Une récente étude menée par l'Université d'Anvers s'est intéressée à la manière dont les journalistes flamands évaluent l'opinion publique et estiment si leur lectorat penche plus à droite ou à gauche. L'étude a été menée par le politologue Stefaan Walgrave, sur base d'un questionnaire en ligne auprès de 148 journalistes politiques de tous les médias flamands. Résultats : les journalistes estiment que leurs lecteurs penchent plus à droite. Eux-mêmes s'estimant plus de gauche.
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Une récente étude menée par l'Université d'Anvers s'est intéressée à la manière dont les journalistes flamands évaluent l'opinion publique et estiment si leur lectorat penche plus à droite ou à gauche. L'étude a été menée par le politologue Stefaan Walgrave, sur base d'un questionnaire en ligne auprès de 148 journalistes politiques de tous les médias flamands. Résultats : les journalistes estiment que leurs lecteurs penchent plus à droite. Eux-mêmes s'estimant plus de gauche. Des recherches antérieures ont déjà montré que les journalistes sont plus enclins à pencher à gauche au niveau politique. Mais ce que révèle l'étude, c'est que les journalistes ont du mal à évaluer clairement la couleur politique de leur lectorat. Ils estiment qu'il penche plus à droite qu'eux alors que, selon un sondage réalisé auprès de 1.192 citoyens, le Flamand moyen se situe plus au centre. Selon le professeur Walgrave, il semblerait que l'opinion publique soit surévaluée à droite. Avec les garnds débats actuels étalés dans les médias, on a en effet l'impression que cette voix est plus souvent entendue explique le politologue. Ce sont surtout les journalistes du quotidien Het Laatste Nieuws qui ont évalué leurs lecteurs plus à droite qu'ils ne le sont réellement. En réalité, le lecteur de ce journal semble être de centre-droit. Chez De Morgen, le lecteur était estimé trop à gauche. Ses lecteurs sont en réalité plus orientés centre-gauche. Les rédactions des télévisions flamandes étaient les plus aptes à ressentir le point de vue de leurs téléspectateurs. La VRT autant que VTM ont évalué correctement les penchants politiques de leurs téléspectateurs. "La gauche et la droite sont des thèmes extrêmement généraux", déclare au Morgen la politologue Louise Hoon (VUB), qui fait des recherches sur la formation de l'opinion publique. "Il est déjà difficile de se placer à une telle échelle. Sans parler du fait que vous pouvez évaluer correctement les opinions des autres." D'après Hoon, cela rendrait difficile pour chaque citoyen de ressentir ce qu'est réellement l'opinion publique, parce qu'elle est formée par les décideurs qu'on entend dans les médias. "Un très grand nombre de personnes ont une opinion nuancée, mais souvent nous ne la sentons pas."En plus d'une échelle purement gauche-droite, les chercheurs ont également utilisé des propositions politiques concrètes. Les journalistes, par exemple, pensaient que seulement la moitié de la population flamande souhaitait interdire les voitures les plus polluantes dans les villes, alors qu'en réalité 70% de la population étaient de cet avis. Le même pourcentage de la population estime que les voitures de société devraient être taxées plus lourdement, tandis que les journalistes estimaient que seulement la moitié de la population le pensait. "Nous pensons souvent que les gens devraient toujours être d'accord avec les partis politiques, mais les opinions divergent sur chacune de leur proposition", dit Hoon. Selon elle, les élections organisées dans d'autres pays, le Brexit et les sorties répétées de Trump font en sorte que des actualités politiques de droite sont plus souvent mises en avant dans les médias. "Le groupe d'électeurs d'extrême-droite est donc surestimé, ou leurs opinions sont surestimées." Reste maintenant à savoir si de telles hypothèses erronées peuvent influencer les articles de presse. "Si les journalistes pensent que leur propre point de vue n'est pas en phase avec ce que le public pense, cela donne un sentiment désagréable. Les gens recherchent l'harmonie. Ils sont enclins à adapter leur propre opinion ou leurs perceptions ", explique le politologue Walgrave. Selon Hoon, il n'est pas certain que les journalistes laissent transparaître leurs opinions. "Il y a toujours un certain cadrage, mais il me semble peu probable que les journalistes travaillent chaque article avec une échelle gauche-droite dans leur tête". Une certaine prédominance de la gauche dans le travail journalistique n'est pas non plus, selon Hoon, un souci en soi, si l'on en est conscient. "L'ouverture sur sa propre vision du monde aide les journalistes à mieux rendre compte de l'actualité et les lecteurs à se forger leur propre opinion."