sont les partisans d'une ligne plus "droitière" qui expriment désormais leur malaise au sein du MR. Ou en dehors. Alain Destexhe veut créer une "N-VA francophone" en raison de divergences au sujet de la question migratoire, du nucléaire ou de la gouvernance. Certains diront - sans avoir tout à fait tort - qu'Alain Destexhe n'a jamais été un parlementaire très actif et qu'il penche dangereusement vers l'extrémisme. Sa liste risque de se muer en "groupuscule". Mais avant lui, mardi, deux autres jeunes libéraux bruxellois, Aymeric De Lamotte et Victoria de Vignera, avaient exprimé leur rejet de la ligne migratoire et climatique du parti. C'est un signal d'alarme.Ces expressions cachent un autre malaise, étouffé depuis quatre ans : la "paix des braves" entre Charles Michel et son vice-Premier ministre Didier Reynders, scellée après la lutte des clans de 2010/11, s'est transformée en "guerre froide". Préjudiciable pour le parti. La stratégie de pourrissement menée par Reynders, qui n'a souvent soutenu Michel que du bout des lèvres, son obsession maladive pour le pouvoir et son absence de présence sur le terrain ont généré une fronde au sein de la fédération bruxelloise du MR. Après les mauvais résultats des communales, où le MR a perdu quatre maïorats sur six dans la capitale, le vice-président régional, Boris Dilliès, avait dénoncé son "manque d'implication" durant la campagne. Deux jeunes pousses, Nicolas Vanderstappen et Quentin Van den Eyden (du cabinet du ministre-président wallon Willy Borsus !) ont ensuite, en novembre, décidé de quitter le MR pour former un nouveau parti régionaliste, Jump for Brussels. Une initiative audacieuse et marginale, certes, mais qui montre combien le parti se morcèle.Dans ce contexte houleux, Charles Michel cumule désormais les fonctions de Premier ministre et de président de parti. Un risque : n'avait-il pas, en son temps, reproché à Didier Reynders de cumuler la présidence avec la fonction de vice-Premier ? Le locataire du Seize n'avait pourtant pas le choix : il doit montrer qui est le vrai patron, mettant fin à la parenthèse Chastel. Le moment est d'autant plus délicat que l'air du temps est très écologique. Les marches climatiques ont marqué l'opinion et les verts francophones s'envolent dans les sondages, Ecolo étant même pointé premier à Bruxelles. Il s'agit d'un thème sur lequel sa formation est divisée - là aussi - entre environnementalistes et climato-sceptiques. Michel, serein, dit que le MR peut retourner les tendances ces trois prochains mois. Ce sera difficile. Et au fil des jours qui passent, sans forcer le trait du départ d'Alain Destexhe, on est quand même en droit de se demander s'il ne risque pas de vivre une crise existentielle.