" Nous sommes le plus vieux parti d'Europe continentale. Nous allons le transformer en parti le plus moderne". En prononçant ces mots, lors de la réception de Nouvel an du MR, le 12 janvier 2020, Georges-Louis Bouchez ne s'attendait certainement pas à vivre une année aussi chaotique : crise sanitaire bien sûr, mais aussi crise interne au MR, hyper-présidence envahissante, casting ministériel contesté... La page est tournée et 2021 commence sous de meilleurs auspices pour les libéraux francophones. D'abord parce que ce sera une année anniversaire - 175 ans, c'est un bail et une opportunité pour remobiliser les troupes. Ensuite parce que le MR a peut-être mangé son pain noir, à l'automne dernier. Il dispose en tout cas d'atouts non négligeables pour rebondir.

Bouchez a trouvé son style

Le président du MR est toujours aussi pétaradant, mais il agit moins en solo. Quand il était jeune parlementaire de base, Georges-Louis Bouchez était une petite entreprise qui n'a jamais connu la crise. Pratiquement un mini parti à lui tout seul, machine à coups d'éclat et propositions décoiffantes. Difficile de continuer à fonctionner sur le mode du frondeur magnifique, lorsqu'on devient le boss d'un grand parti. Il faut respecter les équilibres, forger des consensus avec les "barons", ménager les susceptibilités, passer des heures au téléphone à caresser dans le sens du poil les amis du parti qui doivent être convaincus que leur avis compte toujours, même s'ils n'ont plus de portefeuille ministériel. Leur prouver que, bien sûr, ils ont toujours l'oreille du patron. Avec quelques mois de retard, Georges-Louis Bouchez a compris tout cela. C'était essentiel. Indispensable pour commencer à revoir la vie en rose.

Wilmès, l'atout cinq étoiles

La nouvelle Ministre des Affaires étrangères est en train de devenir un mythe. Elle incarne la première femme Première ministre, celle qui en pleine crise sanitaire, a sauvé la Belgique du chaos. Elle caracole en tête des sondages. Au prochain scrutin, elle se présentera à Bruxelles où elle ratissera large. Pour le MR, Sophie Wilmès est un don du ciel !

Une autoroute pour le MR

Sur l'échiquier politique francophone, de la droite au centre, les libéraux n'ont pas beaucoup de concurrence. Le CDH décline lentement mais sûrement. Défi ne parvient pas à s'implanter en Wallonie. Quant à la droite de la droite, après l'échec historique du Parti populaire de Mischaël Modrikamen, elle est fantomatique. Sans parler de l'extrême droite pur jus, inexistante. En Belgique francophone, face aux partis de gauche (PS, Ecolo, PTB), il n'y a que le MR, qui bénéficie d'une belle autoroute. De quoi faire des envieux au PS, qui doit faire face à la double concurrence d'Ecolo et du PTB.

Un parti plus diversifié, enfin

Au sein du MR, la question a longtemps été cachée sous le tapis, mais elle est vitale. Le personnel politique libéral ne "colle" plus avec la sociologie belge. Les personnes d'origine immigrée, notamment à Bruxelles, sont fort sous-représentées dans les rangs du MR. " Nous n'avons pas été assez présents sur ce terrain. Nous sommes restés au balcon, alors que l'intégration des Belges d'origine étrangère est un échec", a déclaré Georges-Louis Bouchez. Et d'ajouter : " On ne peut pas demander à quelqu'un de s'intégrer s'il est discriminé quand il essaie de trouver un emploi ou un logement. Le MR fera des propositions concrètes en la matière. C'est une priorité" (1). L'enjeu est de taille pour le MR qui, sans tomber dans le communautarisme, doit s'ouvrir à un électorat potentiel important, surtout à Bruxelles.

Terrasser les archaïsmes

Georges-Louis Bouchez n'a jamais caché son ambition : il veut ramener son parti autour de la barre des 30%. Un fameux défi, car les libéraux flirtent aujourd'hui avec un score plus modeste d'environ 20%. Mais le président du MR voit la vie en rose. Il est convaincu d'avoir quelques bonnes cartes dans son jeu. Rien ne sera possible cependant si les libéraux renouent avec les démons de la division. Une nouvelle génération pointe le bout du nez, Mathieu Bihet, délégué général, David Leisterh, président du MR bruxellois, Alexia Bertrand, cheffe de groupe au parlement bruxellois... Cette génération aspire à tout sauf à un remake de la guerre fratricide entre les "barons" du libéralisme, un archaïsme que Georges-Louis Bouchez compte bien terrasser. C'est peut-être sa mission la plus urgente, en cette année du 175eme anniversaire.

