Un enfant né au quatrième trimestre n'a souvent pas encore 6 ans à l'heure où il faut l'inscrire en primaire. Dans ces cas-là, deux choix s'offrent généralement aux parents : soit ils estiment que leur tête blonde de 5 ans est prête à affronter ce nouvel environnement, soit ils trouvent qu'il n'a pas un acquis pédagogique suffisant pour un bon démarrage à l'école primaire et le laissent donc une année supplémentaire en maternelle.
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Un enfant né au quatrième trimestre n'a souvent pas encore 6 ans à l'heure où il faut l'inscrire en primaire. Dans ces cas-là, deux choix s'offrent généralement aux parents : soit ils estiment que leur tête blonde de 5 ans est prête à affronter ce nouvel environnement, soit ils trouvent qu'il n'a pas un acquis pédagogique suffisant pour un bon démarrage à l'école primaire et le laissent donc une année supplémentaire en maternelle.Dans le premier cas, les parents sont impérativement tenus de demander l'avis de la direction de l'école que leur enfant fréquente ainsi que celui du centre PMS. Ils doivent ensuite communiquer ces avis, qu'ils soient favorables ou non, à l'école primaire de leur choix. Dans le second cas, une dérogation doit être demandée et obtenue à la Direction générale de l'enseignement obligatoire, avec avis du directeur de l'école fréquentée et du centre PMS. Le Service général de l'Inspection désignera ensuite un inspecteur de l'enseignement maternel différent du secteur d'inspection dont relève l'école. L'inspecteur désigné peut alors entendre les parents. Petite contrainte : l'enfant qui réalise une année supplémentaire dans l'enseignement maternel doit obligatoirement fréquenter l'école tous les jours de l'année.Mais qu'il entre à l'école primaire à 6 ou à 7 ans, le règlement belge prévoit que " tout élève a droit à un capital de sept années scolaires, avec une limite d'âge à 15 ans ". Cela signifie donc qu'il pourra effectuer son parcours en sept ans (au lieu de six), dans le cas où son niveau scolaire le demanderait. Dans le langage courant, on dira donc que l'enfant "a le droit de redoubler une année sur les six." Petite précision cependant, "les élèves maintenus dans l'enseignement maternel ne peuvent plus effectuer d'année complémentaire en première ou en deuxième année primaire puisque ces trois années d'études forment la première étape", précise-t-on dans les derniers indicateurs de l'enseignement fournis par la Fédération Wallonie-Bruxelles.En 2010, Julien Grenet, un expert français du Centre national de la recherche scientifique estimait que le mois de naissance d'un enfant pouvait conditionner sa réussite scolaire, notamment à cause d'une différence de maturité entre deux enfants nés à onze mois d'intervalle. "Les élèves nés en décembre sont plus souvent orientés dans la voir professionnelle que ceux nés en janvier. A 15 ans, leurs résultats ne sont pas si différents, mais les natifs de décembre redoublent plus souvent : deux fois plus que les enfants nés en janvier. D'après mes estimations de 2010, à 11 ans 33% des élèves [NLDR : français] nés en décembre ont redoublé, contre 18% de ceux nés en janvier ", explique-t-il au journal Atlantico.Le maintien semble alors être une solution pour permettre à ces jeunes enfants de rattraper leur retard d'acquis pédagogiques. Des recherches effectuées en 2012 par l'ULB et l'ULiège vont également dans ce sens puisque selon eux, le profil de l'enfant qui reste le plus souvent en 3e maternelle est un garçon, né au quatrième trimestre et provenant d'un milieu défavorisé. Leur enquête réalisée auprès du corps enseignant belge révèle qu'à l'époque, 67% d'entre eux considéraient le maintien en 3e maternelle comme plutôt utile et 25% d'entre eux allaient même jusqu'à juger cette pratique comme tout à fait utile. 