Depuis octobre 2016, des milliers de Rifains manifestent pour plus d'emplois, de meilleurs soins de santé, une éducation de qualité et moins de corruption dans le Maroc du Nord. Depuis mai 2017, la police marocaine a arrêté un millier de manifestants. Aujourd'hui, trois à quatre cents Marocains sont toujours emprisonnés. La plupart sont enfermés dans la région Al Hoceima, l'épicentre des protestations, mais les leaders demeurent incarcérés à Casablanca.
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Depuis octobre 2016, des milliers de Rifains manifestent pour plus d'emplois, de meilleurs soins de santé, une éducation de qualité et moins de corruption dans le Maroc du Nord. Depuis mai 2017, la police marocaine a arrêté un millier de manifestants. Aujourd'hui, trois à quatre cents Marocains sont toujours emprisonnés. La plupart sont enfermés dans la région Al Hoceima, l'épicentre des protestations, mais les leaders demeurent incarcérés à Casablanca. De nombreux Belges marocains ont témoigné leur soutien aux protestations dans le Rif et ont demandé la libération de ces prisonniers politiques, sur les réseaux sociaux et lors de protestations en Europe. Parmi eux, il y a des proches de Marocains belges. Cet été, certains ont participé aux manifestations dans le Rif. Lors du procès contre les leaders du Hirak, les avocats ont dernièrement appelé un certain nombre de Rifains qui se trouvent en Europe à témoigner, dont deux Marocains belges. Le ministère public a toutefois déclaré qu'il ne souhaite pas les convoquer comme témoins, mais qu'il désire en faire "l'objet d'un mandat d'arrêt ". Ils seraient poursuivis pour leur implication dans les soulèvements dans le Rif et pour "séparatisme". Cette dernière accusation indique le souhait d'un certain nombre de Rifains pour le retour d'une république. Hirak prétend que ce n'est pas son objectif, mais l'état marocain ne le croit pas. D'après un certain nombre d'avocats de la défense du Hirak, les mandats d'arrêt n'ont pas encore été émis - ni internationaux ni nationaux. Ils ne sont pas encore connus auprès d'Interpol. Pourtant, ils sont annoncés par la presse marocaine et certains Néerlandais marocains ont été approchés par les avocats de la défense du Hirak pour les prévenir. Domiciliés en Belgique, Azzedine Ouled Khali Ali et Bilal Azzouz voient également leurs noms surgir dans les médias marocains. Azzouz, qui vit à Liège depuis dix ans, se dit médusé : "Je ne comprenais vraiment rien, je n'ai rien vu venir", dit-il. Né à Al Hoceima au Maroc, il est venu en Belgique il y a dix ans pour y travailler - il dispose à présent d'un permis de séjour temporaire. "Le Maroc ne m'offrait rien. Je voulais travailler et me marier, là-bas ce n'était pas possible."Azzouz sait exactement pourquoi les Rifains manifestent. Il les a toujours soutenus depuis la Belgique. "Mes frères ont du mal. C'est pour cette raison que j'ai été à Al Hoceima, fin mai, pour les soutenir. J'étais là-bas avec les leaders des protestations, Zefzafi et Jelloul. Je les connais bien. Juste après, ils ont été arrêtés. Ensuite, j'ai essayé de les soutenir en manifestant en Europe. Je vais à toutes les manifestations, de la Belgique à l'Espagne. Je suis beaucoup sur Facebook où je discute avec les Rifains, mes frères, mais je ne suis pas contre le Maroc et le roi. Je ne suis pas séparatiste, comme ils m'appellent."Azzouz n'a pas encore été informé d'un mandat d'arrêt, mais se met tout de même à la recherche d'un avocat. Si le Maroc émet un mandat d'arrêt international, il peut être arrêté en Belgique - même si c'est improbable, car Azzouz n'a pas transgressé la loi belge. Cependant, le Maroc peut émettre un mandat d'arrêt national qui permettra d'arrêter Azzouz dès qu'il remettra pied sur le sol marocain. Il pourrait alors être incarcéré avec les autres prisonniers rifains. Ces derniers ont déjà fait état de violations des droits de l'homme. "Je n'ai pas peur", déclare Azzouz. "Mais si je vais au Maroc, ils m'arrêteront. Qui soutiendra alors l'affaire depuis l'Europe ? J'aimerais rentrer au Maroc, mais suite à cette menace, je n'y vais plus pour l'instant, je dois rester ici pour me battre."