24 % des Belges souhaitent désormais un divorce à l'amiable. C'est ce que révèle un sondage réalisé par Dedicated et publié par Le Soir mag. Comme d'autres avant lui, ce sondage relève certes qu'il n'y a pas de majorité pour une scission pure et simple du pays, mais il est révélateur d'un état d'esprit qui grandit, sur fond de marasme politique.
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24 % des Belges souhaitent désormais un divorce à l'amiable. C'est ce que révèle un sondage réalisé par Dedicated et publié par Le Soir mag. Comme d'autres avant lui, ce sondage relève certes qu'il n'y a pas de majorité pour une scission pure et simple du pays, mais il est révélateur d'un état d'esprit qui grandit, sur fond de marasme politique.Les partisans d'un divorce à l'amiable représentaient jusqu'ici une dizaine de pourcents à peine dans la plupart des enquêtes réalisées. La minorité est en train de grandir, significativement. La lassitude au sujet du fonctionnement de notre Etat fédéral n'y est pas étrangère. Tous les partis politiques s'entendent désormais sur la nécessité de rendre la Belgique "plus efficace", mais ne s'entendent pas sur la façon d'y arriver. Refédéralisations? Autonomie accrue des Régions? Transferts immédiats ou grande mise à plat à l'horizon 2024?La nouveauté, c'est que le sentiment grandit aussi du côté francophone. De plus en plus d'intellectuels expriment leur rejet de certaines dérives perceptibles au nord du pays et souhaitent eux aussi que l'on davantage compte des deux opinions publiques actives dans notre pays - pour ne pas parler des "deux démocraties" chères à Bart De Wever. En matière d'environnement, d'immigration ou d'évolution socio-économique, les sensibilités divergent, souvent, entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles.Faut-il dire que tout cela est le fonds de commerce des partis ouvertement séparatistes que sont la N-VA (réformatrice) et le Vlaams Belang (révolutionnaire)? Les deux formations profitent de la défiance qui croît dans le fonctionnement des institutions. Avec cette nuance importante: alors que l'extrême droite du Belang est sans nuance, le parti de Bart De Wever était demandeur de monter au pouvoir fédéral, en obtenant d'importantes avancées institutionnelles de la part du PS.C'est tout le paradoxe belge des dernières années, car le vers est dans le fruit. Faut-il gouverner avec la N-VA au risque de poursuivre le dépecage du pays, mais en maîtrisant le processus? Ou faut-il l'écarter au risque de la radicaliser davantage et de faire grandir le camp des séparatistes? C'est la quadrature du cercle. Le même sondage, après d'autres affichant les mêmes tendances, montre que Vlaams Belang et N-VA tirent profit du marasme, mais dans cet ordre: le premier est à 27% des intentions de vote, le deuxième à 23,3%.L'enjeu premier de la Vivaldi en gestation, au-delà de la lutte vitale contre la crise sanitaire et socio-économique, est précisément celui-là: construire un projet positif pour la Belgique de nature à écarter ces velleités séparatistes. Cela nécessitera de la force et de la cohésion, car le pari est d'envergure. Ce n'est pas toujours ce que montrent pour l'instant les négociateurs.En 2011, la sixième réforme de l'Etat visait à endiguer le séparatisme de la N-VA, mais cela n'a pas fonctionné sur le long terme. Même si, rappelle un ancien du cabinet Di Rupo au Seize: "En 2014, les partis séparatistes ont ensemble perdu plus de 150 000 voix en Flandre, et 4 sièges. De mémoire, premier recul après une hausse continue depuis 1991."En 2014, Charles Michel (MR) avait fait le pari inverse en choisissant de gouverner avec la N-VA et en mettant le communautaire au frigo. Ce projet a échoué après que Bart De Wever ait quitté le gouvernement sur la question miratoire. Depuis, le Vlaams Belang en a profité et le successeur de Charles Michel, Georges-Louis Bouchez (MR) a pris un virage belgicain en n'hésitant pas à affronter la N-VA.Seul l'avenir dira si la Vivaldi, pour autant qu'elle voit le jour, constituera un barrage suffisant face à l'eau séparatiste qui monte.