(1) Interview à 'l'Echo', 16/11/2020

" Nous sommes le plus vieux parti d'Europe continentale. Nous allons le transformer en parti le plus moderne". En prononçant ces mots, lors de la réception de Nouvel an du MR, le 12 janvier 2020, Georges-Louis Bouchez ne s'attendait certainement pas à vivre une année aussi chaotique : crise sanitaire bien sûr, mais aussi crise interne au MR, hyper-présidence envahissante, casting ministériel contesté... La page est tournée et 2021 commence sous de meilleurs auspices pour les libéraux francophones. D'abord parce que ce sera une année anniversaire - 175 ans, c'est un bail et une opportunité pour remobiliser les troupes. Ensuite parce que le MR a peut-être mangé son pain noir, à l'automne dernier. Il dispose en tout cas d'atouts non négligeables pour rebondir.Bouchez a trouvé son style Le président du MR est toujours aussi pétaradant, mais il agit moins en solo. Quand il était jeune parlementaire de base, Georges-Louis Bouchez était une petite entreprise qui n'a jamais connu la crise. Pratiquement un mini parti à lui tout seul, machine à coups d'éclat et propositions décoiffantes. Difficile de continuer à fonctionner sur le mode du frondeur magnifique, lorsqu'on devient le boss d'un grand parti. Il faut respecter les équilibres, forger des consensus avec les "barons", ménager les susceptibilités, passer des heures au téléphone à caresser dans le sens du poil les amis du parti qui doivent être convaincus que leur avis compte toujours, même s'ils n'ont plus de portefeuille ministériel. Leur prouver que, bien sûr, ils ont toujours l'oreille du patron. Avec quelques mois de retard, Georges-Louis Bouchez a compris tout cela. C'était essentiel. Indispensable pour commencer à revoir la vie en rose.Wilmès, l'atout cinq étoilesLa nouvelle Ministre des Affaires étrangères est en train de devenir un mythe. Elle incarne la première femme Première ministre, celle qui en pleine crise sanitaire, a sauvé la Belgique du chaos. Elle caracole en tête des sondages. Au prochain scrutin, elle se présentera à Bruxelles où elle ratissera large. Pour le MR, Sophie Wilmès est un don du ciel !Une autoroute pour le MRSur l'échiquier politique francophone, de la droite au centre, les libéraux n'ont pas beaucoup de concurrence. Le CDH décline lentement mais sûrement. Défi ne parvient pas à s'implanter en Wallonie. Quant à la droite de la droite, après l'échec historique du Parti populaire de Mischaël Modrikamen, elle est fantomatique. Sans parler de l'extrême droite pur jus, inexistante. En Belgique francophone, face aux partis de gauche (PS, Ecolo, PTB), il n'y a que le MR, qui bénéficie d'une belle autoroute. De quoi faire des envieux au PS, qui doit faire face à la double concurrence d'Ecolo et du PTB.Un parti plus diversifié, enfinAu sein du MR, la question a longtemps été cachée sous le tapis, mais elle est vitale. Le personnel politique libéral ne "colle" plus avec la sociologie belge. Les personnes d'origine immigrée, notamment à Bruxelles, sont fort sous-représentées dans les rangs du MR. " Nous n'avons pas été assez présents sur ce terrain. Nous sommes restés au balcon, alors que l'intégration des Belges d'origine étrangère est un échec", a déclaré Georges-Louis Bouchez. Et d'ajouter : " On ne peut pas demander à quelqu'un de s'intégrer s'il est discriminé quand il essaie de trouver un emploi ou un logement. Le MR fera des propositions concrètes en la matière. C'est une priorité" (1). L'enjeu est de taille pour le MR qui, sans tomber dans le communautarisme, doit s'ouvrir à un électorat potentiel important, surtout à Bruxelles.Terrasser les archaïsmesGeorges-Louis Bouchez n'a jamais caché son ambition : il veut ramener son parti autour de la barre des 30%. Un fameux défi, car les libéraux flirtent aujourd'hui avec un score plus modeste d'environ 20%. Mais le président du MR voit la vie en rose. Il est convaincu d'avoir quelques bonnes cartes dans son jeu. Rien ne sera possible cependant si les libéraux renouent avec les démons de la division. Une nouvelle génération pointe le bout du nez, Mathieu Bihet, délégué général, David Leisterh, président du MR bruxellois, Alexia Bertrand, cheffe de groupe au parlement bruxellois... Cette génération aspire à tout sauf à un remake de la guerre fratricide entre les "barons" du libéralisme, un archaïsme que Georges-Louis Bouchez compte bien terrasser. C'est peut-être sa mission la plus urgente, en cette année du 175eme anniversaire.(1) Interview à 'l'Echo', 16/11/2020