Le déficit budgétaire s'élèvera à la fin de cette année à près de 8.5 milliards et devrait même grimper, si rien ne change, à 11 milliards en 2021. Un tel constat fait mal pour un gouvernement qui avait promis d'éliminer complètement le déficit structurel. En 2014, le gouvernement Michel avait, en effet, la ferme intention de sortir du rouge pour 2018. On est en 2019 et on en est encore loin. Il est vrai que la tâche n'était pas forcément aisée puisque le gouvernement Di Rupo (2011-2014) avait terminé la législature avec un déficit structurel de 2,7% du produit intérieur brut. Néanmoins et malgré les promesses, fin 2019, toujours selon le CSF, ce déficit était encore de 1,9 % du PIB.

Un constat que la ministre du Budget, Sophie Wilmès (MR), conteste, car, selon elle, il ne tient pas suffisamment compte de la nature structurelle des revenus plus élevés de l'impôt des sociétés. "Nous avons choisi d'économiser, d'améliorer le budget, mais en même temps d'augmenter la compétitivité des entreprises et le pouvoir d'achat ", dit Wilmès dans De Standaard. Elle trouve tout à fait normal que divers partis, dont le sien, "jonglent à nouveau avec toutes sortes de réductions d'impôts à l'approche des élections. C'est une question d'idéologie. Nous voulons assainir le budget en améliorant l'économie et non en prélevant des impôts supplémentaires".

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Il n'empêche que l'avis du Conseil supérieur des finances est pourtant généralement suivi et on devrait en tenir compte lorsque, à la fin du mois prochain, le gouvernement présentera son programme de stabilité 2019-2022, soit sa trajectoire budgétaire pour les années à venir, à la Commission européenne.

Le gouvernement étant minoritaire et démissionnaire ce sera de toute façon aux prochains gouvernements de décider de la marche à suivre. Un futur gouvernement qui n'aura d'autre choix que de serrer la vis, car le CSF rappelle aussi que la Belgique, si elle veut respecter les règles budgétaires européennes, doit retrouver l'équilibre budgétaire ou tout du moins un objectif à moyen terme (medium term objective - MTO). Pour y parvenir à un retour à l'équilibre, cela exigera un effort budgétaire cumulé qu'on peut évaluer à 11,6 milliards (sur la base du PIB nominal prévu par le Bureau du Plan en 2022)." précise encore Le Soir.

La Commission se montrant plus clémente envers les États qui mettent en oeuvre des "réformes structurelles". La Belgique espère déjà pouvoir en bénéficier grâce à la réforme des pensions, au "tax shift" ou encore la réforme de l'impôt des sociétés. Une réponse de la commission est attendue sur ce sujet pour juillet.

Mais ce n'est là qu'un sursis puisque le retour à l'équilibre resterait imposé pour 2022.

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Le futur gouvernement se verra donc imposer la carte de l'austérité. Une option pas très séduisante politiquement. Bart Van Craeynest, économiste en chef du Voka, a d'ailleurs peu d'espoir qu'un prochain gouvernement réussisse là où le précédent a échoué. D'autant plus que les conditions économiques risquent d'être moins favorables et qu'on devra s'atteler pour de bon à une transition énergétique.

Un avis également partagé par le CSF qui stipule dans son rapport que les années qui s'annoncent sont très incertaines. "Le contexte externe dans lequel notre recommandation s'inscrit, est actuellement caractérisé par différents facteurs d'incertitude. Premièrement, les paramètres sous-jacents sont incertains. Des prévisions récentes de l'OCDE et de la BCE indiquent une détérioration du contexte économique international et de grandes incertitudes politiques (telles qu'un ralentissement du commerce international, un risque de Brexit désordonné). Par ailleurs, une certaine incertitude plane également quant à l'importance de la baisse prévue des recettes à l'impôt des sociétés (part du PIB), après qu'elles aient atteint un niveau historiquement élevé en 2018."