91 % des professeurs estiment qu' "une année supplémentaire en 3M permet à l'élève de continuer à évoluer à son rythme."Mais s'il y a 10 ans, ce maintien en maternelle était davantage conseillé pour certains enfants, la pratique semble être moins encouragée par le système scolaire actuel. D'après les derniers indicateurs de l'enseignement fournis par la Fédération Wallonie-Bruxelles, le taux de maintien en 3e maternelle a en effet baissé depuis 2007-2008, passant de 5,2% à 1,4% en 2016-2017.Cela pourrait s'expliquer en partie par le fait que, même si à court terme, le maintien et le redoublement sont considérés comme positifs pour l'élève, ils ont, à plus long terme, "des conséquences négatives sur la confiance en soi et augmentent les risques d'abandon", concluent les experts de l'ULB et l'ULiège dans leur enquête de 2012. Les chercheurs estiment que cela pourrait aussi être la conséquence de l'entrée en application en 2008 d'un décret limitant à quatre le nombre d'années pour parcourir le cycle 5-8 [ans]. "Sans doute les parents (mais aussi les enseignantes) jugent-ils plus utile de "garder" l'année pour un éventuel redoublement au 1er degré primaire", expliquent-ils.Selon des responsables du système éducatif issus de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il est plus rare actuellement de faire appel à cette procédure d'octroi de dérogation de maintien " parce qu'elle a été rendue plus stricte par le législateur. Toute demande doit être basée sur un dossier étayé et accompagnée d'un projet d'accompagnement spécifique pour l'élève maintenu. " À noter aussi que chaque enfant est unique, et peut très bien suivre un parcours scolaire sans faute, même s'il entre en primaire à 5 ans. Le maintien pourrait donc s'avérer inutile pour ces enfants-là.Afin d'éviter de faire du redoublement et du maintien les solutions du 30 juin, le projet "Décolâge !" a été développé en Belgique en mars 2012 pour encourager la mise en oeuvre d'alternatives crédibles pour les enfants de 2,5 à 8 ans. " Insuffler, faire émerger, propager, accompagner, ajuster sont donc les mots d'ordre qui guident le développement de la communauté Décolâge !", rapporte l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).L'objectif principal du projet est d'introduire des pratiques différenciées en classe. "Elles devaient s'appuyer sur les acquis des élèves et répondre aux besoins et aux différents styles d'apprentissages. Selon les écoles, les projets pouvaient prendre des voies particulières, comme l'introduction de jeux, d'ateliers, de "plan individuel d'apprentissage" (PIA)... ", expliquent les responsables du projet. L'idée de "Décolâge !" est avant tout de "changer la posture des enseignants dans la manière de prendre l'élève en charge: partir de ce qu'il a acquis, cibler les difficultés et les besoins, et réfléchir à ce qui pouvait être mis en place", ajoutent-ils.Dans le cas des PIA, par exemple, un programme est élaboré pour l'élève sur base des observations fournies par tous les acteurs de sa scolarité (ses parents, ses professeurs, le centre PMS, le personnel chargé des remédiations...). Ainsi, des objectifs particuliers à atteindre durant une période déterminée sont énumérés. C'est sur base de ces données que le personnel enseignant va mettre en oeuvre tout le travail éducatif. On peut donc parler d'une éducation sur mesure, d'un accompagnement personnalisé pour l'élève.S'il est difficile d'évaluer l'impact de ce projet sur la réussite des élèves, une enquête réalisée auprès de 254 enseignants et 85 directions a montré que ces derniers adhéraient aux principes de "Décolâge !". "On a pu assister à une intensification du travail en équipe dans les établissements scolaires impliqués et à une volonté de partenariats entre écoles ", témoignent les responsables du projet.Si aujourd'hui, le taux de maintien en 3e maternelle diminue, le taux de redoublement, lui, ne semble pas diminuer en Belgique francophone. Selon une récente étude de l'UCLouvain et l'ULiège, plus de 60 % des élèves de 5e secondaire ont déjà doublé au moins une fois. D'où l'importance pour les établissements et le corps enseignant de collaborer et développer des projets tels que "Décolâge !".